Méthode Montessori : les matériaux sensoriels

L’enseignement, selon Maria Montessori, est un processus de renforcement et de valorisation des ressources de l’enfant, et c’est pourquoi les matériels doivent réunir des exigences spécifiques.

« S’il existe pour l’humanité une espérance de salut et d’aide, cette aide ne pourra venir que de l’enfant. Car c’est en lui que se construit l’homme », écrivait Maria Montessori. Maria Montessori fut une scientifique et pédagogue italienne, mondialement reconnue pour la méthode qui porte son nom. La méthode Montessori, utilisée des crèches jusqu’aux lycées, a permis — grâce à une observation scientifique — de démontrer que les enfants laissés libres d’organiser leurs propres activités dans un environnement conçu pour leurs besoins sont les mieux placés pour apprendre à développer les compétences nécessaires à l’épanouissement global de leur personnalité.

Maria Montessori n’aimait pas qualifier sa proposition pédagogique de « méthode »; elle préférait parler d’« aide à la vie », de soutien au développement de l’enfant, puisqu’elle estimait que ces expressions étaient plus fidèles à la fonction particulière que l’enseignement, comme processus de puissance et de valorisation des ressources infantiles, lui attribuait. Dans l’environnement préparé avec soin par l’enseignant, l’enfant sera entouré d’invitations à l’action et son activité sera encouragée plutôt que simplement tolérée. Dans cet espace, on trouve les matériaux Montessori, dont l’objectif est de faciliter l’apprentissage, comme par exemple les cadres pour lacer les chaussures qui favorisent l’autonomie dans l’habillage, ou les bocaux et autres objets pour le jeu des transferts, qui, par la répétition du geste, aident l’enfant à consolider ce qu’il apprend.

Le matériel de développement

Les matières structurées constituent une composante majeure de l’environnement montessorien. Elles forment un système cohérent d’outils qui, partant de la classification des qualités sensorielles généralement propres à l’environnement physique (dimensions, formes, couleurs, sons, poids), parviennent jusqu’à la présentation des bases du savoir (de l’écriture au calcul, à la géométrie, à la géographie et à la biologie, à la musique…):

  • Dans leur ensemble, elles couvrent une tranche d’âge allant de 3 à 12 ans
  • Il s’agit de matériels conçus pour être utilisés par l’enfant: ce ne sont donc pas des outils pédagogiques fournis à l’enseignante pour exercer son activité d’enseignement
  • Ils sont proposés au libre choix de l’enfant, qui peut les utiliser aussi longtemps qu’il le souhaite
  • Chaque matériel est présent dans l’environnement en exemplaire unique et doit être rangé après utilisation. Cela apprend à l’enfant à attendre son tour et à respecter le travail des autres.

Exigences des matériaux Montessori

  • L’isolation des « qualités »: les matériaux Montessori présentent une seule caractéristique formelle à la fois (couleur, dimension, forme…), en fonction spécifique de l’apprentissage visé (discrimination des dimensions, des couleurs, des sons, etc.)
  • La gradation de chaque « qualité »: chaque matériel propose une gradation de la même qualité et, à ses extrêmes, le maximum de contraste. Le matériel remplit une fonction pédagogique de facilitation de l’apprentissage, permettant à l’enfant qui le manipule de passer de la discrimination des différences les plus évidentes entre les stimuli (la tâche la plus simple) à celle des différences les plus fines (la tâche la plus complexe).
  • Contrôle de l’erreur: les matériaux de développement peuvent signaler à l’enfant les erreurs commises. Cela permet: 1) à l’enfant de vérifier immédiatement sa réponse, en lui donnant un contrôle direct sur son activité et en rendant possible la correction immédiate des réponses erronées; 2) de stimuler la participation active de l’enfant à l’exécution des exercices avec le matériel, puisqu’il peut diriger seul l’activité, être mis en position de la contrôler, et cela favorise sa motivation.
  • Respect des rythmes d’apprentissage: l’utilisation du matériel ne requiert pas une durée prédéterminée et l’enfant peut y consacrer tout le temps qu’il souhaite. Ainsi, le temps d’apprentissage individuel est respecté.

Comme l’indique le Manuel de Pédagogie Scientifique, « Les enfants, en utilisant le matériel, ne développent pas seulement l’intelligence, le caractère et la grâce; ils acquièrent des compétences et des attitudes qui les conduisent vers de nouveaux et plus hauts efforts » et « ledit ‘matériel’ est, dans son ensemble, un instrument systématique de psychologie, analogue à une salle de gymnastique de l’esprit; où l’enfant, en s’exerçant spontanément, progresse dans son développement et dans l’acquisition de la culture ».

Le projet Montessori 3D

Le projet naît de la conviction que Maria Montessori nous a légué une richesse immense; une richesse que nous avons la possibilité de transmettre à tous les enfants. Le premier pas serait d’adopter une image « nouvelle » de l’enfant, bâtisseur de son savoir. Maria Montessori disait : « Nous aiderons le jeune enfant non plus parce que nous le considérons comme un être petit et faible, mais parce qu’il est doté de grandes énergies créatives, qui sont d’une nature si fragile qu’elles nécessitent — afin de ne pas être entravées et blessées — une défense aimante et intelligente. À ces énergies, nous voulons apporter notre aide, non à l’enfant petit ni à sa faiblesse. » Le deuxième pas serait de créer autour de l’enfant un environnement qui lui soit favorable, exempt de barrières physiques et psychologiques, composé d’invitations à l’action et non d’interdictions.

Dans cette perspective, le matériel de développement conçu par Montessori devient une composante essentielle de l’environnement d’apprentissage, puisqu’il répond à un besoin fondamental d’expérience centrée sur les sens : « Les sens sont les organes qui saisissent les images du monde, indispensables à l’intelligence, tout comme la main est l’organe de saisie des choses matérielles nécessaires au corps ».

L’idée du projet Montessori 3D prend forme dans le but de rendre cette méthode aussi accessible et inclusive que possible, dans tous les contextes éducatifs, à l’intérieur et à l’extérieur de l’école, avec les enseignants et l’ensemble de la famille. L’objectif est, en effet, de reproduire les matériels Montessori par l’impression 3D et la découpe laser, des technologies qui permettent d’éliminer la barrière des coûts prohibés. L’une des missions majeures du projet est d’utiliser la pensée Montessori comme point de départ pour donner vie à de nouveaux matériels d’utilisation ludique et pédagogique, dont l’objectif est de faciliter l’apprentissage.

Le projet, en phase expérimentale, a été lancé en novembre 2015 lors de la manifestation « X-OFF, Conversations sur le futur » à Paris, et est né au sein de l’incubateur d’idées BOBOTO, porté par la passion d’Iliana Morelli qui, il y a six ans, s’est engagée dans un parcours de spécialisation en coordination pédagogique des services de la petite enfance, avec un focus sur la pédagogie Montessori. Le projet bénéficie de la collaboration et de l’enthousiasme de professionnels tels que Luca Ciaccarese et Cristiano Maci du FABlab de Paris et est soutenu par la Fondation Montessori France.

En février 2016, le test national des matériels démarrera. Une école sera choisie dans chaque région pour recevoir un matériel gratuit et un catalogue provisoire. Chaque établissement, grâce à la collaboration de professeurs et d’élèves, deviendra une plateforme pour recueillir des retours sur l’utilisation des matériels et amorcer un processus d’amélioration. Le processus de expérimentation et de test se poursuivra jusqu’à ce qu’un réseau national soit constitué.
Pour plus d’informations, rendez-vous sur www.boboto.it

Article pensé et écrit par :
Avatar de Julie Ménard
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