Quiconque a des enfants adolescents, mais aussi quiconque a été adolescent, sait que, à l’adolescence, la vie devient soudainement plus intéressante mais aussi plus dangereuse. Il existe énormément d’études (celle-ci, par exemple) qui expliquent la corrélation entre l’adolescence et le fait de prendre des risques que, lorsqu’on est enfant, on n’oserait même pas envisager.
Eh bien, cette tendance à faire des choses déconseillées n’est pas une exclusivité humaine: comme l’explique une étude publiée dans iScience, une équipe de l’Université du Michigan a découvert que même les chimpanzés adolescents traversent une phase de vie à haut risque. Le pourquoi ? Étonnamment, ce ne sont pas les hormones.
Les risques de la vie dans la jungle. L’équipe qui a mené l’étude s’intéresse à la locomotion chez les chimpanzés: ces primates mènent une vie plutôt dangereuse, car ils vivent dans les arbres et doivent passer d’une branche à l’autre, souvent avec des dizaines de mètres de chute sous eux. Bien sûr, tous les mouvements arboricoles des chimpanzés ne se valent pas: certains sont plus dangereux, d’autres plus sûrs, comme l’équipe a pu l’observer dans une population de Ngogo, dans le Kibale National Park, en Ouganda.
Les chutes. Des années d’observation ont montré que, de manière générale, les chimpanzés bondissent d’une branche à l’autre pour se déplacer dans la forêt. Dans certains cas, toutefois, pour réaliser de longues distances qui séparent deux arbres, ils doivent parcourir de grandes distances entre deux troncs, avec le risque de tomber en dessous. Dans d’autres cas, ils font quelque chose d’encore plus risqué: ils lâchent la branche à laquelle ils suspens, pour en attraper une en dessous en plein vol, ou pour tomber directement au sol. Une opération risquée qui ne réussit pas toujours: les chutes sont l’une des principales causes de mortalité chez les chimpanzés.
Âge et prudence. Les scientifiques du Michigan ont donc cherché à savoir s’il existe un lien entre le taux de risque d’un saut et l’âge des chimpanzés. En observant une centaine d’individus âgés de 2 à 65 ans, ils ont découvert que la période la plus dangereuse pour ces primates, celle durant laquelle ils effectuent les bonds les plus risqués, se situe entre la fin de l’enfance (2-5 ans) et la fin de l’adolescence (jusqu’à 15 ans). Avec l’âge adulte, les chimpanzés réduisent progressivement les sauts dangereux, jusqu’à les éliminer totalement.
Contrôle parental. Selon les auteurs de l’étude, la motivation n’est pas d’ordre physiologique comme on pourrait le penser: ce ne sont pas les hormones de l’adolescence qui stimulent les chimpanzés à prendre des risques.
Il s’agit plutôt de la fin de la période de contrôle parental: les chimpanzés passent les deux premières années de leur vie accrochés à leurs mères, et lorsque deviennent indépendants, ils commencent aussi à prendre des risques. Les dangers de l adolescence font donc partie d’un processus naturel d’émancipation des parents – très similaire, selon les auteurs, à celui que nous traversons nous-mêmes, humains.