Le syndrome de Marfan est une maladie génétique du tissu conjonctif qui peut toucher le cœur, l’aorte, les yeux, les os et les poumons. C’est une condition présente dès la naissance, mais elle n’est pas toujours repérée tout de suite : dans de nombreux cas, les signes deviennent plus évidents au cours de la croissance, lorsque le corps se transforme et que certaines caractéristiques physiques apparaissent de façon plus nette. La détection précoce reste la clé pour obtenir un meilleur pronostic et une meilleure qualité de vie pour les patients, tant chez l’enfant que chez l’adulte.
Le syndrome de Marfan est une maladie génétique du tissu conjonctif qui peut affecter le cœur, l’aorte, les yeux, les os et les poumons. C’est une condition génétique présente dès la naissance, mais elle n’est pas nécessairement reconnue tout de suite : dans de nombreux cas, les signes deviennent plus apparents pendant la croissance, lorsque le corps change et que certaines caractéristiques physiques se manifestent avec plus de clarté. La reconnaissance précoce est la clé d’un meilleur pronostic et d’une meilleure qualité de vie pour les patients, qu’ils soient enfants ou adultes.
Qu’est-ce que le syndrome de Marfan
Qu’est-ce que le syndrome de Marfan ? Il s’agit d’une maladie du tissu conjonctif, c’est-à-dire de ce tissu qui assure le soutien et l’élasticité de nombreuses structures du corps, comme les vaisseaux sanguins, les ligaments, les os et les yeux. Lorsque ce tissu est plus fragile que la normale, certaines parties de l’organisme deviennent moins stables et plus sujettes à la dilatation et à la rupture.
C’est une condition rare (affectant environ une personne sur 5 000 à 10 000 naissances), qui touche hommes et femmes de manière similaire et est répandue dans le monde entier, sans différence ethnique ou géographique particulière.
L’un des aspects les plus particuliers est la grande variabilité, en effet les personnes atteintes du syndrome de Marfan peuvent présenter des combinaisons de symptômes différentes, car les mutations à l’origine peuvent être diverses et impliquer différents traits du gène concerné. Certaines présentent des manifestations légères compatibles avec une vie quasi normale, d’autres développent des complications importantes; dans certains cas, l’apparition peut être néonatale et très sévère.
Dans certaines situations on parle d habitus marfanoïde (Marfan’s habitus), c’est-à-dire des caractéristiques physiques typiques du syndrome de Marfan. Plus précisément :
- taille élevée par rapport à la moyenne familiale;
- membres longs;
- doigts minces et effilés;
- torse présentant une forme particulière.
Cependant, cet aspect peut ne pas être associé à un trouble de la structure du tissu conjonctif propre au syndrome de Marfan, mais à diverses conditions génétiques liées à des déficits cognitifs.
Causes génétiques
Dans la grande majorité des cas (environ 75 %), le syndrome de Marfan est dû à une cause génétique; en particulier à des mutations du gène FBN1. Ce gène, situé sur le chromosome 15, régule la production de la fibrilline-1, une protéine essentielle au maintien de l’élasticité et de la résistance du tissu conjonctif.
Les causes du syndrome de Marfan sont majoritairement liées à une altération de la fibrilline-1 ; toutefois a été identifiée une mutation du gène TGFBR2, situé sur le chromosome 3, qui code pour une protéine appelée « récepteur de type II du TGF-β » (facteur de croissance transformant beta), impliquée dans les processus de régénération cellulaire, cicatrisation et réponse immunitaire.
La transmission est « autosomique dominante » : si un parent est atteint, chaque enfant a 50 % de probabilité d’hériter de la maladie. Cependant, dans environ un quart des cas, la mutation est de novo, c’est‑à‑dire qu’elle apparaît pour la première fois chez cet enfant, sans antécédents familiaux.
Symptômes
Les symptômes du syndrome de Marfan peuvent toucher plusieurs systèmes et ne apparaissent pas tous au même moment, et surtout ils ne sont pas obligatoirement présents chez chaque personne atteinte, que ce soit un enfant ou un adulte.
Symptômes cardiovasculaires
Le cœur et l’aorte exigent une vigilance accrue, car les conséquences du syndrome de Marfan concernent surtout la dilatation progressive de l’aorte. Lorsque la paroi de l’aorte s’affaiblit, un anévrisme peut se former et la complication la plus grave est la dissection aortique, c’est-à-dire une déchirure de la paroi du vaisseau, qui constitue une véritable urgence.
Des prolapsus de la valve mitrale, des insuffisances des valves cardiaques (mitrale, aortique, parfois tricuspide), déjà avant l’âge de 10 ans, et des arythmies peuvent également apparaître. En présence de anomalies valvulaires, le risque d’endocardite bactérienne est souvent accru.
C’est pourquoi la surveillance cardiologique périodique est fondamentale dès l’enfance.
Symptômes squelettiques et musculo-squelettiques
Les caractéristiques osseuses et articulaires constituent souvent le signe qui peut faire suspecter le syndrome de Marfan s’il n’a pas été diagnostiqué dans les premières années de vie.
