Un fait que nous pensions connaître sur le vieillissement pourrait être erroné : l’inflammation ne s’accroît peut-être pas systématiquement avec l’âge.
Une comparaison sanguine
Une étude publiée dans la revue Nature Aging menée par des chercheurs du Centre de recherche sur le vieillissement de l’Université de Sherbrooke, située au Québec (Canada), a comparé les niveaux de protéines liées à l’inflammation dans le sang de près de 3 000 individus originaires d’Italie (région du Chianti), de Singapour, de Bolivie et de Malaisie. Ces échantillons ont été prélevés dans le cadre d’études antérieures. Notons que les participants de Bolivie et de Malaisie appartenaient à des communautés non industrialisées : la tribu des Tsimane en Amazonie et celle des Orang Asli en Malaisie péninsulaire.
Les chercheurs ont analysé la manière dont huit types de molécules, produites par les cellules immunitaires et impliquées dans le processus inflammatoire, appelées cytokines, variaient en fonction de l’âge chez ces différentes populations. Ils ont également cherché à déterminer si des niveaux élevés de certains types de cytokines étaient associés à des problèmes de santé typiques du vieillissement.
Différents types d’inflammation
Comme cela était largement anticipé, il a été constaté que chez les personnes résidant en Italie et à Singapour, les protéines inflammatoires augmentaient avec l’âge et étaient liées à l’apparition de maladies chroniques telles que le diabète ou les troubles rénaux. En revanche, dans les deux communautés indigènes, les cytokines étaient présentes à des niveaux élevés dès le plus jeune âge, sans fluctuer avec le vieillissement. Leur présence semblait plutôt constituer une réponse à des infections virales ou bactériennes, ou à des parasitoses.
Dès lors, les signes d’inflammation ne seraient peut-être pas universellement, ou même localement, un indicateur fiable de maladies chroniques. Jusqu’à présent, cette hypothèse s’appuyait principalement sur le fait que la majorité des études scientifiques ont été menées dans des sociétés industrialisées. L’inflammation pourrait donc jouer un rôle différent selon le contexte environnemental et social.
Une question encore ouverte
Les conclusions de cette étude devront être confirmées auprès de populations diversifiées, car de nombreux facteurs de confusion peuvent intervenir. Par exemple, si les populations non industrialisées semblent moins sujettes aux maladies chroniques, elles vivent en revanche généralement moins longtemps, et peut-être n’ont-elles pas le temps de développer les marqueurs inflammatoires liés au vieillissement que l’on observe dans les sociétés occidentales.
De plus, cette recherche laisse entendre que certains polluants ou toxines répandus dans les environnements industrialisés, combinés à un mode de vie occidental, pourraient nuire à la capacité du corps humain à réguler et à limiter l’inflammation dans le temps, augmentant ainsi le risque de maladies chroniques. Ces résultats invitent à une réflexion sur la complexité du lien entre inflammation et vieillissement, qui pourrait varier selon les environnements et les modes de vie.
Enfin, l’étude soulève la question de savoir si la présence accrue de cytokines dans le sang constitue une véritable signature du processus de vieillissement ou si elle est simplement le reflet d’un état de santé influencé par des facteurs socio-environnementaux. La recherche doit donc continuer afin d’éclaircir ces mécanismes, sans doute en intégrant des populations issues de divers horizons pour mieux comprendre le rôle de l’inflammation dans le processus de vie et de vieillissement.