Perché alcuni bambini ripetono a pappagallo tutto quello che dicono gli altri? A volte per imparare, a volte per tranquillizzarsi, a volte per nutrire la relazione. Scopriamo cos’è l’ecolalia e perché si manifesta
Les mythes et les légendes anciennes naissent souvent pour expliquer des phénomènes naturels surprenants. C’est ce qui se passe aussi avec l’histoire d’Echo, une nymphe amatrice de commérages et donc condamnée par Zeus, le roi des dieux, à ne parler qu’en répétant les derniers mots dits par d’autres. Cette histoire est racontée par plusieurs auteurs (le plus célèbre étant Ovide) pour donner un sens au phénomène de l’écho que l’on peut entendre dans les grottes et les vallées étroites.
L’union de deux mots grecs, eco (je répète) et lalia (parlée, discours), donne naissance au terme “écolalie”, littéralement un “discours répété” ou “parler en répétant”. L’écholalie est en effet une répétition automatique de mots ou de phrases d’autrui, un peu comme le fait un perroquet. Lorsque la répétition concerne des mots ou des phrases du locuteur lui-même, on parle techniquement d’”autoécolalie” ou de “palilalie” (du grec palin, soit “à nouveau”).
Le langage écholalique peut parfois être confondu avec des difficultés du langage, comme par exemple le bégaiement. En effet, dans le bégaiement, on observe des répétitions, mais elles concernent généralement seulement des parties de mot ou des sons individuels pendant leur articulation. Le bégaiement est un trouble de la fluidité du langage avec des caractéristiques particulières qui ne se retrouvent pas dans l’écholalie, comme des blocages, des pauses tendues, des allongements de sons, et la présence de tics et de tensions musculaires.
Typologies de l’écholalie
La principale distinction entre les types d’écholalie se fait entre immédiate et différée.
Voici un exemple d’écholalie immédiate: papa et maman parlent entre eux alors que l’enfant joue tout près et que le père dit «Demain, il faut se rappeler d’envoyer le colis pour Julia» ; le petit répète peu après: «Colis pour Julia». Si, le lendemain à l’école, le même enfant s’exclame sans raison: «Colis pour Julia !», nous enregistrons plutôt un épisode d’écholalie différée.
Comme on peut s’en douter, la différence réside dans le laps de temps entre le stimulus et la répétition, mais pas seulement. Les experts savent aussi que la distinction entre les deux types réside dans les motivations de la répétition, importantes car elles guident différemment le traitement.
Il existe ensuite une écolalie atténuée, lorsque la répétition n’est pas exactement identique au stimulus mais subit de petites modifications, souvent pour assurer une utilisation correcte des pronoms personnels: je dis à mon enfant « Mets les chaussures » et il répète « Mets les chaussures ».
Peut-être la distinction la plus importante est celle entre l’écholalie que nous pouvons considérer comme « normale » (physiologique dans le développement de l’enfant) et celle qui est pathologique, qui peut constituer un signal d’alarme pour un parent. Essayons de clarifier la différence dans les paragraphes qui suivent, car l’écholalie ne signifie pas nécessairement l’autisme.
Écholalie dans le développement du langage de l’enfant
L’écholalie chez les enfants représente une stratégie normale d’acquisition linguistique à certains stades de la croissance, surtout au cours des trois premières années. Répéter les mots entendus peut en effet être utile pour élargir le vocabulaire, accroître la variété des sons et affiner les capacités de communication en général. Pensons par exemple à lorsque nous apprenons une nouvelle langue et que nous rencontrons un nouveau mot: nous le répétons à voix haute pour le fixer dans la mémoire, pour entendre comment il sonne et comprendre si nous le prononçons correctement. Mais ce n’est pas la seule fonction !
En 1946, le psychiatre austro-américain Leo Kanner commença à observer que les enfants utilisaient la réponse écholalique à une question comme réponse affirmative: le petit enfant dispose dans sa «boîte à outils» linguistique de peu d’outils pour communiquer et exprimer ses besoins, et il peut donc avoir recours à la répétition pour confirmer un choix. Par exemple, la mère demande « Tu veux le yaourt à la fraise ou à la banane ? » et l’enfant répond « Banane ».
Chez les enfants de 4 ou 5 ans, l’écholalie devrait se présenter en pourcentages très réduits, car à cet âge ils ont généralement déjà atteint un développement du langage qui leur permet de véhiculer des messages de plusieurs façons, au-delà de la simple répétition.
Une autre fonction intéressante que semble avoir l’écholalie est celle qui prolonge l’échange communicatif. William H. Fay, en 1973, observa que l’écholalie servait à l’enfant pour allonger les moments d’interaction avec l’adulte de référence, source précieuse pour l’apprentissage et l’attachement.
