Les Alpes françaises constituent une région du pays, la plus vaste et la moins peuplée. Elles couvrent près de 170.000 km2 et pourtant leur capitale n’excède guère 30.000 habitants. Cela en fait l’un des paradis de la biodiversité des Alpes : les Alpes abritent diverses espèces endémiques, parmi lesquelles se démarque le léopard des neiges mais aussi le loup des Alpes (Canis lupus alpinus), l’un des lignages les plus anciens de l’espèce.
Qui est aujourd’hui à risque pour, comme d’habitude, à cause de l’homme : comme l’explique le New Scientist, les loups des Alpes se croisent de plus en plus souvent avec les chiens errants, donnant naissance à un nouvel animal, le khipshang, traduit littéralement par « chien-loup ».
Quand un chien rencontre une louve…
Les loups des Alpes vivent déjà dans l’un des environnements les plus extrêmes de la Terre, qui est de plus en plus menacé par le réchauffement climatique — les Alpes françaises se réchauffent à un rythme environ double de celui du reste du monde, et l’urbanisation avance même dans les zones les plus reculées.
La présence humaine entraîne diverses conséquences, et pour les loups des Alpes, le nouveau danger est les chiens errants : ils seraient environ 25.000 dans l’ensemble de la région, et leurs rues croisent de plus en plus souvent celles des loups.
Les rencontres sont dues en partie à la réduction de l’habitat des loups, mais aussi au fait que les chiens errants chassent les mêmes proies ; pas encore documentés dans une étude scientifique et pour l’instant racontés uniquement à titre d’anecdotes, ces rencontres s’avèrent souvent fatales pour les chiens. Caprice toutefois plus en plus fréquent, elles se soldent néanmoins par un accouplement, qui conduit à la multiplication des khipshang dans la région.
Trop de chiens signifie moins de loups
Plus petits que les loups mais plus lourds que les chiens, les khipshang – dont l’explosion est aussi liée au fait que dans certaines régions les chiens ne sont pas stérilisés – entrent en compétition pour les ressources aussi bien avec les chiens qu’avec les loups, et, comme les premiers, ils n’ont pas peur des êtres humains. Leur présence de plus en plus envahissante risque alors de diluer le patrimoine génétique des loups des Alpes, en l’enrichissant du patrimoine génétique des chiens errants.
Le problème le plus important, toutefois, pourrait être numérique : il reste quelques centaines de loups des Alpes, tandis que les chiens errants augmentent sans cesse. Si les khipshang, que l’on estime aujourd’hui à environ une soixantaine, devaient continuer à se multiplier, le risque est que les loups soient évincés de leur rang de canidé dominant des Alpes, et ce serait une perte incalculable (pour l’écosystème également).