Douleur physique dans le monde : qui souffre le plus, les hommes ou les femmes ?

À en juger par le cliché de l’homme presque au bord de la vie avec 37 °C de fièvre et de la femme qui s’occupe de la maison, de la famille et du travail même avec 39 °C, on pourrait penser que le sexe féminin souffre généralement moins que le sexe masculin. Selon une étude publiée dans Nature Medicine, c’est en réalité l’inverse: les femmes ressentent la douleur plus fortement que les hommes, notamment des céphalées, des douleurs à l’estomac et des douleurs au visage.

Cette découverte est le résultat d’une analyse de données collectées entre 1990 et 2025, portant sur plus de six millions de personnes provenant de 118 pays différents et d’âge allant de 5 ans à plus de 100 ans. Les données sont auto-déclarées, c’est‑à‑dire basées sur la douleur perçue et subjective, et non mesurées objectivement. Ont été analysées en particulier onze zones du corps : la tête, le visage, le cou ou les épaules, les pieds ou les chevilles, les mains ou les poignets, le coude, la poitrine, le dos, l’estomac ou ventre, les genoux et les hanches.

Écart de douleur entre les genres

Les résultats montrent une nette augmentation de la douleur chez les femmes avant l’âge de 55 ans, durant la période de la vie où elles consacrent le plus de temps au travail, à la famille et aux enfants. « La douleur des femmes est pourtant trop souvent sous-estimée, peu étudiée et peu prise en charge », affirme Andrew Horne, expert qui n’a pas participé à l’étude mais l’a qualifiée de « sans précédent ». Selon Horne, les résultats constituent une preuve que ce qu’on appelle l’écart de douleur entre les genres, un terme utilisé pour décrire la tendance à sous-estimer (et donc à traiter moins) la douleur des femmes, est un problème réel et mondial.

En général, les femmes ont rapporté des douleurs plus intenses dans toutes les onze zones examinées par l’étude, en particulier au visage (+83% par rapport aux hommes), à la tête (+74%) et à l’abdomen (+60%).

Douleur et âge

Avoir mal quelque part, cela va sans dire (même sans études scientifiques), devient plus probable au fur et à mesure que l’âge avance : à cinq ans, seulement trois enfants sur dix déclarent avoir mal quelque part, tandis qu’à 70 ans, la proportion des participants monte à 70 %.

Certains douleurs, toutefois, atteignent un pic dans la jeunesse et diminuent en vieillissant : c’est le cas des maux de tête, qui atteignent leur maximum à 34 ans, et des douleurs abdominales, plus intenses à 23 ans. Le dos, les hanches et les genoux, en revanche, s’aggravent avec l’âge (et le mal de dos est la douleur la plus répandue : 4 participants sur 10 ont déclaré en avoir souffert au cours du mois écoulé).

Les riches et les pauvres (et souffrants)

Le lieu de résidence et les services à disposition comptent également : les habitants des pays ayant le plus bas Indice de développement humain — c’est‑à‑dire les plus pauvres et les moins développés — souffrent davantage de douleurs au dos et, plus largement, dans le corps après 65 ans. Pour ce qui est de l’Europe, l’Europe de l’Est souffre plus que l’Europe de l’Ouest.

La dernière dimension qui émerge de la recherche est que le tabac, l’obésité et des revenus modestes expliquent ensemble, à l’échelle mondiale, environ 18 % de la douleur. En d’autres termes, fumer, être obèse et gagner peu nuit à la santé (rien de nouveau sous le soleil, en somme).

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