Libre-échange avec l’Amérique latine : le long parcours de l’accord Mercosur


Maros Sefcovic, Von der Leyen, Lula da Silva und Marora Viera

Libre-échange avec l’Amérique latine
Le long chemin de l’accord Mercosur

Date: 17.01.2026 13:23

Enfin Ursula von der Leyen peut apposer sa signature sur le document qui crée la plus vaste zone de libre-échange au monde, regroupant 700 millions de consommateurs. Ce n’est pas à Brasilia, comme prévu initialement juste avant Noël, mais à Asunción, Paraguay. La Première ministre italienne Giorgia Meloni avait demandé de nouveau des retouches et quelques semaines de délai supplémentaires.

Mais aussi opposition du monde agricole

« Sans exportations, nous ne pouvons pas survivre », déclare le secrétaire général du syndicat européen du secteur vitivinicole (CEEV), Ignacio Sánchez Recarte. Près d’un quart des vins quittent l’UE. Les principaux producteurs sont l’Italie, l’Espagne et la France. Mais c’est précisément en France que l’opposition au Mercosur est la plus forte. Cet accord est soutenu par aucune formation politique, ni de gauche ni d’extrême droite.

«Nous ne sommes pas opposés aux accords de libre-échange. La vraie question est que nous avançons avec des armes de poche face à des adversaires qui disposent de Kalachnikovs», affirme avec fracas Jérôme Bayle, l’un des chefs des manifestations agricoles du Sud. Lui et de nombreux agriculteurs dénoncent le fait que, dans les États latino-américains, des pesticides et des antibiotiques autorisés là-bas ne le seraient pas en Europe.

Des mesures destinées à dissiper les critiques

Les partisans de l’accord soutiennent qu’un filet de sécurité supplémentaire a été mis en place pour les agriculteurs afin de les soutenir. Les droits de douane pourraient être réintroduits si la pression sur les prix devenait trop forte. Les aides seraient versées plus rapidement que prévu. En outre, seule une petite partie de ce que les Européens consomment en bœuf et volaille chaque année aurait droit à des droits de douane réduits. Pour le bœuf, cela représenterait environ 99 000 tonnes à 7,5 %, ce qui ne ferait que 200 grammes par habitant de l’UE par an.

Le secrétaire général de l’industrie vinicole européenne Sánchez déclare que, dans les médias, on dépeint trop souvent l’agriculture comme opposée à l’accord : « Nous n’avons aucune objection à cet accord. C’est une opportunité fondamentale pour dynamiser et Diversifier notre activité d’exportation. »

Car près d’un tiers des exportations de vin, 28 %, vont vers les États-Unis, où les droits de douane ont été récemment très augmentés. Le Mercosur ne remplacera pas le marché américain. Les États-Unis importent 25 fois plus de vin en provenance de l’UE. Toutefois, les vignerons, comme bien d’autres secteurs, cherchent de nouveaux marchés pour gagner en autonomie.

MERCOSUR

Le Marché commun du Sud (Mercado Común del Sur, MERCOSUR) est une union régionale des États sud-américains: Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, Venezuela et Bolivie.
La participation du Venezuela est suspendue depuis 2017. La Bolivie n’est pas, dans un premier temps, membre de l’accord MERCOSUR avec l’UE.
Le MERCOSUR a été fondé en 1991 et vise à promouvoir l’intégration régionale par la coopération politique, sociale et économique.
Source: Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement, dpa

La protection des marques comme avantage concurrentiel

Même l’industrie européenne des produits laitiers voit dans l’espace Mercosur une grande opportunité, déclare le secrétaire général de l’association sectorielle Alexander Anton dans le podcast PunktEU d’ARD Europe. Il évoque les appellations protégées pour plus de 350 aliments: « Par exemple, pour l’Italie le parmesan, pour la France le Comté et pour la Bavière l’Allgäuer Emmentaler ou l’Allgäuer Bergkäse. »

Ces noms de marque pourraient aussi s’imposer en Amérique Latine — tout comme les machines et les voitures allemandes. Le président du groupe PPE au Parlement européen, Manfred Weber, a vanté, lors d’un passage dans sa région natale de Bavière, que BMW et Audi pourraient y vendre davantage. Weber a qualifié cela d’un « accord anti-Trump ».

Cet argument géopolitique est aussi mis en avant par plusieurs figures européennes ainsi que par des députés européens, notamment le président de la commission du commerce au Parlement européen, Bernd Lange (SPD): « Dans un monde où le droit du plus fort semble prévaloir, il est crucial de conclure un partenariat équitable. »

Widerstand auch im EU-Parlament

Pourtant, l’accord Mercosur continue de rencontrer de fortes opposition, non seulement parmi les agriculteurs qui protestent en France et en Pologne, mais aussi jusqu’aux verts allemands. La députée européenne Anna Cavazzini affirme que von der Leyen n’avait « qu’un mandat très faible » pour apposer la signature. La présidente de la Commission aurait poussé le traité au Conseil européen « contre vents et marées ».

Cavazzini avance, outre les inquiétudes agricoles, des raisons liées au manque de protection du climat, à l’exploitation de ressources rares et à la déforestation des forêts tropicales, qui la convainquent peu du bien-fondé de l’accord. La députée verte, ainsi que plus de 150 autres députés européens, demandent que la Cour de justice de l’Union européenne à Luxembourg vérifie si l’accord est compatible avec les traités européens.

Des retards potentiels qui pourraient durer des années

La procédure sera examinée par l’assemblée plénière mercredi prochain. Un tel examen pourrait durer environ deux ans. Les opposants à l’accord espèrent gagner du temps grâce à cela. Toutefois, pendant cette période, l’accord Mercosur pourrait être appliqué provisoirement si le Parlement l’accepte également.

Tout cela ne concerne d’ailleurs que la partie commerciale de l’accord. L’accord de partenariat politique doit être approuvé par les parlements nationaux en sus. Aussi étrange que cela puisse paraître, la signature de von der Leyen ne signifie pas encore la conclusion du Mercosur.

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