Mammographie de routine : peut-elle prévenir les événements cardiovasculaires ?

Deux dépistages pour le prix d’un seul : un système d’IA appliqué aux images de mammographie peut prédire le risque futur de problèmes cardiaques.

Un contrôle médical annuel peut-il devenir l’occasion de protéger la santé du cœur ? Un nouveau système d’intelligence artificielle est capable de prédire le risque cardiovasculaire d’une patiente à partir des images de sa mammographie. La recherche décrite dans la revue scientifique Heart propose d’exploiter un examen médical de routine pour offrir un dépistage complémentaire aux femmes, à un âge où les maladies cardio-vasculaires sont plus fréquentes et où la prévention est prise sous-estimée.

Signaux à interpréter

On sait que certaines caractéristiques qui émergent de la mammographie, comme la présence de calcifications dans les artères mammaires ou des artères thoraciques internes (les vaisseaux qui irriguent le thorax et les glandes mammaires) et la densité tissulaire (c’est-à-dire le rapport entre les différentes composantes, glandulaires, fibreuses ou graisseuses, du sein) sont associées au risque cardiovasculaire.

Cependant, ces paramètres lus « d’eux-mêmes » ne fournissent pas d’indications claires sur l’éventualité future que les patientes développent une maladie cardiaque. La calcification des artères mammaires, par exemple, n’est pas liée à l’obésité (un facteur de risque important pour la santé cardiovasculaire) ni au tabagisme, un autre prédicteur de problèmes cardiaques.

Une aide de l’IA

Un groupe de scientifiques dirigé par The George Institute for Global Health de Sydney et l’Imperial College de Londres a donc envisagé de développer un système automatique d’analyse de la structure interne du sein afin de prévoir avec précision le risque cardiovasculaire de chaque patiente. Les chercheurs ont créé un algorithme d’apprentissage profond qui a analysé les données mammographiques de plus de 49 000 femmes d’âge moyen de 59 ans, résidant en Australie et incluses dans une cohorte, dite de « Lifepool ».

Les patientes avaient été suivies par les médecins pendant une période moyenne de neuf ans. Pendant cette période, 3 392 d’entre elles ont connu leur premier problème cardiovasculaire : maladie coronarienne, infarctus, AVC ou insuffisance cardiaque.

Performances compétitives

Basé uniquement sur les caractéristiques dérivées de la mammographie et sur l’âge des patientes, le nouveau système d’IA a réussi à prédire correctement le risque cardiovasculaire des femmes incluses dans la base de données avec des performances comparables à d’autres outils non basés sur ce type d’examen et qui analysent l’âge et des variables cliniques des patientes. Les performances de l’IA se sont avérées légèrement meilleures lorsque des informations cliniques supplémentaires étaient ajoutées aux images mammographiques et à l’âge, comme l’indice de masse corporelle, l’habitude de fumer, la consommation de médicaments ou d’alcool, l’état de ménopause et l’utilisation de thérapies hormonales.

Exploiter des données existantes

Le système présente l’avantage de ne pas nécessiter une nouvelle anamnèse des patientes, puisqu’il exploite les données déjà recueillies lors de la mammographie, un outil de dépistage déjà largement répandu chez les populations à haut risque d’événements cardiovasculaires.

Pour cette raison, écrivent les auteurs de l’étude, la mammographie « a le potentiel de servir d’outil d’évaluation du risque « deux en un », offrant de l’efficacité à la fois pour la communauté et pour le système de soins ». Cet examen pourrait être utilisé pour accroître la sensibilisation de la population féminine aux risques et à la prévention cardiovasculaire.

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