Les chiens nous jugent-ils vraiment ? Ce que la science révèle sur leur comportement avancé

Imaginez dix propriétaires de chiens et demandez-leur ce qu’ils pensent des capacités de jugement de leur animal. La majorité d’entre eux vous répondront probablement que leur chien est exceptionnel pour se faire une opinion sur les gens : si quelqu’un leur plaît, cela doit signifier qu’il est une bonne personne, et inversement. Mais cette croyance est-elle réellement fondée, ou s’agit-il d’une anthropomorphisation extrême que nous avons inventée pour nous rassurer ?

Une étude qui fait débat

Une équipe de chercheurs du Konrad Lorenz Institute of Ethology à Vienne, en collaboration avec l’Université de Kyoto, a entrepris une démarche systématique pour tenter de répondre à cette question. Leur objectif était de savoir si, oui ou non, les chiens sont capables de juger objectivement le caractère de leurs humains. L’étude, qui soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses, a été publiée dans la revue Animal Cognition.

Jusqu’à présent, l’étude la plus complète réalisée sur ce sujet était celle menée par le Wolf Science Center en Autriche, qui portait cependant sur les loups et les chiens sauvages évoluant en meutes, plutôt que sur les chiens domestiques. Ces recherches montraient en effet que ni les loups ni les chiens sauvages ne forment de jugements à l’égard des humains avec lesquels ils interagissent, peut-être parce qu’ils ne sont pas habitués à la présence humaine constante. En revanche, la nouvelle étude s’est concentrée sur 40 chiens domestiques, à qui l’on a fait vivre diverses interactions avec deux humains.

Voici comment se déroulait l’expérimentation : un chien était placé en présence de deux personnes. L’une d’elles le complimentait abondamment et lui donnait même à manger, tandis que l’autre ne lui offrait rien. Ensuite, un autre chien observait cette scène à distance. Après cette étape, le premier chien était emmené et le second approchait des deux humains pour voir s’il manifestait une préférence, par exemple en allant d’abord vers celui qui était plus généreux ou en leur faisant des caresses plus spontanément.

Mais malheureusement, l’expérience n’a pas donné les résultats escomptés : les chiens n’ont montré aucune préférence claire pour le « gentil » humain. Ils n’ont pas forcément été vers lui en premier, ni n’ont manifesté davantage de joie ou de s’excuser auprès de lui par rapport à l’autre qui leur était moins favorable. Bien que dans certains cas, certains chiens aient préféré approcher la personne la plus généreuse, l’étude explique que ces comportements restent dans la fourchette de la variabilité statistique, sans constituer de preuve solide d’un jugement cognitif précis.

Et si nos chiens n’étaient pas aussi perspicaces qu’on le pensait ?

Autrement dit, il semble que les chiens ne soient pas aussi rapides ou précis dans leur capacité à juger nos qualités que nous le croyions. Le fait qu’ils vivent en permanence à nos côtés ne semble pas leur donner un avantage certain dans l’évaluation du caractère humain. Les chercheurs admettent cependant que leurs conclusions ne sont pas définitives. La manière dont l’expérience a été conçue pourrait influencer les résultats, et ils insistent sur l’intérêt de poursuivre les investigations pour mieux comprendre cette question. Ils recommandent notamment d’expérimenter avec des chiens de tout âge, de différentes races et de styles de vie variés – y compris les chiens guides d’aveugles ou les chiens de police – afin d’obtenir un panorama plus complet et représentatif.

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Avatar de Jerry Guirault
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