Les sels d’aluminium dans les vaccins : à quoi servent-ils ? Débat aux États-Unis

Les conseillers de Robert F. Kennedy Jr. sur les vaccins débattent désormais de la sécurité, déjà largement démontrée, des vaccins contenant des sels d’aluminium.

L’ultime cible, dans l’ordre des choses, du comité d’experts choisi par Robert F. Kennedy Jr., ancien secrétaire à la Santé sous l’administration Trump, est une substance cruciale pour l’efficacité des vaccins. Vendredi 5 décembre, les scientifiques-conseillers nouvellement nommés des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) se sont réunis pour discuter de la sécurité des sels d’aluminium, utilisés dans certains vaccins pour renforcer la réponse immunitaire. De nombreux immunologistes voient dans cette démarche de Kennedy Jr., connu pour ses positions sceptiques sur les vaccins, une tentative d’influer et de réécrire les recommandations des CDC en matière de vaccinations pédiatriques.

Sels d’aluminium : qu’est-ce que c’est et où se trouvent-ils

De petites quantités de certains sels d’aluminium (hydroxyde d’aluminium, phosphate d’aluminium, potassium et sulfate d’aluminium) sont ajoutées aux vaccins pour renforcer la réponse du système immunitaire face aux antigènes, fragments du pathogène introduits par les vaccins pour stimuler la production d’anticorps. Elles sont, en effet, adjuvants (adiuvare en latin signifie « aider ») : elles génèrent, plus précisément, un niveau très faible d’inflammation en attirant les cellules immunitaires près du site d’injection et en les y maintenant longtemps.

Les sels d’aluminium sont contenus dans les vaccins contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, Haemophilus influenzae type b, l’hépatite A, l’hépatite B, le pneumocoque, le méningocoque et le papillomavirus (HPV), tandis qu’ils ne se trouvent pas dans les vaccins contre la rougeole, les oreillons, la rubéole, la polio, le rotavirus et la grippe.

Pourquoi les adjuvants sont indispensables

Les adjuvants comme les sels d’aluminium sont un élément essentiel car, sans eux, les vaccins ne seraient pas capables de stimuler une réponse suffisamment puissante. Grâce aux adjuvants comme les sels d’aluminium, il faut introduire moins de matériel viral pour déclencher une réaction dans l’organisme et construire une protection durable contre les infections.

Comme expliqué dans Nature, l’utilisation de ces substances dans les vaccins est devenue encore plus cruciale depuis que l’on utilise de moins en moins de vaccins contenant des agents pathogènes inactivés, qui peuvent augmenter le risque de réactions indésirables. Les vaccins de nouvelle génération ne contiennent que certaines composantes spécifiques des pathogènes (par exemple certaines protéines virales, ou même uniquement les instructions pour que notre corps les reconstitue), et pour cette raison, ils sollicitent une réponse immunitaire plus atténuée. C’est pourquoi l’utilisation des adjuvants est essentielle pour produire une quantité importante d’anticorps.

À l’avenir, les adjuvants dans les vaccins (pas seulement les sels d’aluminium mais aussi d’autres substances qui renforcent la réponse immunitaire) auront un rôle important dans la fabrication de vaccins de plus en plus sophistiqués — comme celui contre le virus du VIH, qui, pour fonctionner, devra stimuler des anticorps capables de se lier à de nombreuses variantes de ce virus en constante évolution.

Les sels d’aluminium dans les vaccins, sont-ils sûrs ?

Oui : leur sécurité a été démontrée par des études scientifiques rigoureuses et à grande échelle: l’une des plus récentes et importantes est datée du 15 juillet 2025, et visait à « évaluer l’association entre l’exposition cumulative à l’aluminium provenant de la vaccination durant l’enfance et le risque de troubles auto-immuns, atopiques ou allergiques et de développement neurologique ». Kennedy a par exemple suggéré à plusieurs reprises que les sels d’aluminium dans les vaccins soient liés à des allergies alimentaires, tandis que d’autres partisans anti-vaccins soutiennent qu’ils augmentent le risque de certains troubles du neurodéveloppement, comme l’autisme (à nouveau).

L’étude, qui a duré 24 ans et a porté sur 1,2 million d’enfants danois, a conclu qu’il n’existe aucun lien entre les sels d’aluminium dans les vaccins et aucun des 50 troubles chroniques (auto-immunes, neurodéveloppementaux, allergiques) évalués. Kennedy a demandé que l’étude soit retirée; la revue scientifique Annals of Internal Medicine a refusé.

Tous les vaccins contenant ces adjuvants et d’autres font l’objet d’études de sécurité scrupuleuses avant que les autorités de sécurité sanitaire, telles que l’ANSM en France ou l’EMA au niveau européen, ne les approuvent. Les sels d’aluminium sont utilisés dans les vaccins depuis plus de 90 ans, durant lesquels des centaines de millions de personnes ont été vaccinées et protégées contre des maladies potentiellement graves. Les réactions adverses les plus fréquentes observées ont été la douleur et le gonflement au site d’injection, qui disparaissaient après un jour ou deux.

Il faut aussi prendre en compte une question de dosages : comme l’a souligné le blog Vacciner…SI, un enfant qui reçoit toutes les vaccinations recommandées durant la première année de vie est exposé à une quantité d’aluminium équivalant à quelques millièmes de gramme. Nous absorbons tous de petites quantités d’aluminium en continu, principalement par l’alimentation (emballages contaminés par exemple) et l’eau, mais aussi par les déodorants, les cosmétiques, les filtres solaires : pour l’ANSES et les autorités européennes, la principale source d’exposition à l’aluminium demeure l’aluminium contenu dans l’alimentation et les boissons (y compris le lait maternel, pour les raisons évoquées ci-dessus).

Pour revenir aux vaccins…

Selon Marco Cavaleri, chef du Département des Menaces pour la Santé Publique à l’EMA, toute demande officielle visant à retirer l’aluminium des vaccins serait un choc pour le système, car elle rendrait les vaccinations salvatrices inefficaces. « On ne peut pas simplement se débarrasser d’un adjuvant qui fonctionne et est sûr avant d’avoir trouvé quelque chose d’autre dont on soit assuré qu’il sera un bon substitut », a commenté Cavaleri.

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