Le bâillement in utero, observable dès la onzième semaine environ, ne servirait peut-être pas à réguler la température mais indiquerait le bien-être du fœtus : les fœtus qui bâillent le plus naissent avec un poids à la naissance plus faible.
Pourquoi les fœtus dans l’utérus bâillent-ils ? La question n’est pas fortuite : la théorie prédominante sur les raisons du bâillement évoque, en effet, la nécessité de réguler la température cérébrale par l’inhalation d’air frais. Mais les fœtus dans le ventre dépendent en grande partie, pour la thermorégulation, de la température de la mère, et bâillent aussi s’il n’y a pas d’air à respirer dans le placenta.
Une étude fondée sur de vastes observations des bâillements des fœtus n’a pas répondu à la question du pourquoi les fœtus bâillent, mais elle a trouvé qu’une fréquence plus élevée de bâillements avant la naissance pourrait être un indicateur de stress fœtal. La recherche de l’Université de Ferrara (Italie) a été publiée dans PLOS One.
Le comptage des bâillements
Les fœtus dans l’utérus bâillent à partir d’environ la onzième semaine. Les auteurs de l’étude ont analysé les échographies de 32 fœtus sains entre la 23e et la 31e semaine de grossesse, en observant pendant 22 minutes et demie l’ouverture de leur bouche. Les bâillements ont été différenciés par rapport à d’autres mouvements faciaux car ils impliquaient une ouverture lente de la bouche avec une inspiration profonde, suivie d’une brève apnée et d’une expiration courte avec fermeture de la bouche.
Les bâillements in utero sont, comme ceux hors du ventre, typiquement accompagnés par un étirement des membres, et ont été reconnus grâce à une chronologie bien précise : ils se caractérisent par une accélération progressive, suivie d’une décélération brusque des mouvements des muscles faciaux. En moyenne, les fœtus observés ont bâillé 3,63 fois par heure.
Bâillements et poids
Les chercheurs ont remarqué que le nombre de bâillements était à l’inverse corrélé au poids des bébés à la naissance (un indicateur fondamental de la santé néonatale). Les fœtus qui avaient bâillé plus fréquemment au cours des échographies avaient davantage de chances de naître sous-poids — même si tous les bébés suivis sont nés en bonne santé et qu’aucune des grossesses de l’étude n’était à risque. Selon les auteurs de l’étude, donc, les bâillements des fœtus sains dans le ventre pourraient être des indicateurs d’un léger stress prénatal et être lus – en cas de fréquence excessive – comme un thermomètre du bien-être fœtal.
Une hypothèse séduisante, qui devra être validée par d’autres études : dans cette étude, par exemple, on n’a pas mesuré le rythme cardiaque fœtal ni la température des mères, qui pourraient être associés au nombre de bâillements produits.