Nous savons que les confinements répétés que nous avons vécus pendant la pandémie de Covid-19 ont affecté notre santé mentale de plusieurs façons. Pour la première fois, une étude publiée dans Archives of Disease in Childhood a examiné les conséquences de l’isolement forcé chez les tout-petits — les bébés nés précisément pendant les premiers mois du confinement total en 2020.
Il en résulte un tableau qui met en évidence l’importance de la socialisation dès la petite enfance, et les conséquences du manque de contact avec des personnes autres que leurs parents durant la première année de vie.
La recherche a impliqué 205 enfants nés en France entre le 23 mars et le 23 juin 2020. Les chercheurs ont mesuré leurs capacités de raisonnement non verbal et de langage, et ont complété ces résultats par les réponses des parents concernant les fonctions exécutives de leurs enfants — parmi lesquelles figuraient la maîtrise du contrôle des émotions, la mémoire de travail, les capacités de résolution de problèmes, de planification et d’organisation.
Fonctions exécutives réduites
Les fonctions exécutives se sont, en moyenne, situées en dessous des niveaux prépandémiques; un tiers des enfants analysés présentait en outre des besoins liés aux fonctions exécutives.
Les raisons de ce déficit se trouvent dans les interactions sociales manquées pendant la pandémie : selon les chercheurs, les enfants dont les fonctions exécutives ne sont pas bien développées peuvent avoir des difficultés à démarrer et à poursuivre des activités, à se souvenir des instructions, à ne pas se laisser distraire et à modifier leur comportement en fonction des retours reçus.
Le langage
En ce qui concerne le langage, le tableau est plus hétérogène. Les scores globaux se sont en effet situés en ligne avec ou même au-delà des niveaux attendus pour l’âge. En décomposant les chiffres, toutefois, apparaît une différence intéressante entre les deux composantes du langage : le langage expressif, c’est-à-dire la capacité des enfants à s’exprimer avec des mots, s’est révélé inférieur aux attentes, souffrant du manque d’interactions riches et variées avec des personnes moins familières ; le langage réceptif, c’est-à-dire la compréhension, est resté essentiellement inchangé, peut-être grâce à une plus grande communication avec les parents pendant le confinement.
Bien qu’il s’agisse d’une étude observationnelle qui ne détermine pas de lien causal clair entre le confinement et les fonctions exécutives et présente certaines limites, comme le fait que les données aient été rapportées par les parents et soient donc susceptibles de biais, la recherche est intéressante car elle explore pour la première fois les conséquences de la pandémie sur ceux qui n’en ont pas le souvenir, mais en subissent les répercussions.