Une étude YouGov révèle les premiers effets de l’interdiction australienne des réseaux sociaux entrée en vigueur en décembre 2025 : plus d’interactions en personne, mais des doutes sur les Big Tech.
Lorsque, en 2024, l’Australie a annoncé l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les moins de 16 ans, la mesure a déclenché un débat mondial entre ceux qui la jugeaient nécessaire pour protéger les plus jeunes et ceux qui craignaient des effets secondaires difficiles à anticiper. Le dispositif est ensuite entré en vigueur en décembre 2025 et, à quelques mois de distance, une enquête a été rendue publique, révélant les premiers effets mesurables.
Les résultats décrivent des signaux positifs tant sur le plan social que relationnel, mais aussi certaines critiques liées à l’accès aux réseaux sociaux et aux inégalités en ligne. Plus qu’un succès ou un échec, l’interdiction demeure en l’état un essai en cours.
Impressions initiales : 59 % approuvent l’interdiction
En détail, selon l’enquête menée par YouGov (société internationale d’analyse des données et de recherches de marché) sur un échantillon représentatif de 1 070 adultes australiens, 59 % estiment que l’interdiction fonctionne. Avant l’entrée en vigueur de la norme, 77 % des personnes interrogées s’inquiétaient des risques en ligne pour les mineurs, avec des pourcentages particulièrement élevés pour le cyber-harcèlement (79 %), l’exposition à des contenus inappropriés (79 %) et les impacts sur la santé mentale (78 %).
Le fait que trois personnes sur cinq perçoivent, après quelques semaines, une amélioration indique que la mesure, au moins partiellement, répond à ces préoccupations, même si la majorité de la population souligne qu’il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives.
Des changements concrets et un retour à la sociabilité
Au sein des familles, des effets tangibles apparaissent. 61 % des parents d’enfants de moins de 16 ans déclarent avoir observé entre deux et quatre changements positifs dans le comportement des jeunes, principalement le retour à des formes de sociabilité plus traditionnelles : 43 % signalent une augmentation des interactions en personne, tandis que 38 % remarquent une présence et une attention accrues lors des relations du quotidien.
Même le rapport entre les parents et les enfants semble en bénéficier, avec un nouvel 38 % qui évoque une amélioration du dialogue familial. Toutefois, ces effets coexistent avec certaines difficultés, comme un déplacement vers des plateformes alternatives moins réglementées.
Règles partagées et défiance envers les Big Tech
L’un des aspects les plus débattus concerne les responsabilités. 49 % des adultes australiens estiment que la protection des mineurs en ligne doit relever principalement des parents, une position partagée par près de la moitié des parents eux-mêmes (45 %). Parallèlement, on observe une forte demande d’intervention des institutions et des entreprises technologiques : 63 % des interviewés font confiance au gouvernement, tandis que seulement 35 % expriment leur confiance dans les plateformes numériques, un écart qui souligne la pression croissante sur les Big Tech, appelées à développer des outils plus efficaces pour garantir sécurité et transparence.
Travaux en cours : vers de nouvelles preuves
Le chiffre le plus marquant est toutefois un autre : la quasi-totalité des Australiens (97 %) estiment qu’il faut recueillir davantage de preuves pour évaluer vraiment l’efficacité de l’interdiction, mais en même temps ils pensent que le cadre doit être amélioré. En d’autres termes, le jugement demeure en suspens.
Il apparaît clairement que la solution ne peut pas se limiter à une dimension uniquement normative, mais doit aussi engager les familles et les plateformes, appelées à jouer un rôle plus actif dans la gestion de la sécurité numérique des jeunes utilisateurs.