Parmi les signes les plus fréquents figurent une stature supérieure à celle des proches, l’arachnodactylie (doigts très longs et minces) et une hypermobilité des articulations.
On observe également fréquemment des déformations thoraciques comme le pectus carinatum (poitrine en carène), typique de Marfan, ou le pectus excavatum (poitrine creuse), avec une déviation vers l’intérieur.
Autres signes squelettiques concernent la colonne vertébrale (scoliose et cyphose), les membres inférieurs avec les pieds plats, et le visage (palais ojweible et parfois micrognathie).
Ces signes peuvent, avec le temps, provoquer des douleurs musculaires, de la fatigue et des problèmes posturaux.
Symptômes oculaires
Les symptômes pouvant toucher les yeux font partie intégrante du tableau clinique du syndrome de Marfan.
Le signe le plus caractéristique est l’ectopie du cristallin, c’est-à-dire le déplacement du cristallin (la lentille naturelle, transparente et élastique, située à l’intérieur du bulbe oculaire entre l’iris et le corps vitré), qui peut entraîner une diminution de la vision et nécessiter une intervention chirurgicale.
On observe également fréquemment :
- une myopie élevée;
- un risque de décollement de la rétine;
- un glaucome;
- une cataracte précoce.
Le contrôle ophtalmologique régulier fait partie intégrante du suivi ainsi que du chemin diagnostique.
Autres symptômes
Des symptômes importants supplémentaires peuvent être présents, tels que :
- ectasie durale (dilatation des membranes qui entourent la moelle épinière), avec douleurs lombaires et céphalées;
- pneumothorax spontané, c’est-à-dire collapsus d’un poumon sans traumatisme externe;
- vergetures cutanées, non dues à des variations de poids;
- ostéoporose précoce, soit un affaiblissement de la structure osseuse.
La complexité des symptômes d’ordre cardiovasculaire, même s’ils ne sont pas nécessairement graves, et des manifestations musculo-squelettiques peut être associée à un état de fatigue prolongée, typique du syndrome de Marfan.
Syndrome de Marfan chez les nouveau-nés et les enfants
Le syndrome de Marfan peut se manifester dès le tout début de l’enfance, avec des apparitions néonatales et chez les enfants. Il existe une forme néonatale plus rare et plus grave, avec atteinte cardiovasculaire précoce, problèmes respiratoires (emphysème pulmonaire), des signes dysmorphiques et des manifestations squelettiques typiques de Marfan, des plis cutanés et des malformations articulaires.
Dans la plupart des cas pédiatriques, les signes deviennent visibles au cours de l’enfance et de l’adolescence, surtout pendant la phase de croissance pubertaire, avec une croissance moyenne plus élevée, des affections oculaires (myopie, ectopie du cristallin, cataracte) et des pathologies cardiovasculaires.
Diagnostic
Le diagnostic du syndrome de Marfan repose sur les critères de Ghent, qui combinent signes cliniques, antécédents familiaux et résultats des examens. Le parcours pour confirmer la présence de la maladie est multidisciplinaire et comprend :
- un examen clinique approfondi avec évaluation des signes physiques;
- l’analyse des antécédents familiaux, en considérant toutefois que dans 25 % des cas la maladie se présente de novo, c’est‑à‑dire sans antécédents familiaux positifs;
- une échocardiographie pour évaluer les problèmes valvulaires;
- une résonance magnétique pour l’étude des gros vaisseaux;
- des radiographies de la colonne vertébrale;
- des examens ophtalmologiques pour évaluer les troubles du cristallin et de la rétine, même précoces.
Le conseil génétique est le point central de ce parcours, à la lumière des symptômes et des résultats des divers examens diagnostiques. En particulier, le test génétique pour le syndrome de Marfan peut confirmer la mutation du gène FBN1, notamment clarifier les cas doubts ou dépourvus d’antécédents familiaux. Il est possible de repérer aussi la mutation du gène TGFBR2, associée à une forme de Marfan encore plus rare.
Il est fondamental de distinguer le syndrome de Marfan d’autres conditions présentant des caractéristiques similaires, comme certaines formes d’Ehlers-Danlos, le syndrome de Loeys-Dietz ou d’autres conditions marfanoïdes. Le terme « syndrome marfanoïde » est parfois utilisé lorsque certaines caractéristiques physiques semblables à Marfan sont présentes, sans le recours au dysfonctionnement cardiovasculaire typique.
Traitement pharmacologique
Le traitement du Marfan vise à ralentir l’évolution de certains symptômes et surtout à prévenir et réduire le risque de complications. Le choix dépend de l’âge, de la présence de problèmes cardiovasculaires et de leur gestion pharmacologique ou non.
On utilise essentiellement des médicaments tels que : des bêta-bloquants, des sartans (comme le losartan) et des inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IEC), qui agissent pour diminuer la pression artérielle et dilater moins l’aorte, prévenant ainsi le risque de dissection aortique.
