« L’invasion des dragons bleus »
« Les dragons bleus font peur à l’Espagne »
« Les dragons bleus mortels obligent la fermeture des plages à Alicante »
Ce ne sont là que quelques-uns des titres sensationnels qui ont déferlé ces derniers jours à propos de certains spécimens échoués sur nos côtes de Glaucus atlanticus. Un mollusque nudibranche rarement observé dans la Méditerranée, mais qui, au cours des dernières décennies, commence à apparaître de plus en plus fréquemment, pour des raisons que nous allons vous expliquer ci-dessous.
Les premières alertes officielles sont parvenues via les réseaux sociaux, relayées par la police locale de Guardamar del Segura ainsi que par le maire de cette ville de la région d’Alicante. Peu après, d’autres signalements ont été rapportés depuis l’île de Majorque, où l’on n’avait pas vu de dragons bleus depuis 300 ans. Mais qu’est-ce donc, et surtout pourquoi certains les qualifient même de « mortels » ?
Que sont ces dragons bleus ?
Glaucus atlanticus est un nudibranche, un mollusque dépourvu de coquille, comme le suggère son nom, abandonnée après son stade larvaire. Réputés pour leurs couleurs vives et leurs formes de conte de fées, ils sont généralement de petite taille (bien que certaines espèces, comme Hexabranchus sanguineus, puissent atteindre 60 cm) et présents dans les mers du monde entier. On les retrouve notamment dans la région du Sud-Est asiatique, à des profondeurs pouvant atteindre 700 mètres.
Où vit cette espèce ?
Ce dragon bleu est l’une des espèces les plus connues en raison de son apparence sortant tout droit d’un dessin animé japonais : désormais présent dans tous les océans du globe, il évolue principalement en haute mer. Il se laisse porter par les courants, flottant à la surface grâce à une bulle de gaz qui remplit son estomac. La particularité la plus remarquable de cet animal ? Il possède trois paires d’appendices, appelés cerata, ornés de structures fines. C’est ici que le dragon bleu dissimule son venin.
Mais est-il réellement venimeux ?
Oui, mais cela ne veut pas dire qu’il soit mortel. La raison pour laquelle cette question suscite de l’intérêt réside dans le fait que le venin du dragon bleu n’est pas produit en interne. En fait, il se nourrit d’autres espèces venimeuses, comme la caravelle portugaise ou Velella velella. Il ingère leurs cellules vénéneuses, qu’il stocke en grande concentration dans ses cerata. En contact avec ces appendices, il peut provoquer une attaque similaire à celle du mode de défense des espèces qu’il dévore : il s’agit généralement d’une piqûre douloureuse, qui peut toutefois représenter un danger pour les personnes allergiques, mais elle n’est pas mortelle. Aucun cas enregistré de décès causé par Glaucus atlanticus n’a été rapporté à ce jour.
Comment réagir en cas de rencontre ?
Cela ne signifie pas qu’il faille manipuler ces créatures sans précaution si vous en trouvez sur la plage, en pensant à faire une photo pour le souvenir. Même si leur venin n’est pas létal, la piqûre peut être très douloureuse. En cas de contact, il convient avant tout de consulter rapidement un médecin. Il est également conseillé de ne pas frotter la zone piquée ni de la laver avec de l’eau douce, de l’alcool ou du vinaigre : il est préférable d’utiliser de l’eau salée de mer.
Pourquoi voit-on apparaître ces dragons bleus en Espagne ?
Comme mentionné, on n’observait plus de dragons bleus dans la région des Baléares depuis le XVIIe siècle, et la zone d’Alicante a déjà connu l’apparition de spécimens il y a quelques années, il y a un ou deux ans. À ce stade, aucune étude officielle ne permet encore d’expliquer pourquoi leur présence devient de plus en plus fréquente en Méditerranée, mais compte tenu du fait qu’il s’agit d’animaux ayant des exigences très précises en termes de température de l’eau, il n’est pas difficile d’imaginer que le réchauffement climatique des océans en soit la cause principale.
Pour l’instant, l’alarme en Espagne semble s’être calmée : après quelques jours de fermeture, les plages d’Alicante ont été rouverte au public. Toutefois, la perspective que la situation se reproduise dans les années à venir devient de plus en plus probable à chaque hausse d’un dixième de degré de la température de l’eau.