Il est fréquent que les animaux se déplacent en groupes ou en bandes. Dans la majorité des cas, ces regroupements sont composés d’animaux de la même espèce, pour des raisons évidentes : la recherche d’un partenaire, la solidité des liens de parenté, et surtout le fait que les animaux d’une même espèce ont tendance à évoluer à la même vitesse et à suivre le même rythme, ce qui facilite grandement leurs déplacements.
Cependant, ce n’est pas toujours le cas. Il existe aussi des groupes mixtes, qui présentent leurs propres avantages. Cela est illustré par une série d’empreintes fossiles de dinosaures retrouvées au Canada, appartenant à un groupe hétérogène. L’étude de ces traces a été publiée dans la revue PLOS One.
Herbivores et carnivores en groupe
Les empreintes de dinosaures décrites dans cette étude proviennent de l’état de l’Alberta, plus précisément du parc provincial des Dinosaures, l’un des sites fossilifères les plus riches au monde, qui bénéficie du label UNESCO depuis 1979. Comme l’expliquent les chercheurs, l’analyse se concentre habituellement sur des fossiles « classiques » : les empreintes de dinosaures, qui font partie des icnofossiles, sont généralement moins étudiées, car leur détection est plus difficile en raison des conditions particulières de fossilisation dans la région.
Pourtant, celles qui ont été récemment découvertes ont été conservées dans d’excellentes conditions, et leurs révélations sont surprenantes : une fouille de seulement 30 mètres carrés a permis d’identifier 13 empreintes différentes appartenant à cinq dinosaures herbivores, issus du groupe des cératopsiens, ces fameux « dinosaures à cornes ». À ces empreintes s’ajoutent également celles d’un ankylosaure, une espèce d’œuf blindé, pour le moment identifiée provisoirement. Plus loin, d’autres traces ont été trouvées, celles de deux tirannosauridés. Un véritable puzzle de différentes espèces, que les auteurs de l’étude pensent avoir réussi à reconstituer.
L’union fait la force
Selon la reconstruction proposée par les chercheurs, le groupe principal aurait été constitué d’au moins cinq exemplaires de cératopsiens, dont la véritable espèce reste encore indéterminée. En leur compagnie, deux ankylosaures évoluaient également à proximité ; la fréquence et la proximité de leurs empreintes suggèrent qu’ils formaient un seul et même groupe. Quant aux deux tirannosaures, ils se trouvaient un peu plus loin : il est possible qu’ils surveillaient le groupe ou qu’ils préparaient une attaque. Les herbivores, quant à eux, pourraient avoir cheminé ensemble pour renforcer leur défense face aux prédateurs.
De plus, à proximité de ces empreintes, des traces d’un point d’eau ont été retrouvées. Il est envisageable que ces dinosaures soient simplement allés boire, et que les deux carnivores, peu après, soient venus par hasard ou que le groupe ait estimé qu’il était plus sûr de rester ensemble, même en étant au bord de la source. Le fait indéniable est que des espèces différentes ont voyagé en groupe. Étant donné les avantages que cela procure—par exemple, des ressentis différents face aux sons, à la lumière et aux couleurs, ou la possibilité d’alerter les autres plus rapidement en cas de danger—il n’est pas difficile d’imaginer que ce type de regroupement ait été fréquent chez ces grands reptiles préhistoriques.