Projet d’avion de combat FCAS
Le PDG de Dassault s’en prend à Airbus
Le projet d’avion de combat franco-allemand-espagnol FCAS est au bord de l’échec. Entre les partenaires du projet, Airbus et Dassault, les tensions durent depuis des mois. À présent, le PDG de Dassault, Éric Trappier, porte la parole.
Directement devant le siège social de Dassault Aviation, dans le quartier huppé de Saint-Cloud en périphérie parisienne, de nombreux bateaux-menus amarrés le long des berges de la Seine donnent une allure particulière. Sur un bateau-congrès spécialement aménagé pour l’occasion, le PDG de Dassault, Éric Trappier, tient traditionnellement ses conférences-bilan.
Depuis treize ans, ce dirigeant français affirme sa stature à la tête du constructeur Dassault, groupe mêlant aéronautique et armement. Trappier est connu pour ne pas mâcher ses mots. Même lorsqu’il a été interrogé, au studio ARD de Paris, sur les chances restantes du projet FCAS :
Selon lui, travailler avec lui, c’est accepter qu’il soit le chef dans l’arène du développement d’un avion de combat de sixième génération, le Future Combat Air System, dit FCAS. Après tout, il l’a dit dès le départ : « Je veux une direction claire, pas seulement sur le papier. »
Sur le même sujet, une image montre Trappier lors de la conférence de bilan, répondant avec franchise et sans détour à ses interlocuteurs. Le cliché, pris lors d’une conférence de presse, illustre l’attitude d’un dirigeant qui ne cède rien sur le sujet de FCAS.
Une tradition française réussie en matière d’avions de combat
Pour Trappier, la collaboration se définit ainsi : l’un est généralement meilleur que l’autre. L’autre peut alors apprendre grâce au partenariat. Dans ce cas, Dassault possède le savoir-faire des avions de combat, Airbus non. C’est pourquoi Airbus ne peut pas revendiquer ici le droit à une « co‑direction ». Cela correspond à une répartition des tâches qui existe depuis des décennies entre les partenaires industriels : Dassault fabrique principalement des avions de combat, Airbus des avions civils.
Pour Trappier, Airbus ne possède pas de compétence essentielle dans la construction d’avions de combat. Bien au contraire pour Dassault : lors de la présentation des résultats, Trappier revient sur la tradition française des avions militaires après la Seconde Guerre mondiale, des modèles Ouragan à la Mirage jusqu’aux Rafale d’aujourd’hui. Récemment, l’Inde a annoncé commander 114 Rafale — ce serait la plus grande commande de l’histoire de Dassault Aviation.
Pourtant, Trappier ne comprend guère pourquoi Airbus veut désormais sortir du projet FCAS. À plusieurs reprises, il a répété qu’il prenait acte du fait qu’Airbus ne voulait plus travailler avec Dassault. Mais au lieu de le proclamer haut et fort, la direction d’Airbus laisse parler l’IG Metall ou le BDLI, l’association allemande de l’industrie aéronautique et spatiale. Trappier : « Je ne trouve pas très adroit dePointer du doigt une entreprise aussi traditionnelle que Dassault. »
Lutte de pouvoir entre deux dirigeants français ?
Apparemment, les personnes en jeu jouent un rôle déterminant sur le plan industriel. Avec le chef de la défense d’Airbus, Michael Schöllhorn, il n’a aucun problème. Mais avec le PDG d’Airbus, Guillaume Faury, il y a des tensions et des différends, selon Trappier, lors d’un échange avec plusieurs journalistes présents à l’issue de la conférence sur les résultats. Le problème serait-il finalement un conflit entre deux managers français incapables de s’entendre ?
Quoi qu’il en soit, tout semble indiquer que la rupture est désormais consommée au plus haut niveau politique. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a récemment ouvertement remis en question ce projet d’environ 100 milliards d’euros. La raison avancée : les exigences pour un avion de combat de nouvelle génération diffèrent trop entre l’Allemagne et la France. Le président français, Emmanuel Macron, continue officiellement d’affirmer son soutien au FCAS.
Le PDG de Dassault se voit dans le rôle du « bad guy »
Le PDG de Dassault ne se sent pas coupable. Il affirme qu’il adhère aux accords conclus en 2017 et 2018 entre la chancelière Angela Merkel et le président Macron : « Je suis encore là. Je suis toujours le méchant. Et chez Airbus, les personnes changent, les développements avancent. » Dans son échange avec le Studio ARD à Paris, Trappier porte un message clair : « Pour moi, coopérer avec l’Allemagne n’a été aucun problème. » Bien au contraire : l’Europe doit afficher sa détermination face aux États-Unis et à la Chine.
Il est frappant de constater que Trappier évoque déjà dans le passé la possibilité de concevoir un avion de combat entièrement français. Le patron de Dassault affirme à quiconque veut l’entendre qu’il est capable de créer un futur avion de combat français de prochaine génération. La question de savoir si l’État français, fortement endetté, a suffisamment de fonds pour financer seul un tel projet demeure sans réponse.