Fin des Mondiaux : ce que vivent les fans lorsque le football s’arrête

Après la Coupe du Monde, que se passe-t-il ? La réponse de la psychologie face à la « crise d’absence » du supporter.

L’écrivain britannique Nick Hornby l’évoquait déjà dans son Fever Pitch: pour les vrais fans de football, le temps ne se mesure pas de janvier à décembre, mais d’août à mai. Juin et juillet deviennent une sorte de temps suspendu, une longue parenthèse durant laquelle le football s’arrête et où l’on n’attend que le retour. Pour raccourcir quelque peu cette attente, certains étés voient s’organiser des tournois internationaux qui servent de pont entre une saison et l’autre. Mais quand ces tournois viennent à leur fin, que se passe-t-il dans l’esprit des supporters ?

Pour beaucoup, il s’agit d’une simple lassitude estivale, mais la psychologie du sport et la recherche sur le comportement des fans suggèrent que l’absence soudaine du football peut être perçue comme une source de stress psychologique, surtout chez ceux qui vivent le support comme une partie importante de leur quotidien et de leur identité sociale.

Une perception de stress et la rupture de la routine

Une étude menée par les chercheurs Youngbum Kwon et Dae Hee Kwak (publiée dans le International Journal of Sports Marketing and Sponsorship) a examiné comment l’absence et l’interruption brutale des sports en direct peuvent générer un stress perçu et activer diverses stratégies d’adaptation chez les passionnés.

L’analyse montre que la réaction émotionnelle varie fortement selon les traits de personnalité: les supporters présentant des niveaux plus élevés de colère ou de prédisposition à l’agressivité tendent à percevoir le « vide » des matchs comme plus stressant, en réagissant par une irritabilité accrue; ceux pour qui le football est surtout un moment d’agrégation (la bière entre amis, le groupe dans les tribunes) peuvent ressentir plus fortement le manque des occasions de socialisation liées aux rencontres. Selon plusieurs études, dont une récente menée par Stephen Warren, pour faire face à ce désagrément beaucoup adoptent des stratégies d’adaptation ( coping), centrées soit sur les émotions soit sur le détachement, en essayant de compenser l’absence d’événements sportifs en se consacrant à d’autres passe-temps ou en déplaçant la conversation sur les réseaux sociaux.

LIdentité sociale et le besoin de connexion

Le football n’est pas seulement un spectacle de quatre-vingt-dix minutes: pour de nombreux supporters, il représente aussi un élément important de leur identité sociale. Lorsque les compétitions s’arrêtent, le sentiment de déroutement peut provenir de l’interruption temporaire de rituels partagés et d’occasions de rencontre avec leur groupe de référence.

Diverses études sur la motivation des supporters (parmi lesquelles celle menée par un groupe de chercheurs de Temple University, à Philadelphie, États-Unis), alignées sur la Self-Determination Theory, suggèrent que la pause des compétitions peut réduire temporairement la satisfaction du besoin de connexion sociale (relatedness), poussant de nombreuses personnes à chercher des modalités alternatives pour maintenir vivant le sentiment d’appartenance à la communauté sportive.

Comment les supporters comblent le vide: mémoire, mercato et attente

Comment réagissent de nombreux passionnés en attendant le début du nouveau championnat? La recherche en psychologie du supporter met en évidence quelques comportements récurrents.

  • Le « refuge dans la mémoire » (ou Basking in Reflected Glory – BIRGing) : en l’absence d’événements en direct, de nombreux supporters revisitent d’anciens vidéos, des résumés de matchs historiques ou revivent de grandes victoires passées. Bien que ce ne soit pas exactement le BIRGing tel qu’il a été défini, ce comportement est cohérent avec ce phénomène qui consiste à renforcer son identité en s’appropriant les succès de l’équipe de cœur.
  • Le mercato comme… continuité narrative : suivre de près les négociations, les indiscrétions et les présentations des nouveaux joueurs permet à de nombreux supporters de maintenir l’engagement avec leur équipe même en l’absence des matchs. Bien qu’il n’y ait pas de preuves qu’un mercato constitue un véritable « régulateur émotionnel » — une sorte d’alternative au football joué — il peut toutefois aider à alimenter les attentes, les débats et le sentiment d’appartenance pendant la pause estivale.

La « crise d’absences » estivale du football n’est donc pas une exagération: pour de nombreux supporters, en particulier ceux qui considèrent le football comme un repère émotionnel et social important, la pause des compétitions peut réellement représenter l’interruption d’habitudes, de relations et d’occasions de participation collective, et non pas une simple absence temporaire d’un divertissement.

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