Les contes de tous les temps et de tous les lieux ne sont pas uniquement de simples outils de divertissement pour les enfants : ils recèlent également des réflexions profondes sur la parentalité
Le conte est depuis toujours un moyen narratif doté d’un pouvoir communicatif exceptionnel : il parvient à toucher chaque auditeur, quel que soit son âge ou son contexte socioculturel. Bien qu’il soit généralement considéré comme une simple source de divertissement pour les jeunes, le conte est en réalité capable de véhiculer des messages éducatifs également destinés aux adultes, et en particulier aux parents d’aujourd’hui [1]. Voici quelques exemples illustrant cette idée.
Chaque enfant est unique : la leçon de Pollicino
Le thème de la naissance apparaît universellement dans les contes, mais il y a un aspect qui revient fréquemment, à savoir l’arrivée d’un enfant, souvent après une longue et éprouvante attente, qui ne correspond pas exactement aux attentes des parents. Des contes comme Pollicino des frères Grimm [2], par exemple, insistent justement sur ce sujet : un couple désire ardemment avoir un enfant ; après de nombreuses prières, leur vœu intime se réalise, mais le petit garçon ne correspond pas aux attentes initiales.
Le conte, avec son langage métaphorique, donne voice à une des préoccupations les plus courantes et naturelles dans la relation parent-enfant : la possibilité que l’enfant soit très différent de ce que l’on imaginait, provoquant des sentiments de déception et de frustration. Les dimensions de Pollicino sont bien entendu métaphoriques : elles symbolisent cette crainte de ne pas être à la hauteur des attentes parentales, comme celle de ne pas être assez beau, intelligent ou capable.
Cependant, dans le conte de Pollicino, les parents font preuve d’un sentiment naturel d’acceptation de leur enfant tel qu’il est réellement. Ils l’aiment et l’accueillent dès le départ dans sa singularité. Par ailleurs, dans ses incroyables aventures, Pollicino dévoile des compétences remarquables, malgré sa petite taille.
Ce conte exprime une parentalité basée non seulement sur l’acceptation de l’enfant avec toutes ses particularités, mais aussi sur la transmission de la confiance en ses propres potentiels. Éduquer un enfant, c’est avant tout accepter son unicité et, à partir de là, le guider dans la découverte du monde : chaque enfant est unique et inoubliable, et tous n’atteignent pas le même objectif au même moment.
Certains enfants franchissent certaines étapes plus tôt que d’autres (comme le langage, la marche ou l’autonomie physiologique), d’autres ont besoin de plus de temps, mais cela ne veut pas dire qu’ils n’y arriveront pas. Il se peut que, à un moment précis, cet enfant se concentre sur d’autres aspects de son développement ou qu’il manifeste des compétences exceptionnelles dans des domaines différents. Dans tous les cas, c’est en respectant le rythme personnel de chacun, et en valorisant leur spécificité, qu’un parent peut exercer pleinement sa fonction éducative.
Plume d’Or et l’importance des règles
La parentalité ne se limite bien sûr pas à la simple conception d’un enfant : une tâche bien plus complexe consiste à l’accompagner vers l’autonomie, à travers une éducation réfléchie et consciente, afin de le préparer à la vie future.
Le conte de Luigi Capuana Plume d’Or [3] aborde certains des enjeux délicats de la relation entre parents et enfants, en particulier dans l’éducation des générations actuelles. Le thème central est l’importance des règles, conçues comme un « contenant » essentiel pour la croissance. Aujourd’hui, on parle souvent d’un « modèle permissif » pour désigner ces familles incapables d’établir un système normatif clair pour réguler le comportement de l’enfant. Mettre en place des règles précises et cohérentes, savoir refuser certaines demandes, interdire certains comportements, partager et faire comprendre la distribution du pouvoir peuvent faire craindre que l’on ne soit pas assez aimé, ou que l’on ne soit pas de bons parents.
Dans Plume d’Or, un roi et une reine sont épris de leur fille, Plume d’Or, une enfant magnifique mais capricieuse, malicieuse et égoïste. Ils lui pardonnent tous ses caprices et minimisent ses méfaits. Par la suite, elle sera punie et se transformera en une magnifique jeune fille aussi légère qu’une plume, incapable concrètement de garder les pieds sur terre et toujours exposée au risque d’être emportée par le vent : la plume devient ici une métaphore évocatrice, symbolisant à la fois la légèreté et la fragilité des enfants qui n’ont pas reçu une éducation ferme mais bienveillante. L’absence de règles et de limites précises rend cet enfant fragile et désorienté, incapable de savoir quelle direction suivre, se laissant porter au gré du vent, comme Plume d’Or.
