Avec la fin de la saison des pluies, l’Inde se prépare à la période des fêtes religieuses et des mariages, durant lesquelles on offre et consomme de nombreux desserts traditionnels. Cette année, toutefois, le pays doit faire face à une pénurie de sucre qui a comme conséquence non seulement l’augmentation des prix des matières premières et des gâteaux, mais aussi de sérieux problèmes avec le carburant. Essayons de comprendre pourquoi.
Plantations à sec
L’Inde est le premier pays au monde par consommation et le deuxième par production de sucre. Cette année, toutefois, en raison de la sécheresse provoquée par El Niño, de nombreuses plantations de canne à sucre ont été privées d’eau et n’ont pas donné le rendement attendu, obligeant le gouvernement à recourir aux importations.
Pour comprendre la gravité de la situation, il suffit de lire l’histoire de Morarji Patil, trentenaire indien et propriétaire de plantations de canne à sucre dans la région de Marathwada, qui a tenté de mettre fin à ses jours en ingérant un insecticide. « Je me suis senti dépassé », a-t-il raconté au New York Times.
Pas seulement l’Inde
Les prévisions d’une récolte faible ont fait monter le prix du sucre dans le monde, Patil estimant que les cannes seront environ 70 % plus basses que d’habitude.
L’Inde n’est en effet pas le seul pays producteur en difficulté : au Brésil, premier exportateur mondial de sucre, les fortes pluies ralentissent la récolte et la transformation de la canne; en Europe, on prévoit une baisse de la production de betteraves sucrières, car les surfaces cultivées ont été réduites et les conditions météorologiques ont été défavorables; en Thaïlande, la sécheresse qui frappe le nord-est, région qui produit près de la moitié du sucre du pays, pourrait faire chuter la production d’au moins 17 %.
Réaction en chaîne
En Inde, les répercussions d’une pénurie de sucre ne touchent pas seulement les producteurs et les amateurs de desserts et de glaces, mais aussi le carburant: depuis avril dernier, selon une directive gouvernementale, l’essence vendue dans les stations-service est composée à 20 % d’éthanol produit précisément à partir de la canne à sucre (en plus du maïs et du riz, dont les cultures souffrent aussi de la chaleur et de la sécheresse).
Maintenant que la matière première se fait rare, le gouvernement devra choisir quelle portion de canne est destinée à l’éthanol et quelle portion à l’industrie sucrière: réduire la part d’éthanol dans l’essence laisserait plus de sucre sur le marché, mais obligerait l’Inde à importer davantage de pétrole, alors même que les tensions au Moyen-Orient font monter les prix.