Certains symptômes peuvent progresser avec le temps, ou atteindre des niveaux de risque qui ne peuvent être traités uniquement par des médicaments et nécessiter des traitements chirurgicaux spécifiques.
Traitement chirurgical
Une chirurgie préventive est envisagée lorsque la dilatation de l’aorte dépasse certains seuils, par exemple pour les adultes lorsque le diamètre dépasse 4,5 à 5 cm, et chez les enfants en évaluant l’âge en relation avec les facteurs de risque présents et les autres symptômes.
D’autres interventions possibles peuvent concerner le remplacement des valves cardiaques, la chirurgie oculaire (en cas de pathologies du cristallin ou de la rétine) et la chirurgie orthopédique (par exemple dans les cas de scoliose grave).
Gestion et mode de vie
La gestion du Marfan est multidisciplinaire, comme pour toutes les maladies syndromiques complexes et polypathologiques, et exige des contrôles réguliers à vie : surveillance cardiologique, consultations orthopédiques, suivis ophtalmologiques, conseil génétique, soutien psychologique.
Le degré de gravité et la présence ou non de pathologies influencent fortement la qualité de vie de la personne, qu’elle soit enfant ou adulte. L’activité physique peut être très bénéfique, mais il faut éviter les sports de contact ou à haute intensité qui augmentent le stress sur les structures les plus fragiles de l’organisme, risquant des fractures ou des dommages internes plus graves, en plus d’une augmentation de la pression artérielle. Il faut favoriser le mouvement dès l’enfance, avec la marche, la natation et le vélo, toujours à un rythme modéré et sous surveillance continue des paramètres et des symptômes.
Un point à ne pas négliger est l’aspect nutritionnel : le régime alimentaire pour le syndrome de Marfan doit tenir compte de plusieurs facteurs tels que le poids, la croissance, la pression artérielle, les problèmes cardiovasculaires et les éventuelles carences. Il est recommandé d’adopter une alimentation qui soutienne la santé cardiaque et articulaire, et la gestion du poids, parfois influencé par l’absence d’appétit et la malnutrition. Il est conseillé de privilégier les fruits et légumes, riches en antioxydants, d’introduire les céréales et farines complètes, le poisson gras, les fruits à coque, bien sûr toujours avec modération, et avec une attention particulière au profil lipidique et à la masse musculaire.
Chaque régime alimentaire doit être adapté au patient atteint de Marfan, en fonction de l’âge, de l’étape de la maladie et des dépenses énergétiques. Dans tous les cas, l’excès de sel, les boissons à base de caféine et les aliments riches en graisses saturées (charcuterie et viandes rouges, par exemple) doivent être évités. De plus, certaines études suggèrent une prédisposition de certaines personnes atteintes de Marfan à développer le diabète, une résistance à l’insuline et des dismétabolismes; ainsi, un régime préventif personnalisé est de plus en plus recommandé.
Grossesse et transmission aux enfants
Le risque de transmission du Marfan est de 50 %, étant donné qu’il s’agit d’une maladie autosomique dominante, et grâce à un conseil génétique prénatal il est possible d’évaluer les risques dans les cas familiaux et de réaliser des tests génétiques prénataux, après prélèvement par villocente et/ou amniocentèse. De plus, pour les couples porteurs ou lorsque l’un des deux est atteint, il est possible d’envisager, en phase pré‑in vitro, un diagnostic préimplantatoire afin d’éviter la transmission de la mutation.
Une femme atteinte du syndrome de Marfan qui envisage une grossesse fait face à certains risques, qui nécessitent une surveillance extrêmement étroite. Pendant la grossesse, en effet, le travail que le cœur et les vaisseaux sanguins doivent assurer pour faire circuler le sang augmente. Cette plus grande « charge hémodynamique » peut mettre à rude épreuve l’aorte, qui est plus fragile dans le Marfan. De plus, la fragilité accrue du tissu conjonctif peut influencer la fermeture du col et augmenter le risque de complications ( jusqu’à 40 % de risque supplémentaire), allant de la rupture des membranes à un accouchement prématuré, voire au décès à la naissance.
Pronostic et espérance de vie
L’espérance de vie des personnes atteintes du syndrome de Marfan s’est nettement améliorée par rapport au passé. Grâce à un diagnostic précoce, à des contrôles réguliers et à des traitements adaptés, de nombreuses personnes atteignent une qualité de vie quasi normale, sous réserve de prendre les précautions appropriées.
La prévention des complications les plus fréquentes, comme celles liées à l’aorte et au cœur, mais aussi celles visuelles et musculo-squelettiques, et, dans les cas plus rares mais invalidants, demeure déterminante.
Les avancées majeures dans les connaissances sur le syndrome et la continuité du suivi dans le temps ont également amélioré l’efficacité des thérapies et des traitements chirurgicaux, tout en apportant un soutien accru pour adopter un mode de vie et une qualité de vie optimaux. La famille et la compétence des professionnels jouent un rôle crucial pour permettre une coexistence sereine avec le syndrome de Marfan tout au long de la vie, en particulier chez les enfants et les adolescents.