Face à la situation politique bloquée en France, les représentants du monde économique évoquent déjà le risque d’une récession. Les marchés financiers regardent aussi avec inquiétude la difficile situation budgétaire.
La crise politique persistante en France alimente l’inquiétude sur les marchés financiers et appelle les décideurs économiques du pays à la vigilance. Ils dénoncent surtout l’incertitude continue qui bloque les décisions d’investissement et de consommation, ainsi que le manque de consensus politique, la hausse de la dette et le déficit public à maîtriser.
Ainsi, le président du MEDEF, Patrick Martin, a averti d’un véritable « risque de récession » en France. Le pays se trouverait déjà « dans une situation très précaire ». « Les carnets de commandes sèchent, les droits de douane pèsent sur le moral et nous ajoutons à nouveau un risque français », a-t-il déclaré lors d’une conférence économique, citant un article de la « Financial Times ».
Le PDG du groupe de grande distribution Carrefour, Alexandre Bompard, a rappelé que la croissance française, encore modeste, est actuellement tirée uniquement par la consommation. L’incertitude demeure ce qu’il y a de pire pour les consommateurs et freine leur appétit d’acheter.
Taux d’endettement à 114 pour cent
À l’image de son prédécesseur Christian Barnier en décembre dernier, le Premier ministre François Bayrou se voit désormais confronté au conflit autour de son programme d’austérité et semble sur le point d’être politiquement éliminé. Déjà, il apparaît qu’il perdra la séance de confiance prévue le 8 septembre, à laquelle il rattache un paquet de mesures de 43,8 milliards d’euros comprenant des hausses d’impôts et des coupes dans les dépenses publiques.
Avec un ratio de dette publique de 114 pour cent du PIB, la France se situe déjà bien au-delà de la moyenne de la zone euro. Les règles européennes fixent normalement une limite à 60 %. En outre, pour le déficit budgétaire, le pays enfreint aussi la limite fixée par l’UE, qui est de 3 % du PIB. Cette année, il devrait atteindre environ 5,4 %.
Par ailleurs, dans ce contexte géopolitique difficile, la dynamique de la deuxième économie de la zone euro est faible. Les experts prévoient désormais une croissance du PIB français de seulement 0,6 % cette année, après 1,1 % en 2024.
Blocage politique inquiète la Bourse
Outre l’opposition parlementaire à la coalition centriste-droit de Bayrou, les syndicats ont annoncé des grèves et des manifestations à l’échelle nationale contre leur cap d’austérité.
La résistance des courants de gauche comme de droite inquiète les marchés financiers. Alors que le principal indice français CAC 40 est bloqué depuis mai, les obligations d’État françaises à 10 ans affichent depuis la semaine dernière des rendements supérieurs à 3,5 %, approchant le niveau le plus élevé depuis la dernière crise de la dette dans la zone euro. Les acheteurs d’obligations exigent des primes de risque plus élevées en raison de la crise budgétaire. Les banques françaises subissent elles aussi des pressions en raison de la turbulence politique.
La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a déclaré qu’elle observait ces primes de risque sur les obligations d’État françaises « très attentivement ». Une intervention du Fonds monétaire international (FMI) serait toutefois peu probable. Tout risque d’une chute du gouvernement dans la zone euro demeure une raison d’inquiétude, a déclaré Lagarde à la radio française « Radio Classique ». La discipline budgétaire demeure indispensable en France.
Les banques seraient toutefois en meilleure forme que lors de la dernière grande crise financière, selon Lagarde. Elle ne pense pas que le secteur soit lui-même la source du risque actuel. « Mais ce sont les marchés qui évaluent le risque dans toutes les situations de ce type », a-t-elle ajouté.