Comment é duquer des enfants altruistes : conseils pratiques pour favoriser la générosité et la bienveillance

Réfléchir aux émotions à travers les histoires favorise le développement chez les enfants de leur capacité à comprendre et à réconforter autrui

Reconnaître les sentiments des autres, leur apporter du soutien, ou effectuer des gestes réconfortants lors de moments difficiles : il s’agit de compétences essentielles pour la vie sociale, qui contribuent à rendre les relations plus sereines et constructives, tout en améliorant le bien-être de chacun. Ce sont des aptitudes fondamentales que l’être humain apprend tout au long de sa vie et qui font partie d’un ensemble de comportements qualifiés de « prosociaux ». Ces comportements ont été au centre de nombreuses recherches en psychologie de l’enfant et de l’apprentissage, puisqu’ils jouent un rôle clé dans le développement relationnel et social des jeunes.

Le comportement prosocial

Les psychologues désignent par ce terme l’ensemble des actes qui visent à améliorer le bien-être d’autrui, sans qu’il y ait une attente immédiate ou directe de bénéfice personnel. En d’autres termes, agir pour le bonheur ou la tranquillité d’autrui, promouvoir des relations positives, ou encore prévenir ou apaiser un conflit, contribue à renforcer le sentiment de bien-être collectif. Par extension, cela influence également le bonheur individuel. Dans un article précédent, nous avions évoqué l’importance de développer ces compétences à l’école, notamment dans le cadre d’un projet visant à repenser l’éducation dès ses bases. Une étude récente menée par l’Université de Lille apporte des éléments intéressants pour encourager dès la petite enfance ces attitudes prosociales [1].

La recherche

Cette étude a été menée par une équipe du Département des Sciences Humaines pour la Formation « R. Massa », composée d’Elisa Brazzelli, Ilaria Grazzani et Alessandro Pepe, qui ont élaboré un programme nommé TEPP – Programme pour l’empathie et la prosocialité chez le jeune enfant. L’objectif était d’observer comment stimuler ces compétences dès le plus jeune âge. Le projet a concerné 142 enfants âgés de 21 à 36 mois, scolarisés dans dix crèches de plusieurs régions du nord de la France, ainsi que leurs parents, qui ont rempli des questionnaires basés sur leurs observations de l’évolution de leurs enfants.

Dans un premier temps, avant l’intervention, des données ont été recueillies via des tests et des questionnaires. La phase d’intervention, qui a duré environ deux mois, s’est déroulée en petits groupes, sous la supervision des éducateurs, avec la coordination des chercheurs. Lors de séances spécifiques, des histoires illustrant des comportements prosociaux ont été racontées aux enfants. Ensuite, différentes activités ont été proposées : un groupe a été invité à discuter des émotions et des comportements altruistes évoqués dans les histoires, un autre a évoqué l’état physique et les actions concrètes décrites, et le dernier a simplement pu jouer librement. À la fin, lors du test post-intervention, les compétences initiales ont été réévaluées chez les enfants des trois groupes afin de mesurer l’évolution.

La discussion autour des émotions

Les résultats signifiants en termes d’amélioration des compétences prosociales ont été observés chez les enfants du premier groupe, ceux qui ont été encouragés à parler des émotions et des comportements altruistes en lien avec les histoires qu’ils avaient écoutées. Tant dans les questionnaires remplis par les parents que lors des activités, il a été évident que ces enfants avaient affiné leur capacité à reconnaitre et exprimer leurs propres émotions ainsi que celles des autres. Par exemple, ils faisaient plus attention aux sentiments de leurs camarades, manifestaient plus souvent des attitudes de participation émotionnelle, partageaient plus volontiers des jouets ou des games, ou encore se montraient plus enclins à réconforter ou à apaiser un enfant en difficulté.

Raconter des histoires et se raconter

Elisa Brazzelli souligne : « Les recherches montrent à quel point la capacité d’aider autrui contribue à notre propre bien-être psychologique tout en favorisant des relations sociales épanouissantes. Promouvoir dès le plus jeune âge des compétences empathiques et prosociales permet aux enfants de mieux comprendre le point de vue d’autrui et de développer des stratégies efficaces pour répondre à ses besoins, qu’il s’agisse d’aider, de partager ou de consoler. »

Les chercheurs insistent sur le fait qu’il est tout à fait possible, même chez les plus jeunes, de favoriser ce type de comportement en utilisant deux outils simples, économiques et millénaires : la narration et la conversation. Depuis toujours, l’être humain utilise le récit pour transmettre sa culture et comme moyen éducatif. Les parents savent bien que les histoires sont un formidable vecteur pour accompagner les enfants dans leur exploration du monde, en leur permettant de s’identifier à différents personnages. La recherche met en lumière toute l’importance de ce que beaucoup d’éducateurs et de parents font déjà en racontant ou en lisant des histoires : échanger avec eux, encourager leurs réflexions, les inviter à se raconter, à parler de leurs expériences ou de leurs sentiments à travers les personnages. Réfléchir à ses émotions favorise la compréhension de celles des autres, et la narration constitue l’un des nombreux moyens par lesquels cette capacité se construit et se consolide.

Article pensé et écrit par :
Avatar de Julie Ménard
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