L’exposition précoce aux antibiotiques ne semble pas favoriser les maladies auto-immunes

Le fait d’être exposé à des antibiotiques pendant la grossesse ou au cours des premières semaines de vie ne favoriserait pas l’apparition de maladies auto-immunes, comme on le pensait.

Recourir à l’usage d’antibiotiques pendant la grossesse, ou devoir les prendre dès le plus jeune âge, exposerait-il à un risque plus élevé de maladies auto-immunes ? La question se pose depuis des décennies, et une série d’études antérieures, menées surtout sur des animaux, semblaient laisser penser que oui. Or, une étude portant sur plus de 6 millions d’enfants exposés précocément aux antibiotiques exonère les médicaments utilisés contre les infections du reproche de perturber le système immunitaire des tout-petits encore dans l’utérus ou nés récemment. L’étude a été publiée dans PLOS Medicine.

Antibiotiques et maladies auto-immunes: l’hypothèse de l’hygiène

Selon l’hypothèse de l’hygiène, formulée à la fin des années 80 et par la suite largement redimensionnée, à la base des allergies et des maladies auto-immunes chez les enfants pourrait se trouver l’absence ou la faible exposition des tout-petits à certains micro-organismes présents dans l’environnement (à la maison, dans la nature, dans le corps maternel) qui habituent le système immunitaire encore immature à ne pas réagir de manière excessive à des substances peu ou pas dangereuses.

La théorie part de l’assomption, correcte, que le système immunitaire des fœtus et des nouveau-nés se construit aussi grâce aux micro-organismes avec lesquels ils entrent en contact, notamment ceux qui peuplent l’intestin.

Des études scientifiques montrent en effet que certains micro-organismes intestinaux produisent des substances essentielles au développement des cellules T régulatrices, des cellules immunitaires capables de tolérer ou d’éteindre une réponse immunitaire excessive ou trop durable. Ainsi, elles sont essentielles pour prévenir les maladies auto-immunes comme la maladie cœliaque, le diabète de type 1, le lupus, la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique, qui surviennent lorsque le système immunitaire attaque par erreur les organes et tissus de son propre organisme.

Antibiotiques et maladies auto-immunes: preuves incertaines

Certaines études menées sur des animaux ont soutenu l’hypothèse selon laquelle les antibiotiques pris dans les premières phases de la vie pourraient favoriser des conditions auto-immunes : par exemple, une analyse réalisée en 2016 sur des souris suggérait que l’exposition aux antibiotiques dans les premières semaines après la naissance augmenterait le risque chez ces animaux de développer un diabète de type 1 avant 30 semaines de vie.

Un lien possible entre les antibiotiques et les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, et entre antibiotiques et arthrite rhumatoïde (une maladie auto-immune qui touche les articulations) est apparu aussi dans certaines études humaines. D’autres travaux sur diverses conditions auto-immunes ont toutefois donné des résultats opposés : une étude de 2017 n’a par exemple pas trouvé de liens entre diabète de type 1 et maladie cœliaque chez 15 000 enfants exposés aux antibiotiques avant l’âge de 4 ans.

Antibiotiques in utero et dans les premiers mois: la nouvelle analyse

Un groupe de chercheurs de l’Université Sungkyunkwan en Corée du Sud a mesuré l’incidence de six maladies auto-immunes ( diabète de type 1, arthrite idiopathique juvénile, colite ulcéreuse, maladie de Crohn, lupus et maladie de Hashimoto — une maladie de la thyroïde) chez plus de 2,6 millions d’enfants dont les mères avaient eu une infection pendant la grossesse et qui, dans environ 1,5 million de cas, avaient dû prendre des antibiotiques.

Le même type d’analyse a ensuite été mené sur 3,4 millions d’enfants ayant eu une infection dans les six premiers mois de vie : 1,9 million d’entre eux avaient pris des antibiotiques.

Après avoir pris en compte des facteurs tels que le type d’infection, le statut socio-économique et le sexe des enfants, les scientifiques n’ont pas trouvé de liens entre l’exposition précoce aux antibiotiques et l’apparition de maladies auto-immunes à l’adolescence. Comment expliquer alors les (faibles) évidences présentes auparavant ?

La flore intestinale est complexe

Les populations de bactéries qui colonisent l’intestin sont très nombreuses, variées et encore peu connues, tout comme leur rôle pour notre santé. Outre les antibiotiques, les bactéries intestinales sont sensibles à d’autres facteurs souvent négligés dans de nombreuses études, comme le rôle de l’alimentation. De plus, différents antibiotiques ont des effets différents, et l’âge auquel se produit l’exposition compte. L’équipe sud-coréenne a par exemple trouvé une association entre l’usage d’antibiotiques à large spectre pendant la grossesse et l’apparition de la maladie de Crohn durant l’enfance.

Sans oublier que certains antibiotiques peuvent prévenir des infections qui dégénèrent en maladies auto-immunes. Et que, lorsque les antibiotiques sont prescrits pendant la grossesse, cela signifie que leur utilisation est nécessaire pour protéger la santé de la mère et de l’enfant, prévenir un travail prématuré, un faible poids de naissance et d’autres problèmes de santé des nouveau-nés.

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