Breakthrough Prize : l’Oscar de la science récompensera les thérapies génétiques qui restaurent la vue

Breakthrough Prize 2026 attribués: parmi les lauréats figurent les pionniers qui ont imaginé un traitement permettant une récupération partielle de la vue dans une forme de cécité congénitale.

Une thérapie génique qui rendre la vue à des patients atteints d’une forme de cécité incurable est l’un des résultats scientifiques honorés cette année par le Breakthrough Prize, l' »Oscar de la Science » créé en 2012 par quelques milliardaires de la Silicon Valley et attribué chaque année aux recherches scientifiques les plus inspirantes.

La biologiste moléculaire Jean Bennett et le mari ophtalmologue Albert Maguire ont partagé avec la médecin Katherine High les 3 millions de dollars (plus de 2,5 millions d’euros) du prix pour le développement de Luxturna, une thérapie génique qui permet une récupération partielle de la vue chez des patients atteints d’amaurose congénitale de Leber, une maladie génétique qui affecte la rétine.

D’autres recherches primées dans la section des sciences biologiques concernent une thérapie génique pour le traitement de l’anémie falciforme et de la bêta-thalassémie (deux maladies génétiques du sang) et la découverte de facteurs génétiques communs à la base d’une forme de démence et de la SLA.

La lumière renaît

Bennett, Maguire et High ont travaillé pendant 25 ans pour parvenir à un traitement révolutionnaire, approuvé par la FDA en 2017, qui prévoit l’injection de copies saines du gène dans la rétine de patients atteints d’amaouose congénitale de Leber (LCA), la cause la plus fréquente de cécité infantile héréditaire, qui touche 3 personnes sur 100 000 et conduit à une perte quasi totale de la vision avant l’âge adulte.

La thérapie développée par les trois scientifiques a visé la cause de 5-10% des cas de LCA, un défaut des deux copies d’un gène appelé RPE65, qui provoque une dystrophie de la rétine, l’altération de la forme et de la structure de la couche photosensible qui recouvre la partie arrière de l’œil, et qui transforme les stimuli lumineux en signaux nerveux.

En utilisant un vecteur viral, c’est-à-dire un virus rendu inoffensif et incapable de se reproduire, mais capable de transporter son matériel génétique à l’intérieur des cellules, les trois chercheurs sont parvenus à informer une version fonctionnelle du gène RPE65 dans les cellules de la rétine chez des enfants et des adultes, ce qui a entraîné des progrès notables des capacités visuelles dès les premiers 30 jours suivant le traitement. Les participants, initialement incapables de s’orienter entre des obstacles dispersés le long d’un parcours, ont après la thérapie considérablement amélioré leurs performances.

Un patient a déclaré avoir vu pour la première fois le visage de son fils, reconnu les nervures des meubles en bois et les branches d’un arbre qui se balançaient au vent. La thérapie a permis une véritable renaissance chez des personnes désormais capables de percevoir seulement des lumières et des ombres.

Depuis cette étude (qui datait de 2008), d’autres formes de thérapie génique directes contre d’autres défauts génétiques à la base de la même maladie ont également été développées.

Corriger les défauts de l’hémoglobine

Les chercheurs Swee Lay Thein, des National Institutes of Health américains, et Stuart Orkin, de la Harvard Medical School, ont remporté un autre Breakthrough Prize pour les sciences biologiques pour le développement de Casgevy, la première thérapie d’édition génétique approuvée par la FDA, destinée au traitement de l’anémie falciforme et de la bêta-thalassémie. Les deux maladies résultent de défauts génétiques dans la production d’hémoglobine, la protéine des globules rouges qui se lie à l’oxygène et le transporte dans l’organisme. Dans les années 2000, les chercheurs ont découvert qu’en désactivant un gène nommé BCL11A, on forçait les cellules à réactiver la production d’hémoglobine fœtale, la version saine d’hémoglobine qui, après la naissance, est remplacée par la version adulte : chez les patients dont l’hémoglobine adulte ne fonctionne pas correctement, cette étape permet de guérir les maladies.

Une origine commune

Rosa Rademakers, neurogénéticienne à l’Université d’Anvers, en Belgique, et Bryan Traynor, neurologue du National Institute on Aging à Bethesda, aux États‑Unis, ont reçu le Breakthrough Prize pour la découverte d’une mutation, sur le gène C9ORF72, qui associe une forme héréditaire de démence frontotemporale à la maladie des motoneurones (sclérose latérale amyotrophique, SLA). La découverte est surprenante et mérite des investigations génétiques plus approfondies, car la première maladie affecte le cerveau et la seconde la moelle épinière.

Les autres sections du Breakthrough Prize

Le Breakthrough Prize pour les mathématiques a été attribué à Frank Merle de l’Université CY Cergy Paris pour ses travaux sur les équations non linéaires, qui trouvent des applications dans des domaines tels que la physique quantique et les recherches sur la dynamique des fluides. À une équipe dirigée par David Hertzog, physicien nucléaire du Fermilab à Batavia, dans l’Illinois, engagée depuis des décennies dans les mesures des propriétés magnétiques des muons (particules subatomiques), est revenu le Breakthrough Prize pour la physique.

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