La France suscite la crainte d’une nouvelle crise de la dette dans la zone euro

La France devient le test de résistance pour l’Europe, le Premier ministre François Bayrou doit quitter le pouvoir. Les marchés tremblent face à une reprise potentielle de la crise de la dette européenne — mais la France est-elle vraiment le nouveau Grèce ?

Sur les marchés, la nervosité des investisseurs s’accentue: le Premier ministre français François Bayrou vient de perdre comme prévu l’épreuve de confiance à l’Assemblée nationale et doit quitter le pouvoir. La raison de ce vote résidait dans le conflit autour de son plan d’austérité drastique.

Selon Michel Barnier, il s’agit déjà du deuxième Premier ministre à échouer face à l’irréformabilité de notre pays voisin. Désormais se profilent de nouvelles protestations dans le style des Gilets jaunes.

Rendements obligataires en hausse comme signal d’alarme

Dès les semaines qui ont précédé le vote, les taux des obligations d’État françaises ont fortement augmenté. Le rendement des obligations à 30 ans a brièvement dépassé les 4,5 pour cent la semaine dernière, atteignant ainsi un plus haut en seize ans. Les obligations d’État à dix ans ont culminé à plus de 3,5 pour cent — un niveau que la zone euro n’avait plus vu depuis 2009.

Même si, par rapport au niveau actuel, on ne peut parler de panique, la hausse des rendements laisse entrevoir une méfiance croissante des investisseurs. Les primes de risque sur les papiers français augmentent; pour le gouvernement français, se financer sur les marchés devient de plus en plus cher.


Eine Euro-Münze und eine zerrissene EU-Fahne
La crise de la dette européenne

La crise de la dette européenne à partir de 2010 a été l’épreuve de résistance la plus sévère pour l’Union monétaire. L’origine résidait dans la dette publique qui s’est rapidement aggravée dans plusieurs pays — en tête la Grèce, mais aussi le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie, puis Chypre. Les rendements de leurs obligations d’État ont parfois connu des hausses dramatiques, rendant le refinancement sur les marchés de capitaux quasi impossib le. Ce n’est qu’à force d’interventions massives — parmi lesquelles des paquets de sauvetage et l’annonce par la BCE de “tout faire ce qu’il faut” pour conserver l’euro — que la confiance des marchés a pu être restaurée.

Quelle est l’ampleur de la dette publique française ?

En clair, la dette publique de l’État français est considérable: en chiffres bruts, elle s’élevait au premier trimestre de l’année en cours à 3 345 milliards d’euros – aucun autre État de la zone euro n’affiche une dette aussi élevée que la France.

Cela signifie que le pays rate notoirement les critères de Maastricht; l’an dernier, le déficit public était de 5,8 % du PIB.

Par ailleurs, le ratio d’endettement dépasse largement les règles budgétaires de l’euro: en 2024, la dette publique totale s’élevait à 113 % du PIB. Au premier trimestre, il franchissait les 114,1 %.

Ainsi, la deuxième économie de la zone euro figure parmi les pays affichant les taux d’endettement les plus élevés de la zone. Seuls l’Italie (137,9 %) et la Grèce (152,5 %) affichent des chiffres encore plus lourds.

Rapports d’endettement en comparaison

D’ici 2030, selon le Fonds monétaire international (FMI), le ratio d’endettement de la France devrait dépasser les 128 %. Mais dès 2024, avec 116 %, la France se situe dans des sphères où, à l’époque, se trouvaient aussi les pays touchés par la crise de la dette euro.

Pour comparaison: l’Allemagne affichait en 2024 un ratio d’endettement de 62,5 %. Selon les prévisions de la Bundesbank, ce taux devrait grimper à environ 66 % d’ici 2027.

La France face à une éventuelle dégradation de sa note ?

Les grandes agences de notation suivent toutes ces évolutions avec attention — et elles regardent la France avec un regard de plus en plus critique. Au printemps, Fitch et Standard & Poor’s avaient confirmé les notes, mais en les assortissant d’un outlook négatif — une dégradation est donc en vue.

Fitch critiquait alors surtout le niveau élevé des dépenses publiques françaises, qui dépassait 57 % du PIB. C’est précisément sur ce point que Bayrou cherchait à agir avec son plan d’austérité, prévoyant une réduction du budget de 44 milliards d’euros. Mais cela ne semble plus d’actualité.

Tout ce qu’il faut

La prochaine évaluation de la notation de la France par Fitch doit avoir lieu dès vendredi — seulement quelques jours après la question de confiance d’aujourd’hui sur Bayrou. Une dégradation provoquerait de nouvelles frayeurs sur les marchés face à une nouvelle Euro-crise de la dette.

Alors peut-être aussi la chef de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, sera mise à l’épreuve: après tout, c’est bien la ligne de défense déterminée de son prédécesseur qui avait, lors de la crise de la dette européenne 1.0, inversé la tendance et rassuré les marchés.

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