Bien que cela soit souvent difficile et exigeant, établir des règles que l’enfant doit respecter constitue une étape fondamentale de l’éducation, en complément du lien d’amour et de confiance. L’amour s’exprime aussi à travers l’établissement de ces règles : orienter le développement de l’enfant avec patience et autorité est en soi une grande preuve d’amour parental.
Les frères « conte » entre rivalité et complicité
L’arrivée d’un autre enfant impose à la famille de nouveaux défis évolutifs. Si, d’un côté, les parents ont déjà acquis une certaine expérience de la parentalité, ils doivent, de l’autre, faire face pour la première fois aux dynamiques relationnelles entre frères et sœurs. Ces relations sont une véritable « école de la socialisation » pour l’enfant, mêlant émotions intenses et contrastées.
Le lien entre frères et sœurs permet, en effet, de vivre simultanément des expériences de conflit et de coopération, de rivalité et de partage. Il appartient aux parents de veiller au bon développement de ces relations, en encourageant des « exercices » de négociation et sans nier l’opportunité que peuvent apporter les disputes : le conflit, qu’il soit entre amis ou entre frères, constitue une étape normale pour apprendre à interagir avec ses pairs. Les situations de désaccord sont en fait une occasion précieuse pour apprendre des stratégies de coopération et d’empathie.
Bien que la gestion des conflits fraternels soit souvent difficile et exigeante pour les parents, il faut adopter une perspective à long terme : sans ces expériences de contrariété, l’enfant ne pourra jamais perfectionner des compétences essentielles comme la collaboration et la médiation, qui lui seront utiles tout au long de sa vie.
Il est donc primordial de limiter ses interventions lors des disputes entre enfants, en évitant d’intervenir trop tôt ou de forcer la paix sans leur laisser le temps d’exprimer leurs raisons. Il ne faut surtout pas transmettre l’idée que les « bons enfants » sont ceux qui ne se disputent jamais.
Le rôle de l’adulte est d’être un médiateur et un facilitateur dans la communication : en commençant par encourager les enfants à parler entre eux, à exprimer leurs sentiments et leurs raisons (« Comment je me suis senti quand tu as dit ou fait cela ? »), afin de développer leur empathie. Enfin, il s’agit aussi de les aider à rechercher la meilleure solution pour tous.
La valeur de la tendre attention : Mpipidi et l’arbre motlopi
Les contes du monde entier évoquent fréquemment des relations plus ou moins harmonieuses entre frères et sœurs. Parmi les récits qui marquent nos souvenirs, nombreux sont ceux qui racontent des liens de rivalité, d’envie ou de trahison. Dans ces histoires, il est fréquent de voir des personnages jaloux des qualités, de la beauté ou des talents de leur frère ou sœur, utilisant toutes sortes de stratégies pour le nuire ou le déstabiliser.
Cependant, il existe aussi de très beaux contes qui mettent en avant des relations d’affection, de solidarité et de coopération fraternelle. Parmi eux se trouve une magnifique fable d’origine africaine, intitulée Mpipidi et l’arbre motlopi [3], qui raconte le rêve secret d’un jeune garçon de voir naître une petite sœur, alors qu’il a déjà un frère plus jeune.
La nature semble écouter ce souhait discret, et Mpipidi, alors qu’il est au pâturage avec les vaches, découvre dans une clairière une petite fille née récemment. On ne sait pas exactement d’où elle vient, mais son nom — Keneilwe, qui signifie « celle qui vient offrir » — évoque une origine particulière. La fable conte avec douceur la relation de tendresse de ce frère aîné envers cette « petite sœur », qu’il nourrit et protège secrètement. Lorsqu’ils découvriront ses parents, cette petite fille intégrera officiellement la famille.
Messages qui traversent les époques et les cultures
Pour conclure, il faut souligner que les contes, issus de différentes civilisations et époques, regorgent de messages éducatifs pour les adultes d’aujourd’hui. En particulier, le thème de la parentalité, qui a toujours été une étape cruciale dans la vie de l’être humain, revient régulièrement et est abordé avec une grande sincérité. Ces récits montrent non seulement les aspects idéalisés et positifs de la maternité et de la paternité, mais aussi toutes les difficultés, les ambiguïtés et les enjeux que cette expérience comporte.