Les parents ont pour mission de décider du cadre éducatif qui concerne leurs enfants, en faisant des choix précis en matière d’usage des technologies.
Après avoir donné des indications sur l’usage de la technologie par les enfants jusqu’à 6 ans, et après avoir expliqué comment poursuivre avec ceux entre 6 et 12 ans, il est maintenant temps d’aborder le sujet concernant la tranche d’âge à partir de 12 ans. À ce stade, on suppose que des règles ont déjà été établies et qu’elles sont respectées. C’est le moment d’en introduire de nouvelles, plus adaptées à la phase de développement qui commence à cet âge.
Dépendance à la technologie
Apparaît peut-être comme une évidence, mais la réduction des heures de sommeil chez les enfants et les préadolescents est désormais un phénomène inquiétant, avec de lourdes répercussions sur la réussite scolaire. Toutes les neurosciences soulignent l’importance du sommeil pour permettre au cerveau de traiter et de « décharger » la masse d’informations accumulées durant la journée, qui risque d’encombrer la vie des enfants et des adolescents: dormir est fondamental. J’ai rencontré un adolescent qui disait avoir 1 800 amis sur Facebook, avec des interactions principalement nocturnes, et qui, de toute évidence, obtenait de mauvais résultats à l’école.
Certains comportements liés à une utilisation compulsive du numérique doivent être régulés, au risque d’ouvrir la porte à des problématiques plus graves. À titre d’exemple, les adolescents japonais surnommés hikikomori développent une forme grave de dépendance au numérique qui les pousse à s’isoler du monde réel pour se réfugier dans des espaces virtuels. Car le numérique peut créer une dépendance, ne l’oublions pas : il faut rester attentifs aux signaux, qui peuvent aussi apparaître dès l’enfance, et qui traduisent une sorte de crise de sevrage: l’enfant qui pleure à chaudes larmes s’il ne regarde pas la télévision avant d’aller à l’école, l’adolescent qui peut devenir violent si l’accès au jeu vidéo lui est refusé.
L’âge de l’autonomie
Il faut aussi aborder la réalité des interactions sociales : la préadolescence et l’adolescence constituent des périodes essentielles pour apprendre à se connaître et à s’accepter, en mobilisant ses ressources et en définissant son identité de manière autonome par rapport aux figures d’autorité. Ce processus d’individuation suppose une interaction concrète et expérientielle avec les autres, alors qu’aujourd’hui les jeunes tendent à être de plus en plus connectés aux machines et moins attentifs aux personnes et à eux-mêmes qu’auparavant. C’est l’interaction réelle qui façonne nos circuits neuronaux et enrichit notre personnalité. Taper sur un clavier en interagissant avec un écran rend compétents dans la saisie, mais empêche souvent d’acquérir ces compétences de reconnaissance et de lecture du non verbal et de l’émotion, qui constituent un élément essentiel de la communication humaine et sans lequel on ne peut se passer.
Nous ne pouvons pas laisser la croissance de nos enfants entre les mains du marketing et des tendances du développement technologique. Il faut adopter des postures éducatives: il vaut mieux prendre une décision imparfaite que de ne rien décider et laisser les enfants livrés à eux-mêmes, dans l’angoisse de devoir trancher sur des questions qui échappent à leurs capacités. Mères et pères doivent se poser la question et discuter entre eux du projet éducatif qu’ils souhaitent pour leurs enfants: quelles personnes désirent-ils qu’ils deviennent.
Lâchons nos enfants à l’épreuve et laissons-les gagner, par l’effort et la confiance, la possibilité d’accéder à des outils puissants, certes attractifs, mais pas toujours adaptés. Leur lutte est créative et leur permet de rencontrer chez les autres à la fois les limites nécessaires à la croissance et ces processus mimétiques qui leur permettent de reconnaître dans l’altérité ce qu’ils sont eux-mêmes. Un voyage dans une ville étrangère, une rencontre réelle avec une personne différente, une journée passée dans les bois avec des amis, ne sont pas les mêmes s’ils sont vécus virtuellement.
Il n’est pas utile de s’opposer à la technologie numérique, aux téléphones portables et aux nouveautés technologiques. Ce qui compte, c’est d’offrir à nos enfants les repères de nos choix éducatifs, en tant que parents et en tant que personnes soucieuses de l’avenir.
Le mythe du multitâche
Par multitâche on entend l’aptitude particulière des soi-disant natifs du numérique à réaliser plusieurs activités en même temps, y compris celles liées au numérique. Étudier, écouter de la musique, discuter sur le smartphone, taper à la clavier. Des petits génies. Et pourtant, même sur ce front, il a été scientifiquement démontré que la simultanéité n’offre pas nécessairement une garantie de qualité ou d’efficacité. Et les performances scolaires des enfants et des adolescents français et italiens en sont la preuve. Les écrans numériques créent des interférences très marquées sur la capacité de concentration des enfants qui, vers sept ans, est d’environ quinze minutes. Mais cette capacité est comme un muscle: elle s’entraîne, et tout élément de distraction, particulièrement à cet âge, produit des effets très envahissants.
