Détroit de Malacca
Une route commerciale traversant le sud de la Thaïlande comme alternative ?
Le détroit de Malacca, dans le Sud-Est asiatique, occupe une place majeure dans l’économie mondiale. La Thaïlande poursuit depuis longtemps un vaste projet visant à contourner ce détroit par une liaison terrestre. Mais le plan rencontre une résistance.
Chaiyaporn Arunrasamee est pêcheur; il vit dans un petit village sur une île du sud de la Thaïlande, entouré de mangroves. Si le gouvernement devait construire une liaison terrestre — c’est-à-dire une autoroute, des rails et deux nouveaux ports —, lui et sa famille seraient directement touchés. « Je ne veux absolument pas que cela arrive », déclare-t-il à l’agence Reuters. « Car c’est dans cette zone que nous gagnons tous notre moyen de subsistance. Comment allons-nous alors nourrir nos familles ? »
La liaison terrestre envisagée mesurerait 90 kilomètres de long. Et c’est ici, dans le sud de la Thaïlande, que le trajet par voie terrestre chercherait à relier l’océan Pacifique et l’océan Indien. Quinze kilomètres de longueur supplémentaire seraient nécessaires pour relier les deux côtes par une infrastructure combinant autoroutes et ferroutage.
A travers le pays
La vision du gouvernement thaïlandais: des marchandises circulant par camion ou par train, à travers le pays, d’un océan à l’autre. D’un port en eau profonde sur la côte est à un autre, sur la côte ouest, ou inversement — deux ports restants à construire.
La route du détroit de Malacca, cette étroite et importante voie maritime plus au sud, est aujourd’hui le passage de près d’un cinquième du commerce maritime mondial. Si la liaison terrestre venait à exister, de nombreux navires n’auraient plus besoin d’emprunter ce détroit: ils pourraient acheminer leurs marchandises plus au nord, à travers la Thaïlande, et gagner environ quatre jours et 15 % sur les coûts — c’est du moins l’argument avancé par le gouvernement.
Aux côtés du détroit d’Hormuz, le détroit de Malacca est également d’une importance majeure pour l’économie mondiale.
200.000 nouveaux emplois attendus
Manus Sukvanitvichai est conseiller à la Chambre de commerce de Ranong, province située à l’ouest du pays, où l’un des ports est prévu d’être construit. Non seulement ce serait bénéfique pour le commerce mondial, mais aussi pour la Thaïlande, affirme-t-il à Reuters : « Si la liaison terrestre voit le jour, elle créera des emplois », pense-t-il. « Certains disent qu’elle pourrait générer environ 200 000 nouveaux postes. »
Les entreprises locales en bénéficieraient, les hôtels accueilleraient davantage de voyageurs, prévoit Sukvanitvichai. « Les restaurants, les commerces et les prestataires de services se développeront aussi, car davantage de personnes et d’investisseurs viendront dans la province de Ranong. »
Jusqu’à 20 millions d’EVU — soit des conteneurs standard — pourraient être expédiés chaque année via cette liaison terrestre. À titre de comparaison: le port de Hambourg a traité huit millions de TEU l’an dernier, soit bien moins que la moitié.
Landbrücken-Idee gibt es schön länger
L’idée de la liaison terrestre est discutée depuis des années par différentes administrations thaïlandaises — et, après le blocage du détroit d’Hormuz, le dossier a repris de la vitesse. Des consultants rédigent des expertises, des commissions se concertent, des délégations partent en mission dans les régions concernées. Le projet est estimé à environ 26 milliards d’euros.
Par exemple dans le district de Phato. La plupart des habitants craignent la destruction de forêts et de terres agricoles si la liaison terrestre venait à être construite.
Du point de vue de Chalermchart Seekhiao, qui vit dans ce district et tire ses revenus de la vente de café, le plan est une folie économique: « J’ai examiné ce projet — il coûte des milliards et prendrait environ 25 ans pour que les coûts soient remboursés grâce aux bénéfices prévus. Et pendant ce temps, la simple production de fruit Durian dans mon village rapporte déjà environ 260 millions d’euros par an — sans qu’il soit nécessaire de construire quoi que ce soit. »
La Chine pourrait profiter — des doutes sur l’utilité persistent
Pour la Chine, ce projet aurait une signification stratégique: actuellement 80 % de ses importations de pétrole brut passent par le détroit de Malacca. Depuis des décennies, les responsables chinois évoquent le « dilemme de Malacca »: en cas de blocus, par exemple par les États‑Unis, Pékin serait rapidement mis sous pression. Des rencontres de haut niveau entre Chinois et Thaïlandais ont déjà eu lieu, mais aucune promesse d’investissement n’a encore été formulée pour la liaison terrestre.
Et il y a probablement de bonnes raisons à cela: des expertes telles que Darshana Baruah, du International Institute for Strategic Studies à Singapour, doutent que la liaison terrestre soit économiquement rentable pour les compagnies maritimes.
D’une part, Singapour voit émerger un nouveau grand port entièrement automatisé et axé sur l’intelligence artificielle.
D’autre part, le fret pour la liaison terrestre devrait être transféré deux fois en Thaïlande. « Je pense que les alternatives terrestres peuvent être utiles dans certaines situations et en période de crise. Mais, en temps de paix et dans des conditions normales, on privilégiera toujours le transport maritime », déclare Baruah.
In etwa einem Monat …
Dans environ un mois, une commission spéciale du gouvernement thaïlandais doit présenter son étude complète. C’est surtout l’analyse économique qui devrait agir comme déterminant décisif pour la suite du dossier.