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Sexy : Ifop : La journée mondiale de l’orgasme
Posté par JerryG le 21/12/2018 14:00:00 Articles du même auteur

A l’occasion de la « Journée mondiale de l’orgasme », organisée ce vendredi 21 décembre, le département « Genre, sexualités et santé sexuelle » de l’Ifop a réalisé une enquête pour mesurer le degré de bien-être sexuel des Européennes et les différences d’activité ou de pratiques sexuelles entre les pays.

Réalisée auprès d’un échantillon de 6000 femmes résidant dans six des principaux pays européens (Espagne, Italie, France, Allemagne, Pays-Bas, Royaume-Uni), cette étude vient briser les clichés selon lesquels le « mâle » latin et notamment français serait un amant particulièrement à même de procurer du plaisir à la gent féminine.

Les réponses des femmes interrogées montrent en effet que ce ne sont pas celles vivant dans les pays latins (France, Espagne, Italie) mais dans des nations comme la Hollande, très progressiste en matière de sexualité et d’éducation sexuelle, que le sentiment de satisfaction est le plus fort tant sur le plan sentimental que sexuel.

1 - Les Françaises apparaissent comme les Européennes les moins épanouies sur le plan sexuel

 L’hexagone figure en haut de la liste des pays où les femmes sont les moins épanouies sexuellement : près d’une Française sur trois (31%) se dit actuellement insatisfaite de sa vie sexuelle, contre à peine une Allemande sur cinq (21%) et une Néerlandaise sur quatre (24%).

Le niveau de mécontentement des Françaises se rapproche ainsi de celui observé dans des pays méditerranéens comme l’Italie (27%) et l’Espagne (27%) dominé par une vision plus conservatrice du rôle de la femme dans le couple (ex : tâches ménagères...).

Plus largement, le degré d’insatisfaction sexuelle s’avère plus élevé dans les pays où les femmes ont régulièrement des rapports sans en avoir envie (24% en Espagne, 20% en France, 18% en Italie) alors qu’il est plus bas dans ceux ou ceux-ci sont plus rares (11% en Hollande, 16% en Allemagne).

 C’est justement en Hollande que les femmes affichent le degré d’épanouissement sexuel le plus élevé : 38% des Néerlandaises se disent « très satisfaites » de leur vie sexuelle actuelle, soit au-dessus de ce que l’on peut observer (32%) dans des pays de culture latine/catholique comme la France, l’Italie ou l’Espagne.

Confirmant les enseignements d’une précédente enquête qui montrait que c’était en Hollande que les femmes avec le plus régulièrement d’orgasme (cf. étude Ifop/Cam4 – Décembre 2015), ce niveau élevé de bien-être sexuel est sous doute le reflet des vertus du libéralisme néerlandais en matière de mœurs, connu pour sa tolérance envers l'expression de la sexualité et l’importance donnée à l’éducation sexuelle des enfants initiée par exemple à un âge beaucoup plus précoce qu’en France.

 Le degré de satisfaction de sa vie sentimentale étant étroitement corrélé au degré de satisfaction sexuelle - et notamment à la fréquence d’obtention d’orgasme -, on retrouve les mêmes écarts sur le plan affectif. Ainsi, c’est en France que la proportion de femmes mécontentes de leur vie sentimentale est la plus élevée : 28%, soit quasiment deux fois plus qu’en Allemagne (16%) ou en Hollande (16%).

2- Les Françaises affichent pourtant un niveau d’expérience et d’activité sexuelle plutôt élevé

 Au regard des résultats de cette étude, le faible niveau de satisfaction sexuelle des Françaises n’est pas lié par exemple à un manque de partenaires : en moyenne, les Françaises déclarent avoir eu un peu moins de 8 partenaires au cours de leur vie (7,5).

En cela, elles se distinguent d’autres pays latins comme l’Italie (5,8 partenaires au cours de la vie) ou l’Espagne (6,4 partenaires au cours de la vie) où, culturellement, le risque d’opprobre sociale envers les femmes qui multipliaient les aventures a pu faire longtemps baisser ce taux.

 Dans ce domaine, les Françaises se rapprochent des sociétés où la domination d’une certaine éthique protestante en matière de mœurs (Grande-Bretagne, Pays-Bas, Allemagne) affaiblit sans doute le contrôle social des pairs sur les comportements conjugaux des femmes.

