Les isoxazolines, contenus dans les antiparasitaires, restent actifs dans les selles et les urines des animaux domestiques, contaminant le sol et tuant des insectes essentiels pour l’écosystème.
On les appelle isoxazolines, un nom qui peut vous sembler inconnu, et pourtant si vous avez un chien ou un chat il est très probable que vous les ayez manipulés: ce sont une classe d’ectoparasites introduite sur le marché en 2013, et depuis lors très présente dans divers médicaments antiparasitaires (pour puces et tiques).
Particulièrement appréciés car ils peuvent être administrés sous forme de comprimés, ces médicaments présentent toutefois un problème, exposé dans une étude publiée dans Environmental Toxicology and Chemistry : ils sont très nuisibles pour l’environnement, et risquent de toucher en particulier tous les arthropodes, pas seulement ceux qu’ils visent.
De la pastille à l’écosystème. Les antiparasitaires à base d’isoxazolines sont sur le marché depuis un peu plus d’une dizaine d’années, mais ont été adoptés avec enthousiasme par les propriétaires de chiens et de chats car ils sont très efficaces, durent longtemps et disposent d’un large spectre d’action, puisqu’ils protègent à la fois contre les puces et contre les tiques.
Et pas seulement, malheureusement : comme l’avait déjà souligné l’Agence européenne des médicaments, les isoxazolines contaminent des écosystèmes entiers, et en particulier les insectes qui les peuplent.
Le problème des excréments. Le mécanisme de transmission est facile à imaginer : les chiens et les chats ingèrent la pastille contenant le médicament, dont les principes actifs restent actifs aussi lorsque les animaux les expulsent — sous forme de selles, d’urine et aussi de poils.
Particulièrement touchés, selon l’étude de Vetagro Sup – Campus Vétérinaire (une école de médecine vétérinaire de Marcy-l’Étoile, en France), sont tous ces insectes qui entrent directement en contact avec les déjections : scarabées coprophages, mouches, certaines espèces de papillons…
Effet en cascade. Le problème ne se limite pas aux dommages directs causés aux insectes : les espèces touchées jouent des rôles essentiels pour la santé de l’écosystème, en dégradant et recyclant les déjections et en contribuant à améliorer la qualité du sol. Les dommages causés par les déjections contaminées, en somme, ne s’arrêtent pas aux « premiers consommateurs », mais se répercutent en cascade sur l’ensemble de l’équilibre environnemental.
Un problème systémique. Faut-il donc cesser d’utiliser ces antiparasitaires particuliers pour résoudre le problème ? En réalité non, car les isoxazolines ne constituent que la dernière génération d’une question plus large qui implique substantiellement tous les antiparasitaires disponibles sur le marché : certains sont connus pour contaminer les eaux, d’autres causent des dommages avérés à la faune coprophage ; et le fait que les antiparasitaires soient utilisés en continu chez les chiens et les chats crée un flux constant de substances potentiellement toxiques qui sont déversées dans l’environnement.
Le problème, en somme, est connu, et nous savons désormais que même les isoxazolines ne constituent pas la solution.