Climat : pourquoi l’Europe se réchauffe-t-elle plus vite que le reste du monde ?

L’Europe demeure l’avant-poste du réchauffement climatique : avec +2,5 °C supplémentaires par rapport à l’époque préindustrielle, c’est le continent qui s’est le plus réchauffé au cours des cinq dernières années. Quasiment le double du reste du monde, qui s’est réchauffé en moyenne de 1,4 °C. Seul l’Arctique a enregistré une hausse encore plus forte (+3,2 °C), en raison des dynamiques accélérées de fusion des glaces qui ont réduit l’albédo, c’est-à-dire la réflexion des rayons solaires.

Record climatiques : l’Europe court vers l’abîme

Ainsi, comme cela avait déjà été observé l’année dernière, une fois de plus le Vieux Continent se situe bien au-delà du seuil (+1,5 °C) fixé par l’accord de Paris sur le climat.

L’allarme a été lancée dans le rapport « L’état européen du climat 2025 », récemment présenté par plus de 100 scientifiques du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF) et de l’Organisation météorologique mondiale.


Dommages économiques : 31 milliards d’euros en une année

Le scénario est préoccupant : au cours de l’année qui vient de s’écouler, la troisième année la plus chaude de l’histoire à l’échelle mondiale, les événements météorologiques extrêmes ont provoqué en Europe des pertes économiques estimées à 31 milliards de dollars (les plus élevées après celles enregistrées aux États-Unis et en Asie) : selon le rapport de Gallagher Re, l’un des plus grands courtiers de réassurance mondiaux, spécialisé dans l’évaluation des impacts des catastrophes, nous avons enregistré plus de dégâts que l’Afrique, que l’Amérique latine, l’Océanie et le Moyen-Orient réunis. « Le changement climatique n’est pas une menace pour le futur, c’est notre réalité actuelle », a commenté Samantha Burgess, responsable stratégique du climat à l’ECMWF. « L’exemple paradigmatique est le Portugal, touché par de graves incendies et par la sécheresse ».


Pourquoi l’Europe se réchauffe-t-elle plus vite ?

Mais pourquoi l’Europe a-t-elle ce triste record ? Pour plusieurs facteurs. Tout d’abord, par rapport à d’autres continents, nous disposons d’une part plus importante de terres émergées qui absorbent davantage le rayonnement solaire. De plus, ajoute Burgess « nous subissons aussi notre proximité avec l’Arctique, qui s’est réchauffé plus rapidement. L’augmentation des températures a été favorisée par la raréfaction des chutes de neige (qui ont réduit l’albédo), le réchauffement des mers, et le changement dans la circulation atmosphérique, qui encourage les vagues de chaleur les plus intenses ».


Chaleur extrême et mers bouillantes : les conséquences

Les effets de ce scénario ont malheureusement été tangibles. La chaleur extrême de l’année dernière a frappé durement la péninsule scandinave et le Royaume-Uni. En Suisse, le réchauffement a provoqué l’effondrement du glacier Birche, déversant dans la vallée sous-jacente 9 millions de m3 de glace et de roches, ensevelissant le village (heureusement évacué) de Blatten.

En 2025, la région océanique européenne a enregistré la température annuelle de surface de la mer la plus élevée jamais atteinte : 36 % de la région a connu des conditions « intenses » ou « extrêmes », le pourcentage le plus élevé jamais enregistré. Les répercussions touchent à la fois le climat (des mers plus chaudes fournissent plus d’énergie aux tempêtes) et l’écologie. Le réchauffement des eaux marines est en effet l’un des principaux responsables de la tempête Éowyn, qui a frappé l’Irlande et l’Écosse au cours du mois de janvier dernier, avec des vents allant jusqu’à 185 km/h.


Siccité et crise énergétique : l’eau comme ressource critique

Les précipitations insuffisantes ont entraîné une perte significative de couverture neigeuse et glaciaire : « En mars 2025, la zone couverte de neige en Europe était d’environ 1,32 million de kilomètres carrés (31 %) en dessous de la moyenne, équivalant à la superficie globale de la France, de l’Italie, de l’Allemagne, de la Suisse et de l’Autriche réunies » selon le rapport. Les retombées ont été larges. La sécheresse a touché surtout les Pays-Bas et l’Europe de l’Est, provoquant des dégâts non seulement pour l’agriculture mais aussi pour la production d’électricité : les précipitations plus faibles de mai à décembre ont épuisé les bassins des centrales hydroélectriques. Et elles ont eu un impact sur les centrales nucléaires françaises : l’eau des rivières était trop chaude pour le refroidissement des réacteurs, qui dans plusieurs cas ont dû réduire leur puissance ou fermer pendant quelques jours. En plus de la chaleur, en août 2025 s’est produit un événement inhabituel : quatre réacteurs sur la côte nord ont dû être arrêtés temporairement car les systèmes de filtration de l’eau de mer avaient été obstrués par une invasion de méduses, proliférées en raison des températures océaniques anormalement élevées.

 « La pénurie d’eau pour les usages civils et agricoles est l’un des plus grands risques pour l’avenir », avertit Carlo Buontempo, directeur du Copernicus Climate Change Service.


Le côté positif : le boom des énergies renouvelables

Parmi les nombreux records négatifs, le rapport en signale aussi un positif. En 2025, les sources renouvelables ont fourni près de la moitié de l’électricité européenne, soit 46,4% du total. Pour le troisième année consécutive depuis 2023, le solaire et l’éolien ont généré plus d’électricité (le 30,5% de la demande) que les combustibles fossiles (27,5%) : en temps de crise énergétique et de dépendance vis-à-vis des fossiles, c’est une nouvelle qui invite à la réflexion. Car c’est justement l’énergie propre qui peut desserrer l’étau du réchauffement climatique, puisqu’elle produit nettement moins d’émissions qui altèrent le climat.

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