Les trembleurs, arbres emblématiques du nord de l’Amérique, retrouvent une jeunesse inattendue
Les trembleurs sont parmi les arbres les plus répandus dans l’ensemble de l’Amérique du Nord : on les trouve du Canada jusqu’au Mexique, ils sont devenus un symbole emblématique des États-Unis, et dans des régions comme le Minnesota ou le sud du Canada, ils constituent même un biote à part entière. Pourtant, cela fait plusieurs décennies que leur nombre diminue dans l’un des lieux emblématiques de la nature américaine : le parc national de Yellowstone. Dans cet immense sanctuaire naturel, la population de trembleurs a connu un déclin qui dure depuis près de 80 ans. Mieux encore : après une longue période de déclin, une nouvelle génération de trembleurs de Yellowstone est née, prospérant pour la première fois depuis les années 1940, comme le démontre une étude récente publiée dans la revue Forest Ecology and Management.
Le destin des trembleurs et l’impact du retour des loups
Le déclin des trembleurs du parc de Yellowstone remonte aux premières années du XXe siècle, lorsque le parc venait tout juste d’être créé. À l’époque, il était également utilisé comme réserve de chasse et terrain d’élevage. Pour protéger à la fois les animaux domestiques et ceux qui constituaient la faune sauvage, les autorités décidèrent d’éliminer les loups présents dans la zone : un choix qui eut des conséquences fondamentales. En effet, cette extermination systématique aboutit à une explosion du nombre d’herbivores, notamment les wapitis, qui pullulaient dans le parc.
Ces grands herbivores se nourrissent aussi bien d’herbes que de jeunes arbres, y compris les jeunes trembleurs. La prolifération des wapitis entraîna donc une baisse drastique de la forêt, en particulier des trembleurs, dont ils consommaient les jeunes pousses. La disparition de ces arbres eut des effets en cascade sur tout l’écosystème : les castors, qui dépendent de certains arbres pour construire leurs barrages, eurent moins de ressources, et de nombreuses espèces d’oiseaux ne trouvèrent plus d’arbres pour faire leur nid. Face à cette situation critique, au début des années 1990, les autorités du parc lancèrent un programme de reintroduction des loups.
Deux décennies de bénéfices perceptibles
Aujourd’hui, après vingt ans, l’Université de l’État de l’Oregon a entrepris une évaluation approfondie de l’état de santé des trembleurs dans le parc de Yellowstone pour déterminer si le retour des loups avait effectivement permis d’obtenir les avantages écologiques promis. La réponse est positive : pour la première fois depuis les années 1940, une nouvelle génération de trembleurs a vu le jour, puis a grandi jusqu’à atteindre des dimensions adultes. En outre, la densité de ces jeunes arbres a été multipliée par 152 entre 1998 et 2021, en grande partie grâce à la baisse du nombre de wapitis, qui consommaient leurs jeunes pousses.
Il est cependant important de préciser que tous ne partagent pas cette vision optimiste concernant l’efficacité du retour des loups. En effet, il y a un an à peine, une étude menée par l’Université d’État du Colorado avançait qu’il n’y avait pas de preuves solides montrant des effets bénéfiques liés à la présence des grands carnivores. Toutefois, une chose est certaine : les trembleurs de Yellowstone se portent mieux, et c’est une excellente nouvelle pour cet écosystème fragile.