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Accord de libre-échange
Pourquoi le Mercosur est si controversé – et le restera
Plus de 25 ans de négociations et, voilà, l’accord de libre-échange Mercosur de l’UE. En quoi consiste-t-il exactement ? Que disent les partisans et les opposants ? Et comment le traité a-t-il pu être conclu malgré le scepticisme ?
En quoi consiste cet accord ?
Le bloc mercosur d’Amérique du Sud va faire baisser les droits de douane sur 91 pour cent des exportations en provenance de l’UE. Cela concerne notamment les voitures, pour lesquelles le droit de douane était jusqu’ici de 35 %. La réduction se fera sur une période de 15 ans. En échange, l’UE supprimera progressivement les droits sur 92 pour cent des exportations du Mercosur, sur une période pouvant aller jusqu’à dix ans. »
« C’est une vraie étape majeure, surtout en ces temps », déclare le président de l’Union des associations du commerce extérieur (BGA), Dirk Jandura. « L’accord Mercosur favorisera la croissance et la prospérité des deux côtés de l’océan. »
Qu’est-ce que cela signifie pour l’agriculture ?
C’est le point le plus délicat. Le bloc Mercosur supprimerait les droits de douane sur des produits agricoles européens comme le vin (actuellement 27 %) et les spiritueux (35 %). En retour, l’UE offrira des quotas d’importation plus importants pour certains produits agricoles. Cela comprend 99 000 tonnes de bœuf supplémentaires par an et un quota sans droits de douane de 30 000 tonnes de fromage. D’autres quotas existent pour la volaille, le porc, le sucre et l’éthanol.
Les partisans avancent que ces importations supplémentaires ne représenteraient que 1,6 % de la consommation européenne de bœuf. Par ailleurs, l’accord protège environ 350 indications géographiques comme le Parmigiano Reggiano pour le fameux fromage italien.
Qui est pour l’accord et pourquoi ?
La Commission européenne, ainsi que des partisans tels que l’Allemagne et l’Espagne, y voient une opportunité de diminuer la dépendance vis-à-vis de la Chine. Cela est particulièrement vrai pour les matières premières critiques, comme le métal utilisé dans les batteries, le lithium par exemple. De plus, l’accord offrirait une soulagement face aux droits imposés par l’administration américaine sur certains produits.
La Commission insiste sur le fait qu’il s’agit du plus grand accord de réduction des droits de douane qu’elle ait négocié à ce jour. Il permettrait aux exportateurs européens d’économiser annuellement des droits de douane qui dépassent les quatre milliards d’euros. En outre, les entreprises de l’UE bénéficieraient d’un avantage, puisqu’elles pourraient désormais concourir pour des marchés publics dans les États du Mercosur à conditions équivalentes à celles des opérateurs locaux.
Qui s’oppose et pourquoi ?
Les agriculteurs européens craignent que l’accord n’entraîne des importations bon marché de produits sud-américains – en particulier du bœuf. Celles-ci risqueraient de ne pas satisfaire les normes environnementales et de sécurité alimentaire de l’UE. Des associations écologistes comme Friends of the Earth qualifient l’accord de « nuisible pour le climat ». Elles mettent en garde contre une déforestation accrue dans des forêts telles que l’Amazonie, alors que les pays du Mercosur pourraient exporter davantage de produits agricoles et de matières premières.
La France, premier producteur de bœuf de l’UE, refuse l’accord. L’Autriche et la Pologne avaient aussi exprimé leur opposition.
Comment, malgré les scepticisme, l’accord a-t-il été conclu ?
La Commission européenne a fait plusieurs concessions aux sceptiques. Ainsi, un mécanisme de protection a été mis en place, qui peut suspendre les préférences d’importation pour certains produits agricoles comme le bœuf. Cela peut se produire si les volumes d’importation augmentent dans un ou plusieurs États membres de l’UE d’un certain seuil ou si les prix baissent. À la demande de l’Italie, ce seuil a été abaissé de huit à cinq pour cent. De plus, il y aura davantage de contrôles des importations.
Pour autant qu’un pacte ne nuise pas aux marchés agricoles de l’UE, un fonds de crise de 6,3 milliards d’euros est prévu pour soutenir les agriculteurs. Enfin, la Commission a annoncé la réduction des droits d’importation sur certains engrais dont les coûts ont fortement augmenté. Sur le plan politique, la majorité nécessaire a été obtenue lorsque l’Italie a modifié sa position et a finalement approuvé l’accord.
Combien d’entreprises allemandes seront concernées ?
Au total, 12 500 entreprises allemandes exportent vers le Mercosur, indique la Chambre de commerce et d’industrie allemande (DIHK). Parmi elles, 72 % sont des petites et moyennes entreprises.
Avec des éléments de l’agence de presse Reuters