Parfois, toutefois, l’écholalie pourrait rester la seule modalité de communication de l’enfant: dans ce cas, il faut approfondir, avec l’aide du pédiatre et des spécialistes, afin d’éviter la frustration chez l’enfant et des répercussions sur son développement en général.
Fonctions communicatives de l’écholalie
Déjà dans les années 80, Barry M. Prizant et Judith F. Duchan eurent une intuition: si l’écholalie chez les enfants atteints d’autisme, jusque-là considérée comme un simple comportement problématique à éliminer, avait en réalité une fonction ? Ils analysèrent le langage d’un groupe d’enfants sur le spectre et identifièrent sept fonctions différentes de l’écholalie :
- dialogique: l’enfant répète les mots de l’interlocuteur pour maintenir son tour de parole (l’adulte dit: « Maintenant, allons à l’école »; l’enfant répète: « Maintenant, allons à l’école »; l’adulte poursuit: « Oui, à l’école avec tes amis »).
- dichotomique (ou déclarative): sert à l’enfant pour dénommer à sa façon un objet ou une action et est souvent accompagné de gestes d’indication (l’enfant dit « J’arrive Bing ! », premiers mots du générique du dessin animé Bing, pour nommer sa peluche de Bing).
- affirmative: l’enfant répète ce que dit l’interlocuteur pour répondre par l’affirmative (l’adulte demande: « Tu veux le jus ? »; l’enfant répond: « le jus »).
- sollicitante: il y a l’intention de demander un objet ou de réaliser une action (l’enfant répète « Tu veux un biscuit ? » pour qu’on lui donne le biscuit).
- réitérative: l’enfant répète afin de pouvoir retraiter l’information et mieux la comprendre (l’adulte dit: « D’abord on met les chaussures puis on sort »; l’enfant répète: « Chaussures… puis on sort »).
- auto-régulation: elle n’est pas dirigée vers l’interlocuteur mais sert à l’enfant pour réguler sa perception et accompagner une action (l’enfant répète « Doucement » en construisant une tour).
- non finalisée: elle ne sert pas à l’interaction avec l’autre et survient souvent lors d’une activation émotionnelle élevée (pendant un moment d’agitation ou d’excitation, l’enfant répète plusieurs fois une phrase entendue dans un dessin animé, sans s’adresser à personne).
Il n’est pas toujours simple de déterminer la fonction d’une répétition donnée, car la distinction repose sur une analyse minutieuse des comportements qui accompagnent le langage, comme le ton de voix, les expressions faciales, les gestes, l’intention, et même ces comportements paralinguistiques peuvent parfois être altérés.
Le constat révolutionnaire qui émerge des études est que seulement 4% des répétitions écholalistiques sont dépourvues de fonction. Au fil des années, il est donc de plus en plus admis par les spécialistes que l’écholalie représente une stratégie de compensation pour favoriser l’interaction sociale.
Écholalie et trouble du spectre autistique (TSA)
L’écholalie est très courante dans les troubles du spectre autistique; elle est présente dans environ 75% des cas et représente souvent la première forme de langage verbal qui émerge chez les enfants autistes. Cependant, elle n’est pas considérée pathognomonique, c’est-à-dire signe de maladie en soi.
Donc, observer la présence d’un langage écholalique chez un enfant ne signifie pas automatiquement que nous sommes en présence d’une forme d’autisme. Un diagnostic médical est toujours nécessaire, afin de vérifier la présence des critères prévus par le DSM-5, le manuel diagnostique de référence.
En particulier, il faut que soient présents:
- des troubles de la communication et des interactions sociales;
- des patrons de comportements, d’intérêts ou d’activités limités et répétitifs.
Les symptômes doivent également être présents dès la petite enfance (bien qu’ils puissent se manifester pleinement plus tard) et persistants, c’est-à-dire entraînant une atteinte dans les différents contextes de la vie de la personne.
Traditionnellement l’écholalie était classée parmi ces comportements répétitifs et stéréotypés qui caractérisent l’enfant autiste et donc considérés comme « problématiques » et avec des effets négatifs sur l’apprentissage. Comme nous l’avons vu dans le paragraphe précédent, le langage écholalique assume en réalité différentes fonctions: par exemple il peut être une stratégie d’auto-apaisement ou d’auto-stimulation, et peut représenter un canal pour traiter le langage et apprendre de nouveaux mots et de nouvelles phrases (en somme, un véritable tremplin vers un langage plus structuré).
