Dessins animés : risques et opportunités éducatives

Les dessins animés destinés à la petite enfance peuvent devenir un outil d’enrichissement et de croissance pour les enfants, à condition de ne pas les laisser seuls devant un écran et de les accompagner lors du visionnage.

La diffusion de chaînes de télévision dédiées aux jeunes enfants et l’essor général des contenus multimédias destinés à l’enfance risquent de créer un malentendu: on partage de plus en plus couramment l’idée selon laquelle il serait possible de laisser l’enfant seul devant l’écran de la télévision, de l’ordinateur ou de la tablette. Certes, il est naturel que chacun cherche à trouver des moments pour soi, mais il est important de souligner que l’usage des dessins animés (et plus largement des écrans) ne devrait jamais se faire “en isolation”, et que les fonctions qui incombent à l’adulte ne doivent pas être déléguées aux dispositifs technologiques.

Les risques à évaluer

Il convient en effet d’examiner une série de risques qui n’émanent pas du dessin animé en particulier ni de sa qualité, mais qui touchent à la manière dont l’enfant comprend seul le contenu, à l’exposition sans filtre à une longue séquence de réclames, à une perception altérée du temps et de l’espace, et à la difficulté de gérer les états émotionnels.

Il s’agit de risques qui concernent la “forme” du dessin animé, auxquels s’ajoutent les analyses du contenu des textes pour la petite enfance, afin de faire émerger les critiques et les potentialités. Parmi les aspects problématiques figure notamment le lien étroit entre les dessins animés et le “marché”: de nombreux personnages sont aujourd’hui sortis du cadre de l’écran pour entrer dans le quotidien des enfants sous forme de gadgets variés, allant des jouets aux vêtements en passant par l’alimentation. En outre, dans les dessins animés on présente souvent des modèles d’enfance et de parentalité qui, au-delà de refléter la réalité existante, ont aussi tendance à la conforter et à la renforcer. Pensons à Peppa Pig, si proche d’une « petite fille tyrannique », à Masha (la vivace protagoniste de Masha et Michka), aussi dynamique qu’égocentrique et peu encline à évaluer les conséquences de ses actes, ou encore aux PJ Masks, qui avant l’âge de 3 ans « combattent le mal » incarné par trois ennemis perfides.

Du côté des dessins animés

Cependant, chaque texte présente aussi des opportunités significatives: considérons la simplicité du langage dans Peppa Pig, la dimension réciproque de soin entre l’enfant et son ami ours, et l’importance de la collaboration pour résoudre les problèmes. Il n’est pas nécessaire de chercher à distinguer les dessins animés “bons” et “méchants”; il est utile plutôt d’effectuer une analyse critique de l’ensemble des contenus, en identifiant les aspects sur lesquels il est possible de discuter avec ses enfants après le visionnage.

Gianni Rodari, dans un article de 1980, déclara être “du côté de Goldrake”: une invitation à ne pas focaliser l’attention sur les aspects négatifs des médias, et particulièrement des dessins animés, mais à reconnaître que ces textes faisaient désormais partie de la vie des jeunes et constituaient un matériel avec lequel l’école et les adultes devaient entrer en contact, afin de mieux le comprendre et de faire en sorte que cela élargisse, plutôt que de limiter, l’expérience des enfants.

Les aspects éducatifs

Le potentiel éducatif des dessins animés est lié à quatre caractéristiques, chacune prenant une signification renforcée lorsqu’un adulte accompagne et explique :

  • l’usage des images, qui peut rendre simples des histoires qui seraient autrement complexes pour un jeune enfant;
  • la capacité à représenter les émotions et à les faire réfléchir, offrant ainsi un espace de travail émotionnel;
  • la force identitaire et de miroir chez les personnages, avec la possibilité d’expérimenter des situations nouvelles;
  • l’enrichissement linguistique, qui concerne aussi bien la langue maternelle que l’apprentissage d’une seconde langue, à condition que l’expérience des écrans ne remplace pas des pratiques plus traditionnelles telles que la lecture de livres ou l’écoute de récits.

Pour aborder correctement les risques tout en exploitant les potentialités des dessins animés, les parents peuvent agir sur trois dimensions: le choix, la problématisation et le jeu.

Choisir et problématiser

Tout d’abord, il faut déterminer quels dessins animés montrer à l’enfant: il peut être utile de s’informer et de chercher aussi en dehors du « flux télévisuel », en sélectionnant par exemple des courts métrages d’animation d’une grande valeur esthétique, ou en recherchant une production particulièrement sensible à des thèmes éducatifs (comme certaines productions françaises destinées à la petite enfance). En général, parmi les critères qui peuvent guider le choix, il faut prendre en compte la correspondance entre l’âge des personnages et celui des enfants, la clarté et la compréhension des récits, la manière dont les émotions sont abordées, le lien avec les expériences concrètes, la capacité à divertir, la représentation de valeurs positives telles que l’amitié, la solidarité, la valorisation des différences, l’autonomie, etc.

Le deuxième devoir des parents est de problématiser: regarder les dessins animés avec les enfants ne doit pas signifier laisser défiler les épisodes les uns après les autres, mais consacrer un peu de temps à verbaliser après chaque épisode. Ainsi, les enfants s’habitueront dès le plus jeune âge à parler de ce qu’ils ont vu, à le relier à leurs expériences quotidiennes, à décrire le personnage qu’ils ont préféré, à réfléchir sur les lieux et les situations représentés, développant ainsi progressivement leur capacité critique.

Enrichir l’expérience

Enfin, il existe une dimension ludique et créative: pour qu’un dessin animé soit réellement éducatif, il ne faut pas considérer la vision comme une fin en soi, mais plutôt comme un stimulant initial, un “pré-texte” à partir duquel lancer de nouvelles activités. À l’issue du visionnage, on peut proposer à l’enfant de dessiner un détail qui l’a frappé, d’imaginer une fin alternative, ou de réaliser une activité manuelle liée à l’épisode (qui sollicite peut-être l’usage des dix doigts et implique les cinq sens).

Les dessins animés ne sont pas des ennemis, mais des éléments désormais ancrés dans notre culture qu’il convient de « lire » et de maîtriser de manière consciente, même pour les enfants d’âge préscolaire. Ce sont donc des expériences pratiques organisées par les crèches et les écoles maternelles qui doivent être encouragées, afin de favoriser la collaboration entre les professionnelles de l’éducation et les parents pour que l’adulte apprenne à accompagner le visionnage des dessins animés. L’objectif est de les transformer en productions qui enrichissent l’expérience des enfants, tout en favorisant le dialogue familial et en promouvant une approche critique et créative de la réalité.

Article pensé et écrit par :
Avatar de Julie Ménard
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