Élections de mi-mandat
Comment le prix du carburant pourrait influencer l’élection américaine
Les prix du carburant aux États‑Unis ont fortement explosé. Trump doit-il résoudre ce problème pour donner une chance à son parti lors des prochaines élections ?
La vie est devenue plus chère pour les Américains. Cette hausse est particulièrement visible à un endroit: à la pompe. Depuis le début des hostilités, le prix du gallon d’essence (3,785 litres) a augmenté d’un peu plus d’un dollar.
Ceci touche un pays fortement dépendant de la voiture, rappelle Stormy-Annika Mildner, directrice de l’Institut Aspen pour l’économie, dans une interview accordée à la rédaction économique de l’ARD. Aux États‑Unis, on peut avoir des heures de route sans atteindre le prochain village ou croiser une autre voiture.
De plus, hors des grandes villes, il n’existe pas de réseau de transports publics à l’échelle du pays. « En clair, pour aller travailler, la plupart des gens ont besoin d’une voiture. C’est pourquoi la hausse des prix du carburant frappe directement les budgets des ménages et pèse sur les gens », affirme Mildner.
Prix à la consommation au plus haut sur trois ans
Cela représente en revanche un problème pour le président américain Donald Trump. Dans sa campagne, il a sans cesse fait de la vie chère une priorité et promettait de ramener les prix du carburant sous les deux dollars le gallon en douze mois.
Mais le contraire s’est produit. Le prix de l’essence est passé en mars au-delà de quatre dollars le gallon, et l’inflation américaine a atteint peu après son plus haut niveau en trois ans. Si la hausse des prix à la consommation a faibli en juin, cela s’explique aussi par l’espoir d’une fin de la guerre au Iran. Le conflit est désormais relancé.
De plus, il faut tenir compte du fait que le niveau des prix est déjà très élevé, rappelle Mildner. « On a vu une forte hausse des prix pendant la pandémie de Covid. Et depuis, les prix ne sont pas retombés. »
Une résolution des problèmes à la mode Trump
Début juillet, Trump fait campagne sur ses plates-formes en faveur d’une nouvelle chaîne de stations-service. « Un commerçant très malin » va faire baisser les prix, loue-t-il. Freedom Fuel Network s’appelle cette chaîne, qui comprend 25 stations dans les États de Pennsylvanie et du New Jersey, rapportent notamment CBS News et le New York Times.
En réalité, l’essence y coûte nettement moins cher, 3,47 dollars le gallon au démarrage. Bien en dessous du prix moyen en Pennsylvanie, qui, à la même époque, selon l’AAA, était de 4,96 dollars. Aujourd’hui, les prix chez les stations Freedom Fuel ont augmenté, indiquent les médias — pour la plupart seulement d’environ dix cents.
Ils restent toutefois largement inférieurs à ceux des concurrents. Les experts doutent toutefois de la viabilité à long terme de ce modèle de tarification. « On connaît ce genre de rabais autour des fêtes ou à certaines occasions », remarque Mildner. « Mais ce ne sont que quelques heures, voire un seul jour. »
Beaucoup de détails restent flous
Globalement, on sait peu de choses sur l’entreprise. L’inscription au registre du commerce a été déposée le 23 juin. Les stations-opéraient il y a quelques semaines encore sous la marque d’autres grands opérateurs.
S’explique-t-il y avoir un lien avec Trump? La question demeure ambiguë. D’un côté, un post de la Maison-Blanche sur X affirme que le prix de 3,47 dollars symbolise « notre 47e président ».
À CNN, un porte‑parole de la Maison-Blanche a toutefois souligné peu après le lancement du réseau que l’administration Trump n’a rien à voir avec Freedom Fuel. « Et personne ne subventionne les prix » auprès de cette chaîne, précise-t-il.
Pourtant, la connexion persiste dans les esprits
Pourtant, une vidéo de la Maison-Blanche montre des clients satisfaits qui remercient Donald Trump pour les prix bas. Des médias américains rapportent aussi ce type de propos venant d’entretiens qu’ils ont réalisés dans des stations Freedom Fuel.
« C’est une stratégie de communication particulièrement astucieuse et avantageuse pour Trump », affirme également Rachel Tausendfreund, experte des États‑Unis à la Deutsche Gesellschaft für Auswärtige Politik, à la rédaction financière de l’ARD. Pendant un temps, les gens parleront moins des prix élevés à la pompe et plus des stations qu’il a mises en jeu. Pour exercer une influence importante, toutefois, le nombre et la diffusion des stations restent limités, estime-t-elle.
Influence sur les élections d’automne
L’ambiance générale est cruciale — à l’automne se tiennent les élections dites de mi-mandat. Le Congrès et des parts du Sénat seront renouvelés. Traditionnellement, le parti du président en exercice rencontre des difficultés et l’opposition progresse davantage, rappelle Tausendfreund.
Et c’est encore le cas aujourd’hui: seulement 34 pour cent des Américains se disent satisfaits de la politique de Donald Trump, selon un sondage d’Ipsos commandé par Reuters. C’est un niveau historiquement bas.
Autrefois, des études ont établi un lien entre le prix du carburant et les résultats des sondages sur le président: une hausse de dix cents coûtait environ 0,6 point dans les intentions d’approbation, selon une équipe de chercheurs de l’Université de Stanford en 2016.
Pour Trump, cet effet serait toutefois moindre au cours de ses deux mandats — selon une analyse du journaliste de données G. Elliott Morris publiée en avril. Sous Obama et Biden, la corrélation aurait été plus forte.
Électeurs Trump souvent fidèles
La directrice de l’Institut Aspen, Mildner, propose une explication: même si les électeurs de Trump expriment leur mécontentement lors de conversations, leur confiance en Trump reste élevée. Ils disent parfois: « Même si la situation est temporairement difficile, il fait ce qu’il faut pour nous ».
Rachel Tausendfreund estime que les républicains perdront la majorité à la Chambre des représentants. Dans la course au Sénat, le parti de Donald Trump n’est toutefois pas encore hors jeu, selon Mildner. Pour l’instant, la loyauté des bases envers le président n’est pas rompue.