Course extrême : l’ultra-marathon peut-il accélérer le vieillissement du sang ?

Le ultra-endurance ne met pas seulement les muscles à rude épreuve: l’effort prolongé peut endommager les globules rouges du sang. Voici les risques pour ceux qui poussent le cœur au-delà de ses limites.

L’air libre et l’activité physique figurent parmi les premières conditions que l’on associe habituellement à une bonne santé du sang. Il peut donc surprendre le résultat d’une étude qui a analysé le sang des athlètes d’ultra-trail, forme la plus extrême de course sur sentier, parcourant des distances importantes avec des dénivelés variés: chez les ultramarathoniens, les globules rouges, les cellules sanguines chargées du transport de l’oxygène, apparaissent au moins momentanément endommagés et vieillissants. L’étude a été publiée dans la revue scientifique Blood Red Cells & Iron.

Dommages liés à l’effort

Par le passé, courir sur de longues distances a déjà été associé à des conditions défavorables pour la santé des athlètes, comme un fonctionnement affaibli du système immunitaire (même si le consensus n’est pas unanime) ou l’anémie, c’est‑à‑dire une diminution pathologique de l’hémoglobine, la protéine contenue dans les globules rouges qui permet le transport de l’oxygène. La nouvelle étude s’est attelée à examiner de près l’effet des formes les plus éprouvantes de course sur ces cellules sanguines.

Les chercheurs de l’Université du Colorado Anschutz ont analysé le sang de deux groupes d’adultes d’âge moyen de 36 ans. Le premier comprenait 11 coureurs prélevés quelques heures avant et quelques heures après un trail de 40 km. Le second, un groupe de 12 personnes qui avaient quant à elles terminé une course d’ultra-trail, longue de 170 km.

Poussés à la limite

Dans les deux cas, le sang des athlètes présentait un accumul d’espèces réactives de l’oxygène, des composés oxygénés à forte activité oxydante (comme les radicaux libres) générés en quantités supérieures en raison de la nécessité d’apporter davantage d’oxygène à l’organisme soumis à un effort extrême. Mais ce dommage, identique à celui que subissent les globules rouges avec l’âge, apparaissait de manière plus marquée chez ceux qui avaient couru l’ultra-trail, la course la plus longue des deux.

Non seulement le sang des ultra-trailleurs avait accumulé plus de dommages et « vieillissait » plus vite; l’inflammation et la nécessité de « pousser à fond » les globules rouges dans les vaisseaux pendant l’effort semblaient aussi avoir modifié plus rapidement la morphologie des globules rouges, qui passaient d’une forme discoïde à une forme sphérique, un autre signe typique du sang plus âgé.

la forme discoïde permet aux cellules de transiter à travers les capillaires les plus fins de la rate, l’organe où les globules rouges âgés sont recyclés. Des cellules de forme sphérique restent en revanche plus susceptibles d’être bloquées dans la rate, où elles sont détruites par le système immunitaire. Ainsi, le renouvellement entre le sang vieux et le sang jeune est en partie entravé.

Moins de globules rouges

Enfin, les ultramarathoniens ont montré une réduction de 10 % des globules rouges après la course — une diminution trop faible pour être la cause d’une anémie et probablement transitoire étant donné la capacité des cellules sanguines à se régénérer rapidement.

Le groupe de recherche va désormais analyser les effets sur le sang des athlètes d’ultra-trail dans les jours qui suivent les courses, afin de répondre aux questions encore ouvertes : combien de temps durent ces changements ? Ont-ils un impact sur les performances des athlètes ? Est-ce que ce dommage observé est « nécessaire » pour rendre le corps plus résilient face à la fatigue ? Peut-il aussi avoir des répercussions négatives pour la santé ?

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