À long terme, l’aspartame fait-il maigrir, et peut-il nuire au cœur et au cerveau ?

Chez les souris, de petites doses d’aspartame administrées sur une longue période perturbent le métabolisme du cerveau et la fonction cardiaque.

Une étude menée sur des souris a pour la première fois évalué les effets de la consommation d’aspartame en comblant deux lacunes des recherches antérieures: elle a observé, d’une part, les conséquences d’une ingestion à long terme du doux édulcorant naturel, et non seulement les effets immédiats comme cela avait été le cas jusqu’ici; et elle l’a fait en administrant aux rongeurs des quantités d’aspartame non excessives, pour une fois proches de celles consommées par l’homme dans la vie réelle.

Les résultats de l’étude, publiés dans la revue scientifique Biomedicine & Pharmacotherapy, livrent une conclusion défavorable sur les effets de l’aspartame sur la santé: s’il peut contribuer à la perte de poids, il semble toutefois interférer avec le métabolisme du cerveau et avec la structure et la fonctionnalité du cœur.

Une consommation modérée, intermittente et prolongée dans le temps

En 2023, l’aspartame, édulcorant artificiel utilisé dans de très nombreux produits alimentaires, y compris les aliments et boissons « diététiques », a été classé comme « possiblement cancérogène pour l’homme » par l’Agence internationale pour la recherche sur le cancer (IARC) de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et par le Comité mixte d’experts sur les additifs alimentaires (JECFA) de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO/OMS), avec la précision toutefois que pour une personne il demeure sécurisé à condition de ne pas dépasser la dose journalière admissible (DJA), qui s’établit à 40 mg par kilo de poids corporel.

Comme nous l’avions expliqué à l’époque en relayant cette information, il s’agit d’un seuil difficilement franchissable.

Des chercheurs du Centre de Recherche Coopérative en Biomatériaux CIC biomaGUNE et de l’Institut de Recherche sur la Santé Biogipuzkoa (Espagne) ont soumis 18 souris à une dose d’aspartame nettement inférieure, égale à environ un sixième de la dose maximale admissible, pendant un an. Les rongeurs ont consommé de l’aspartame trois jours sur deux semaines, tandis qu’un groupe témoin composé de 14 souris n’en a pas consommé.

Les effets de l’aspartame sur le cerveau

Les scientifiques ont évalué, par un type d’imagerie cérébrale (la PET), l’absorption du glucose (le « carburant » des neurones) par le cerveau, et ont observé une dynamique inhabituelle dans la manière dont le cerveau des souris alimentées à l’aspartame utilisait l’énergie. Après deux mois, les neurones de ces souris semblaient solliciter le double de glucose par rapport au groupe témoin, mais vers les six mois la situation s’est inversée et, arrivés à dix mois d’ingestion, le cerveau des souris nourries à l’aspartame brûlait la moitié du glucose par rapport au groupe de contrôle.

L’aspartame avait conduit le cerveau des souris à passer d’une phase d’utilisation accrue d’énergie à une phase plus chronique de sous-utilisation du glucose, symptôme de stress métabolique.

En pratique, il avait privé le cerveau des souris de leur principale source d’énergie.

Le cerveau de ces souris semblait être constamment en mode d’urgence, moins efficace dans les tâches d’attention, de navigation, de rappel des souvenirs et de résolution de problèmes.

Le cerveau en mode d’urgence

L’observation a été corroborée par l’analyse des produits métaboliques présents dans le cerveau. Les astrocytes, ces cellules en forme d’étoile qui soutiennent les neurones, savent transformer le glucose en lactate, un carburant que les neurones utilisent plus facilement et qui semble jouer un rôle important dans la formation des souvenirs.

Si les niveaux de lactate demeurent constamment élevés, les neurones ne parviennent plus à l’utiliser efficacement et la substance s’accumule, perturbant le métabolisme énergétique du cerveau. Après huit mois d’ingestion d’aspartame, les niveaux de lactate dans le cerveau des souris s’étaient élevés à 2,5 fois ceux observés dans le groupe de contrôle.

Le cerveau de ces souris paraissait constamment en mode d’urgence, moins performant dans les tâches d’attention, de navigation, de remémoration et de résolution de problèmes.

L’impact sur le cœur

À l’issue de l’étude, le cœur des souris traitées à l’aspartame apparaissait moins efficace pour pomper le sang: les cavités cardiaques, c’est‑à‑dire les chambres internes du cœur qui reçoivent le sang et le pompent vers l’extérieur, se remplissaient moins complètement et restituaient moins de sang à chaque battement. Cela signifie que les organes des animaux, y compris le cerveau, recevaient une moindre quantité de sang oxygéné.

Moins de graisse, mais au mauvais endroit

À y regarder de près, les souris ayant consommé de l’aspartame ont accumulé 20 % de graisse en moins par rapport aux souris de contrôle au terme d’un an. Mais cette moindre accumulation de graisse s’est redistribuée de manière malsaine, se concentrant autour des organes (graisse viscérale), une configuration qui exerce une fatigue accrue sur le cœur et le métabolisme. Les chercheurs concluent ainsi que, « même si cet édulcorant peut aider certaines souris à perdre du poids, il s’accompagne de changements patophysiologiques dans le cœur et, probablement, dans le cerveau ». Évidemment, il s’agit d’une étude sur un modèle animal: il reste à déterminer si des effets similaires se produisent chez l’homme.

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