Confirmant les clichés véhiculés sur leur plus grande disponibilité sexuelle, les jeunes Britanniques se distinguent quant à elles par une proportion de femmes ayant eu au moins 10 partenaires sexuels (18%) deux fois supérieur à la moyenne européenne (9%).

 Le déficit de satisfaction sexuelle des Françaises ne semble pas non plus lié à un manque d’activité sexuelle : les habitants de l’Hexagone se situent plutôt au-dessus de la moyenne si on s’en tient à la proportion de femmes ayant plus de trois rapports par semaine (10%, contre une moyenne européenne de 6%).

3- Les différentiels de satisfaction sont-ils liés à des différences de pratiques sexuelles ?

 De manière générale, les résultats tendent à montrer que c’est plutôt dans les pays où la sexualité orale est la plus développée que les femmes sont les plus satisfaites. Cela apparaît notamment dans les pratiques sexuelles réciproques comme le « 69 » qui atteint un niveau record en Hollande (84%).

De même, c’est aux Pays-Bas (90%) que la pratique de la fellation est la plus répandue, sachant que la norme de réciprocité de plus en plus intégrée entre partenaires induit généralement en retour une plus grande pratique du cunnilingus.

 A l’inverse, l’Italie et l’Espagne se distinguent par une faible prévalence des pratiques bucco-génitales. Cela s’explique sans doute par le fait que la signification sociale de ce genre d’actes y est connotée plus négativement que dans les pays nordiques, germaniques et anglo-saxons, pays où la sexualité orale est plus aisément associée à un pur jeu sexuel non dégradant pour l’image de la femme.

 Seule exception à la règle : la pratique de la biffle qui atteint un niveau record en Espagne. Cela tient sans doute à la plus grande exposition des Espagnoles aux vidéos pornographiques qui ont popularisée cette pratique ces dernières années.

C’est en effet dans les pays où la proportion de femmes visionnant les vidéo X sur les sites Web est la plus élevée que cette pratique faciale d’un nouveau genre est la plus répandue, à savoir en Espagne et au Royaume-Uni.

 Enfin, les Françaises comme les autres habitantes des pays méditerranéens se distinguent par une plus forte prévalence des pratiques annales. Or, dans la mesure où la pratique de la sodomie est loin d’être celle qui suscite le plus facilement d’orgasme chez les femmes, cela peut jouer à la baisse dans leur taux de satisfaction sexuelle.

Le point de vue de KRAUS de L’IFOP :

Mettre en carte les sexualités permet de montrer qu’en dépit d’une certaine homogénéisation des niveaux de vie, les Européennes ne bénéficient pas du même degré de bien-être sexuel et affectif.

Les différences de représentations associées à la sexualité ou à la place de la femme dans les différentes aires culturelles influent indéniablement sur leurs trajectoires sexuelles ou leur répertoire sexuel.

Comme le montre l’exemple néerlandais, le partage de valeurs sociétales très progressistes sur ces questions et leur traduction en termes de politiques publiques (ex : mise en place de l’éducation sexuelle dès l’école primaire) influent positivement sur le bien être sexuel, tout comme la diversification de leur trajectoire et de leur répertoire sexuel.

Enfin, si les Françaises se situent plutôt en retrait, ce n’est pas seulement en raison de facteurs liées à leurs activités sexuelles. Ce taux élevé d’insatisfaction observé dans l’hexagone tient sans doute à certaines pesanteurs culturelles - notamment l’injonction à la performance sexuelle qui amène à réaliser des pratiques qui ne sont pas forcément les plus épanouissantes - mais aussi à leurs spécificités qui ne créent pas les conditions favorables à cet épanouissement.

Parmi elles, on peut citer entre autres, une forte consommation d’antidépresseurs, un taux de chômage élevé, une plus grande difficulté à concilier vie professionnelle et familiale (liée à une plus grande présence sur le marché du travail) ou une situation maritale moins stable au regard des taux de mariage, de vie en couple et de cohabitation sous le même toit plus faibles que dans les autres pays.

François KRAUS, directeur de l'expertise « Genre, sexualités et santé sexuelle » à l'Ifop 

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