Certaines études ont tenté d’établir un lien entre le niveau de développement du langage et les caractéristiques de l’écholalie; on supposait en effet qu’avec l’avancement du développement du langage l’écholalie diminuerait. Ce n’est pas exactement le cas. En effet, avec le développement du langage fonctionnel, la proportion de mots répétés diminue progressivement. Cependant, la fréquence de l’écholalie et la variété de ses fonctions ne suivent pas une courbe linéaire: elles augmentent dans les phases intermédiaires du développement linguistique et diminuent à nouveau à des niveaux plus avancés. En d’autres termes, les enfants ayant des compétences linguistiques très faibles ou très élevées montrent moins d’écholalie et avec une moindre variété fonctionnelle, tandis que ceux ayant un développement linguistique intermédiaire l’utilisent plus fréquemment et pour des fonctions différentes.
Petit fait: des études anglaises menées sur des enfants sourds avec autisme ont trouvé qu’ils manifestaient aussi une forme d’écholalie, répétant les gestes de la langue des signes (dans ce cas la « British Sign Language » – BSL).
Écholalie et TDAH
Parfois l’écholalie est présente aussi dans le Trouble Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH), avec une grande variabilité d’une personne à l’autre dans la fréquence et le type de répétitions. Généralement, l’écholalie dans le TDAH peut avoir une fonction:
- à des fins communicatives, pour véhiculer des messages et exprimer des pensées ou des émotions;
- d’auto-régulation, comme stratégie d’adaptation pour faire face à des situations de stress ou d’anxiété;
- de stimming, pour réguler les émotions et les ressources attentionnelles, de la même manière que l’usage d’objets tactiles anti-stress.
Comme évoqué précédemment concernant le développement physiologique et le trouble du spectre autistique, l’écholalie peut avoir des retombées positives. En effet, elle peut influencer positivement le développement du langage et des capacités de mémoire et favoriser l’acquisition de nouvelles stratégies pour exprimer des émotions et des sentiments. Cependant, sa présence peut entraîner des difficultés relationnelles et une faible estime de soi.
Écholalie dans d’autres conditions et chez l’adulte
L’écholalie peut aussi se manifester chez l’adulte, notamment dans certaines conditions pathologiques. Elle est souvent présente dans le syndrome de Tourette, dans l’aphasie (en particulier dans la forme sensorielle transcorticale), dans les troubles neurocognitifs majeurs (anciennement appelés « démences »), dans la schizophrénie et dans certaines formes d’épilepsie.
Les études sur ces populations de patients, en particulier ceux qui présentent l’écholalie après un dommage neurologique, sont particulièrement importantes car elles cherchent à trouver une corrélation anatomique entre le « symptôme » et le siège de la lésion au niveau du cerveau, même si, à ce jour, il n’existe pas de certitudes scientifiques sur la question.
Diagnostic
Si l’écholalie reste la seule modalité de communication de l’enfant, elle peut représenter une barrière au développement linguistique et communicatif. Dans ce cas, l’aide des professionnels est fondamentale.
Le premier spécialiste à consulter est le pédiatre, qui fera appel au neuropsychiatre infantile, au logopède et au thérapeute de la neuropsychomotricité de l’âge évolutif. Selon les cas, une ou plusieurs de ces figures seront consultées afin de garantir une vision pluridisciplinaire, sans oublier, bien sûr, l’engagement actif des éducateurs et des enseignants.
L’évaluation des spécialistes réunira des informations sur l’histoire de vie de l’enfant, complétées ensuite par des observations structurées et des tests (lorsque jugé nécessaire et possible). Le but n’est pas seulement d’établir un diagnostic en définissant quelle est la cause derrière l’écholalie, mais de comprendre quelles sont ses caractéristiques, quelles fonctions elle assouplit et, si possible, de l’utiliser comme base pour concevoir une intervention personnalisée.
Traitement
Il n’existe pas de « recette » universelle expliquant “comment traiter l’écholalie”, car, comme mentionné, l’objectif n’est pas d’éliminer les répétitions du langage de l’enfant mais plutôt de déceler les fonctions cachées de ce phénomène et de les utiliser comme un « tremplin » vers un langage plus fonctionnel.
Comme pour le diagnostic, le traitement doit être géré de manière multidisciplinaire. L’écholalie est une manifestation communicativo-linguistique, c’est pourquoi il est essentiel de prévoir l’intervention d’un orthophoniste, en s’appuyant sur un spécialiste compétent et expérimenté. En effet, le traitement de l’écholalie peut comprendre différentes approches, souvent combinées, afin de personnaliser la prise en charge; il est indispensable que l’orthophoniste soit capable d’évaluer quels outils seront utiles à chaque étape.
