Nous parlons et pensons tous de la même manière : la faute revient à l’IA

Nous écrivons de plus en plus tous de la même manière. Les phrases se raccourcissent, les mots se répètent, les structures convergent vers un seul standard fluide et neutre — celui des grands modèles linguistiques qui de plus en plus souvent corrigent, complètent ou réécrivent nos textes. Le risque n’est pas seulement stylistique: si le langage est le moyen par lequel nous pensons, un langage aplati pourrait entraîner une pensée tout aussi uniforme.

Que pensez-vous de cette introduction ? Pas mal, non ? Non, nous ne cherchons pas à obtenir une validation de nos capacités d’écriture créative : nous voulons simplement vous faire savoir que a l’avoir rédigée, ce n’était pas une journaliste, mais Claude.ai, le grand modèle de langage (LLM) d’Anthropic (et probablement vous ne le deviniez pas du tout).

Testi IA vs umani

Dans une étude publiée dans Trends in Cognitive Sciences, un groupe de psychologues et d’informaticiens met noir sur blanc ses inquiétudes : non seulement les chatbots uniformisent notre manière d’écrire, mais aussi notre manière de penser. Le risque est de réduire la sagesse collective de l’humanité et sa capacité d’adaptation, nous rendant des répétiteurs savants de notions incapables de penser hors des cadres de l’IA.

Cerveaux éteints : l’IA qui éteint la pensée critique

La diversité de pensée, moteur de créativité et d’intelligence collective, s’éteint à mesure que le nombre de personnes utilisant les LLM pour améliorer leur écriture augmente : « si cette homogénéisation n’est pas maîtrisée, elle risque d’aplatir les paysages cognitifs qui guident l’intelligence collective et l’adaptabilité », avertissent les chercheurs.

En 2025, une étude du MIT avait démontré que l’utilisation de ChatGPT éteint le cerveau : après avoir demandé à trois groupes de jeunes de rédiger un texte avec l’aide de Google, de ChatGPT ou uniquement de leur propre tête, ils avaient constaté que ceux qui avaient utilisé le LLM avaient une activité cérébrale moins intense, en particulier dans les zones liées à la créativité et à la mémoire. Non seulement : à la fin de l’expérience, seulement 20 % de ceux qui avaient écrit avec ChatGPT étaient capables de restituer les concepts élaborés.

Écriture robotique : le style ennuyeux et homogène de l’IA

L’un des principaux problèmes est que les textes rédigés par les chatbots présentent beaucoup moins de variété stylistique que ceux des humains, et ils sont sujets à des biais : ils reflètent en effet le langage, les valeurs et la manière de raisonner propres à une société occidentale éduquée, industrialisée, riche et démocratique. Cette surreprésentation de notre culture au détriment d’autres minorités contribue à aplatir le style d’écriture, le rendant ennuyeux et inhumainement homogène.

Adieu les intuitions : le risque d’un cerveau « schématique »

Outre l’influence sur notre manière d’écrire, expliquent les experts, les LLM influencent aussi notre façon de penser : après avoir interagi avec les IA, nous commençons à penser comme elles, perdant la capacité de faire des connexions de manière typiquement humaine, de raisonner par intuitions ou analogies, et devenant schématiques et « parfaits » même dans la pensée.

Éteints pour toujours ? Utiliser l’IA sans perdre la tête

Présentée ainsi, la situation semble préoccupante (et pour certains aspects elle l’est) : en continuant à utiliser l’IA de manière passive et massive, nous risquons d’être submergés par l’information, devenant des simples coquilles vides sans personnalité, bons uniquement à répéter des notions sans les comprendre et à écrire des textes anonymes.

Le point de (re)partir, nous le pensons, est de cesser de s’appuyer sur l’IA comme sur un cerveau supplémentaire, un esclave cognitif prêt à nous donner toutes les réponses, et de l’utiliser pour ce qu’il est : un outil additionnel et non substitutif de notre intelligence. Les auteurs de la recherche, de leur côté, espèrent que les développeurs des LLM l’entraînent avec des données qui reflètent l’hétérogénéité du langage humain, « non seulement pour préserver la diversité cognitive humaine, mais aussi pour améliorer les capacités de raisonnement des chatbots ».

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