La simplicité : une chose sérieuse à ne pas négliger

Les jouets spécialement conçus pour les tout-petits sont de plus en plus nombreux et sophistiqués, mais sont-ils vraiment indispensables ?

En jouant sur le souhait des parents de voir leurs enfants heureux, le marché de la petite enfance nous inonde quotidiennement de nouveautés, nous poussant parfois à un achat excessif et en réalité superflu. Pourtant, il faut se demander si ces centaines de jouets, souvent coûteux, sont réellement essentiels au développement de l’enfant.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser habituellement, un enfant n’a pas besoin d’une multitude de jouets pour jouer, mais plutôt d’avoir la possibilité d’agir de façon active et intelligente dans son environnement. Trop souvent, malheureusement, on oublie que les jouets et le matériel ne sont que des moyens, non des fins en soi. Si l’on remplit la chambre de notre enfant avec des jouets, aussi beaux et innovants soient-ils, mais que l’on ne lui donne pas la chance de bouger, d’expérimenter directement avec les objets du quotidien ou de manipuler et explorer des éléments naturels comme la terre ou l’eau, alors l’on ne favorise pas réellement sa croissance et son auto-découverte.

La magie de la main

Ce dont un enfant a réellement besoin pour grandir, ce sont souvent des objets simples, concrets, et de tous les jours. En particulier durant ses premiers mois, il n’a nullement besoin de jouets sophistiqués : il cherche simplement à connaître la réalité qui l’entoure.

En observant attentivement un très jeune enfant, on découvre que sa première expérience de jeu se fait avec ses mains. La “découverte” de la main, comme l’a décrite Maria Montessori, représente une étape capitale du développement psychophysique de l’enfant : il la bouge, la porte à sa bouche, l’observe avec une attention concentrée, comme un critique d’art face à une œuvre précieuse. Dès cet instant précieux, l’enfant commence à utiliser sa main de façon de plus en plus consciente pour explorer son propre corps, celui des autres, et les premiers objets mis à sa disposition. Ces derniers ne devraient pas être des jouets électroniques remplis de lumières, de couleurs et de musique, qui semblent maintenant envahir l’espace des tout-petits dès la naissance, mais plutôt des objets simples, légers, agréablement bruyants, que l’enfant peut manipuler en toute sécurité dans un climat serein et avec la confiance d’un adulte responsable qui veille à sa protection et l’accompagne sans jamais l’empêcher de s’exprimer.

Un exemple classique est le hochet, que l’on peut aisément fabriquer soi-même à la maison : il suffit de découper un petit segment dans une pièce de bois cylindrique et d’attacher à chaque extrémité de petits grelots à l’aide d’œillets. Alternativement, on peut coudre de petits sachets (en s’assurant qu’ils soient bien fermés) remplis de légumineuses ou de noyaux de cerise, que le bébé pourra explorer en toute sécurité.

Jouer avec des objets ordinaires

Plus tard, vers 5-6 mois, lorsque l’enfant commence à transférer des objets d’une main à l’autre et à s’asseoir seul, il pourra être encouragé à explorer librement quelques objets simples aux matériaux, textures et odeurs variés : morceaux de tissu, une cuillère en bois, une cuillère en acier ou en argent, une coquille, une petite brosse… et tout ce que l’imagination suggère.

Ce qui compte, c’est que ces objets soient sûrs, qu’il puisse les porter à la bouche et les manipuler sans danger. De cette manière, l’enfant pourra découvrir par lui-même différentes sensations de température, de texture, de son, de goût ou d’odeur…

Ce même principe est à la base de propositions telles que le “panier aux trésors” ou le “jeu heuristique”, deux concepts issus du travail de l’éducatrice et psychopédagogue anglaise Elinor Goldschmied. Ces activités montrent qu’avec de simples objets domestiques et naturels, on peut éveiller la curiosité des tout-petits bien plus efficacement que avec les jouets en plastique ou électroniques qui inondent souvent leur univers.

Les objets du quotidien, surtout s’ils sont naturels, peu ou pas programmés, ne cadrent pas toujours avec la conception classique du “jouet”, mais présentent de nombreux avantages : ils s’adaptent à l’évolution du bébé, qui peut les utiliser différemment selon ses capacités ou ses intérêts du moment ; ils stimulent la pensée créative et divergente, puisqu’il n’existe pas une seule façon “correcte” de les explorer — le jeune enfant peut inventer ses propres manières, faire des expériences inédites ; enfin, ils évitent la surstimulation que peuvent provoquer les jouets électroniques, souvent trop riches en stimuli, et qui fatiguent rapidement l’enfant.

Un autre inconvénient des jouets électroniques, c’est qu’ils tendent à rendre les enfants passifs. Dans une période où la construction de la pensée se construit principalement à travers la sensoriel, le mouvement et l’expérience active dans leur environnement, comment peut-on espérer que ces dispositifs apportent une véritable aide à leur développement ?

Remettre l’enfant au centre

De manière générale, moins un jouet est complexe ou sophistiqué, plus il laissera à l’enfant la possibilité d’agir activement. Pour citer Anna Tardos, psychologue pour enfants et fille de la célèbre pédagogue Emmi Pikler : « L’essentiel, c’est que l’enfant joue avec le jouet, et non que le jouet joue avec l’enfant ».

Si après avoir reçu un jouet, votre enfant montre plus d’intérêt pour la boîte ou l’emballage que pour le jouet lui-même, ne soyez pas déçu. Au contraire, ne le dérangez pas et observez-le avec patience. Cela vous permettra de comprendre ce qui a réellement capté son attention. Peut-être qu’il trouve plus enrichissant d’ouvrir, de fermer, de manipuler cette boîte ou ce sac que de faire rouler une voiture lumineuse et bruyante. Au lieu de céder aux stratégies marketing qui écument le marché, il faut surtout privilégier l’observation attentive, le respect de l’enfant et la remise en question de nos choix. Demandez-vous : « Quelles sont ses besoins actuels ? Comment puis-je l’aider à y répondre ? »

Une intelligence hors du commun

Il y a plus d’un siècle, Maria Montessori a commencé à nous éclairer sur le fonctionnement de l’esprit de l’enfant : une capacité étonnante à absorber comme une éponge tout ce qui l’entoure, pour ensuite s’en servir pour sa propre construction et son développement. Cependant, dans les premières années, cette activité d’assimilation se fait de façon inconsciente, car l’esprit n’est pas encore capable d’organiser seul tous ces stimuli.

C’est pourquoi il faut revenir à l’essentiel : la simplicité et l’ordre. En tant qu’adultes responsables, notre rôle est d’accompagner l’enfant dans son développement en lui proposant un environnement adapté et les outils nécessaires à sa croissance.

Il faut aussi veiller à faire des choix réfléchis concernant les objets que l’on met à la disposition des tout-petits. Ne sous-estimons pas la valeur du jeu : ce dernier est le “travail” de l’enfant, la façon dont il se construit, posant ainsi les bases des hommes et des femmes de demain.

Article pensé et écrit par :
Avatar de Julie Ménard
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