L’ocytocine rend-elle les gens plus gentils ? La psychologie répond : ça dépend.

L’ocytocine est souvent appelée « l’hormone de l’amour » car elle facilite les relations sociales : mais si je vous disais que ce n’est pas toujours le cas ? Selon une étude publiée dans Translational Psychiatry l’ocytocine augmenterait l’altruisme de personnes ayant eu une enfance difficile, mais réduirait brusquement la générosité de celles qui ont connu une enfance heureuse. D’où provient ce résultat apparemment paradoxal ?

Les chercheurs voulaient comprendre comment les expériences vécues pendant l’enfance modifient (ou non) notre générosité à l’âge adulte, et si l’ocytocine, considérée comme l’hormone de la sociabilité, pourrait avoir des effets différents sur les décisions altruistes. Ils ont donc recruté 54 hommes sains, âgés en moyenne d’environ 25 ans, et leur ont administré, de manière aléatoire, un spray nasal contenant de l’ocytocine ou un placebo. Quarante minutes plus tard, ils leur ont demandé de faire des dons, tout en surveillant simultanément l’activité cérébrale.

Preuves de générosité

À chaque participant a été attribué une « cagnotte » de 60 euros : après avoir visionné 60 profils de personnes sur un écran, dont 40 inconnus en besoin et 20 inconnus sans difficulté particulière, les volontaires devaient décider s’ils donnaient et combien à chaque profil, entre zéro et un euro, en 15 secondes chacun. L’argent donné était ensuite déduit de leur récompense finale.

Parmi les volontaires ayant reçu le placebo, ceux qui avaient connu une enfance difficile ont donné en moyenne 8,22 euros, contre 20 euros pour ceux qui avaient vécu une enfance sereine. L’ocytocine a toutefois eu un effet totalement inattendu : chez ceux qui avaient vécu une enfance marquée par l’adversité, elle a contribué à augmenter la générosité, faisant passer la don de 8,22 à 15,68 euros en moyenne ; à l’inverse, ceux qui avaient grandi dans des conditions plus paisibles sont devenus moins généreux après l’effet de l’hormone, passant de 20 à 9,46 euros de dons moyens. « Nos résultats remettent en question l’idée répandue de considérer l’ocytocine simplement comme » l’hormone de l’amour « », commente à Psypost Nina Marsh, coordinatrice de la recherche.

Le rôle de l’ocytocine

L’ocytocine, à elle seule, ne nous rend pas plus ouverts et bons envers les autres : la direction et l’intensité de notre comportement sont influencées par des caractéristiques individuelles, des facteurs environnementaux et des expériences de vie.

Selon les auteurs, l’ocytocine agirait en régulant la sensibilité d’une personne aux signaux sociaux en fonction de son niveau de départ : ceux qui ont une sensibilité déjà réduite en raison d’une enfance difficile pourraient devenir plus attentifs à autrui ; ceux, au contraire, qui sont déjà sensibles aux besoins d’autrui, avec de l’ocytocine en supplément pourraient le devenir trop, générant hésitation et réduisant la disponibilité à donner.

Que se passe-t-il dans le cerveau ?

Les scans cérébraux ont révélé que, dans le groupe ayant reçu le placebo, le cortex préfrontal médial, celui qui nous permet de nous mettre à la place des autres et de réguler les émotions, et le cortex cingulaire moyen, qui aide à repérer les informations socialement utiles, étaient plus connectés, et que cette connexion était associée à des dons moindres. Avec l’ocytocine, la connectivité s’est affaiblie, et les dons ont augmenté. Cela indique que l’altruisme n’est pas seulement un trait psychologique, mais qu’il est enraciné dans l’architecture du cerveau et dans la façon dont différentes régions communiquent entre elles.

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