Des systèmes bidimensionnels aux algorithmes 3D, jusqu’à la biométrie de la peau: aujourd’hui, la reconnaissance faciale atteint un niveau d’exactitude extrême. Est-il possible de la tromper?
De Mission: Impossible aux systèmes de sécurité des aéroports, en passant par les logiciels de déverrouillage de nos appareils et les paiements en ligne, la reconnaissance faciale est devenue l’une des technologies les plus connues de l’ère numérique. Tout semble facile: une caméra capture un visage, le logiciel le compare à une base de données et, en quelques secondes, identifie la personne. La réalité, toutefois, est plus complexe que le simple défilement d’images à la recherche du « match » parfait.
Plus en détail, le parcours qui a permis aux ordinateurs de « voir » comme les humains commence dans les années soixante, lorsque les premiers essais visaient à extraire des informations géométriques à partir des traits du visage. Depuis lors, le secteur a fait d’immenses progrès, évoluant des systèmes bidimensionnels vers les algorithmes 3D et vers la biométrie de la peau, qui aujourd’hui permettent un degré d’exactitude inimaginable il y a seulement vingt ans.
Points nodaux. À la base de la reconnaissance faciale traditionnelle se trouve l’idée que chaque visage possède une série de points uniques et mesurables. Les premières entreprises du secteur, comme Identix, ont défini ces repères comme des points nodaux, environ 80 éléments qui comprennent la distance entre les yeux, la largeur du nez, la forme des pommettes et la profondeur des orbites, pour citer les plus simples à identifier. Un logiciel détecte d’abord le visage dans une image, puis le sépare du fond et, enfin, mesure ces points pour les transformer en un code numérique, ce qu’on appelle le « faceprint ».
Obstacles. Pendant des années, ce système n’a fonctionné que dans des conditions idéales: éclairage maîtrisé, vue de face, très peu de variations d’expression, tandis que de petits changements de perspective ou d’éclairage pouvaient faire déraper la comparaison. Et c’est précisément pour surmonter ces limites que sont nés les modèles tridimensionnels.
De la science-fiction à la réalité. La technologie 3D capture la géométrie réelle du visage en utilisant des courbes et des reliefs plus stables dans le temps, comme les contours des yeux, le nez et le menton. Un système 3D peut reconnaître un visage même dans l’obscurité, car il ne se fonde pas sur la couleur mais sur la profondeur, et il peut le faire même si la tête est inclinée jusqu’à 90 degrés. Après avoir repéré le visage, l’algorithme l’aligne dans l’espace, mesure les surfaces avec une précision sub-millimétrique et génère un modèle qui est codifié et comparé à ceux présents dans la base de données.
Le fait est que de nombreuses bases de données contiennent encore des images 2D: c’est pourquoi les logiciels modernes « aplanissent » le schéma tridimensionnel à travers des algorithmes dédiés pour le rendre compatible avec les archives existantes.
À cela s’ajoute la biométrie de la peau, une technique qui analyse les pores, les lignes et les micro-textures pour differencier même des jumeaux monozygotes, élargissant encore l’exactitude de la reconnaissance.
Applications. Aujourd’hui, cette technologie est utilisée dans de nombreux contextes: dans l’immigration (où elle permet de comparer les photos et les empreintes des voyageurs), dans les systèmes de sécurité des aéroports, dans le contrôle d’accès des entreprises, et dans les services bancaires (qui vérifient l’identité sans documents ou sans code PIN). Certaines entreprises l’utilisent même pour enregistrer les présences et les heures des salariés. Cela dit, en parallèle de l’efficacité croissante du logiciel, les préoccupations liées à la vie privée s’accentuent.
Risque. Beaucoup craignent une utilisation non autorisée dans les lieux publics, le risque d’erreurs à l’égard de personnes innocentes et la possibilité de vol d’identité, surtout parce que ces systèmes opèrent sans que l’utilisateur s’en rend compte. Et même si la reconnaissance faciale continuera à s’améliorer, son impact sur la société dépendra de la manière dont les gouvernements et les entreprises sauront équilibrer l’innovation, la sécurité et la protection des droits individuels.