La thérapie orthophonique aidera l’enfant à développer des modes de communication plus fonctionnels, en travaillant sur la compréhension du langage, sur l’usage spontané des mots et sur la capacité à donner du sens aux expressions répétées. Dans certains cas, une thérapie comportementale peut aussi être utile, afin d’aider l’enfant à apprendre des stratégies communicatives plus efficaces et à gérer d’éventuelles difficultés relationnelles ou comportementales associées.
Lorsque le langage verbal est davantage compromis, il peut être utile d’adopter la CAA (Communication Augmentative et Alternative), un ensemble d’outils qui aident l’enfant à comprendre et/ou à exprimer des messages par le biais d’images ou de supports visuels, comme par exemple le PECS (Systeme d’Echange d’Images). Ces dernières années, notamment après la pandémie de Covid-19, la téléréhabilitation s’est également largement répandue, permettant de réaliser des parcours thérapeutiques à distance, offrant une continuité d’intervention et une meilleure accessibilité pour de nombreuses familles.
Le traitement pharmacologique, quant à lui, n’agit pas directement sur l’écholalie, mais peut être envisagé par le médecin lorsque existent des conditions associées telles que l’anxiété, l’impulsivité ou des troubles du sommeil.
Le plan de traitement doit toutefois prendre en compte un élément central: la famille. C’est seulement grâce à l’implication active des parents et des figures de référence qu’il sera possible de mettre en place un soutien quotidien à la communication de l’enfant et de favoriser la généralisation des compétences communicatives en cours d’acquisition.
Stratégies pratiques pour les parents et les éducateurs
Jusqu’à récemment (et encore aujourd’hui), on recommandait aux familles d’ignorer, voire de bloquer, les répétitions écholalies, car on pensait qu’elles entravaient l’apprentissage et l’usage d’un langage fonctionnel. Comme nous l’avons vu, en réalité, presque toujours derrière l’écholalie se cache une tentative de communication qu’il faut accueillir, comprendre et modeler.
Il faut garder à l’esprit que lorsque l’écholalie immédiate est en jeu, souvent l’enfant s’accroche à ce que l’on dit sans un accès fonctionnel au langage; il est donc essentiel d’offrir un modèle correct. Voici ce que peut faire concrètement un parent face à une écholalie immédiate :
- Modifier son propre langage en décomposant les mots et en offrant un modèle du point de vue de l’enfant : au lieu de dire « Tu veux le jus ? », dire « Je veux / le / jus ».
- Proposer des activités de choix entre quelque chose qu’il aime beaucoup et quelque chose qu’il n’aime pas du tout : « Je veux / le / jus / ou / le / fenouil ? ». S’il répétera « Je veux le fenouil » et que nous le lui donnons, il éprouvera probablement les conséquences de la répétition « à la perroquet ».
En ce qui concerne l’écholalie différée, il faut prendre une autre démarche et consacrer quelques semaines à observer l’enfant et consigner dans un journal les écolalies : ce qu’il dit, le contexte, les émotions qu’il peut ressentir, si elles sont auto-stimulantes ou si elles se rapportent à quelque chose de précis. Mieux encore si cette analyse est partagée avec d’autres personnes, comme les enseignants et les éducateurs, pour une vision à 360°.
Ensuite, on peut s’atteler au modelage du langage : lorsque l’enfant utilise une écholalie, l’adulte la répète puis propose un modèle fonctionnel, toujours du point de vue de l’enfant et en se référant à lui-même à la troisième personne. Par exemple, l’enfant répète parfois « juste un petit morceau », et les parents ont acquis avec le temps que, lorsqu’il le fait, il associe la même sensation, la même peur, du jour du vaccin (lorsque le médecin disait « Tu sentiras juste une petite piqûre »). Un modelage correct dans ce cas pourrait être : « Juste une petite piqûre. J’ai peur. Maman est là. Maman a compris. »
Impact psychologique et sur la vie quotidienne
Nous avons ouvert cet article en évoquant le mythe de la nymphe Écho; pour elle, la condamnation de Zeus fut une tragédie, notamment parce qu’elle ne put jamais révéler son amour à Narcisse. Son histoire nous suggère la sensation de blocage et d’impuissance communicative qui peut survenir chez les enfants dont le langage est caractérisé par ces répétitions.
Très souvent, en effet, la présence d’écholalie peut générer malaise, frustration et sentiment d’inadéquation. L’enfant peut alors limiter sa participation en classe ou dans les groupes de jeux, parce qu’il se sent inadapté et incompris, réduire le nombre d’interactions sociales, éviter de cultiver des passions, des talents, des aptitudes.