Nous publions, comme prévu par l’article 34 du Contrat National du Travail des Journalistes, un communiqué syndical de la Fédération Nationale de la Presse (FNP, le syndicat unitaire des journalistes) relatif aux négociations pour le renouvellement du contrat de travail des journalistes à l’échelle nationale.
Suit, le communiqué de la Fédération des Editeurs de Presse (FEP, qui représente les principales entreprises éditrices de journaux quotidiens et de plateformes numériques) sur le même sujet.
LE COMMUNIQUÉ DU SNJ-CGT
La dignité. Tel est le mot d’ordre qui pousse les journalistes français à prolonger la mobilisation avec deux nouvelles journées de grève: le 27 mars et le 16 avril. Oui, nous voulons que l’information soit reconnue pour la dignité indispensable qu’elle mérite et que son avenir soit, lui aussi, digne. Or, aujourd’hui, ce n’est pas une évidence, bien au contraire.
Notre convention collective est en vigueur depuis dix ans sans renouvellement, nos salaires ont été rattrapés par l’inflation et ont perdu près de 20 % de leur pouvoir d’achat. Nous sommes la seule catégorie à attendre aussi longtemps un renouvellement. Il y a bien une question économique, mais il y a aussi une thématique tout aussi évidente: l’autorité et l’indépendance de la presse.
Ce que les éditeurs veulent démonter, pièce par pièce, c’est l’accord qui, dans d’autres circonstances, constituerait le socle de la liberté d’informer et sur lequel notre République fonde son droit à une information libre. C’est ce qui lie nos revendications économiques à la liberté d’expression que chaque citoyen, lecteur, téléspectateur, internaute, est en droit d’exiger pour pouvoir être véritablement libre.
Les éditeurs perçoivent des ressources publiques importantes du gouvernement (comme d’ailleurs à chaque renouvellement précédent), mais ils investissent peu dans leurs entreprises et dans le renforcement de l’information professionnelle. À l’inverse, ils promeuvent des préretraites pour les salariés à partir de 62 ans, encouragent d’autres formes d’indemnisme par départs volontaires, vidant les rédactions et recourant massivement aux pigistes et aux statuts d’indépendants sous-payés.
Ils refusent d’établir des règles fondamentales pour l’utilisation de l’Intelligence Artificielle, manifestement prêts à remplacer les journalistes, cœur même de l’activité éditoriale.
Ils font mine de méconnaître la loi qui les oblige à rémunérer les journalistes pour les contenus éditoriaux transférés aux plateformes numériques dites « OTT » (Over The Top), c’est-à-dire les grandes entreprises fournissant du contenu et des services en ligne.
Eux voudraient que les journalistes de demain soient encore moins payés et qu’on facilite encore davantage l’exploitation du travail indépendant, au point que, devant le Gouvernement, ils ont proposé une rémunération équitable encore plus basse que celle refusée en 2016 par le Conseil d’État.
Pour toutes ces raisons, nous exerçons à nouveau notre droit de grève.
Nous le faisons pour nous. Pour notre dignité. Pour notre avenir. Nous le faisons pour vous et pour la vôtre liberté de citoyen. Demandons-nous dans quelle mesure peut prétendre à la liberté un journaliste obligé de rester dans la chaîne de montage de l’information; dans quelle mesure un pigiste peut garder le dos droit s’il est rémunéré à la tâche; dans quelle mesure un rédacteur peut être serein s’il ne peut plus compter sur les protections contractuelles indispensables. Demandons-nous si vous souhaiteriez encore vous informer à partir des pages de ces journaux, en regardant les journaux télévisés, en défilant sur les réseaux sociaux et les pages en ligne de ces titres.
LE COMMUNIQUÉ DES ÉDITEURS
Les éditeurs représentés par la FEP soulignent qu’il s’agit d’un contrat national du travail encore calqué sur des modèles économiques qui n’existent plus et qui garantissent des privilèges désormais insoutenables, tels que le paiement des anciennes fêtes, supprimées il y a cinquante ans, ou des augmentations automatiques en pourcentage qui, d’ordinaire, ont largement protégé les journalistes face à l’inflation.
C’est pourquoi les représentants du secteur estiment que le syndicat n’a pas souhaité aborder ni le volet de la modernisation globale du contrat (qui serait en réalité essentiel comme outil de compétitivité) ni l’introduction de règles plus flexibles favorisant l’embauche des jeunes, préférant se limiter à des demandes strictement économiques. Et sur la question des collaborateurs, la FEP a constamment exprimé sa volonté, même dans les cadres institutionnels compétents, d’améliorer les règles et les rémunérations en vigueur.
Il convient de rappeler que c’est précisément dans le but de protéger l’emploi et d’éviter les licenciements que le départ anticipé a été instauré et que cela s’est toujours fait avec le consentement du syndicat, qui a signé tous les états de crise.
Malgré l’absence de disposition de la part des syndicats à innover dans les normes contractuelles, les éditeurs ont à plusieurs reprises formulé – à contrat inchangé et non « démantelé » – une offre économique qui est supérieure à celle du dernier renouvellement et adaptée aux conditions du secteur, réaffirmant qu’ils continueront à agir en investissant dans les produits et la valorisation des compétences professionnelles.