Les recherches à grande échelle sur les effets de la pollution plastique dans les océans se multiplient ces dernières années, mais parfois ce sont les petites histoires qui cachent les secrets les plus intéressants. C’est ce qui est arrivé à deux chercheurs japonais de l’université d’Hiroshima qui, lors d’une exploration de routine des eaux d’Okinawa, se sont retrouvés face à un crabe pris au piège dans une bouteille en plastique.
Le mystère ? L’ouverture de l’objet était plus étroite que les dimensions du crustacé. La solution se trouve dans une étude publiée dans Ecosphere, qui met en garde contre les effets moins évidents mais tout aussi dévastateurs de la pollution plastique.
Comment est-il entré ?
La rencontre avec le crabe pris au piège s’est produite en 2022 à 500 mètres de la côte de Sesoko Island, dans la préfecture d’Okinawa. Hajime Sato, premier auteur de l’étude et à l’époque doctorant sous la supervision du professeur Yoichi Sakai, effectuait une reconnaissance avec son enseignant pour évaluer l’état de santé des jeunes de plusieurs espèces de poissons.
Lors de l’exploration, les deux scientifiques ont découvert une bouteille en polyéthylène haute densité, dans laquelle nageait un crabe de l’espèce Portunus sanguinolentus.
L’aspect déjà inhabituel de la scène était que l’ouverture de la bouteille mesurait 24 mm, alors que le crabe mesurait 40 mm de long, 88 mm de largeur et pesait 42 grammes.
Autrement dit, il était impossible que le crustacé soit entré dans la bouteille récemment, compte tenu de ses dimensions : les deux chercheurs ont donc entrepris une série d’analyses, dont celle de l’ADN gastrique, pour comprendre comment le crabe avait pu rester prisonnier d’une geôle impossible à évader.
La trajectoire du crabe dans la bouteille
Les analyses ont révélé que l’estomac du crabe contenait des restes d’alevins de Canthidermis maculata et d’Abudefduf vaigiensis, deux poissons qui avaient été observés nager près de la bouteille. De plus, des algues s’étaient formées à l’intérieur de l’objet et la surface extérieure était recouverte de cirripèdes, dont le taux de croissance a permis de calculer les temps de dérive de la bouteille.
En croisant toutes ces données, les deux chercheurs ont conclu que le crabe était entré dans la bouteille lorsqu’il était encore jeune et de petite taille, puis avait grandi au fil des mois en se nourrissant de poissons et d’algues, jusqu’à devenir trop gros pour s’évader.
On pourrait presque voir cela comme une parabole sur les risques de l’avidité, mais en réalité il s’agit d’un exemple de la façon dont la pollution plastique peut causer des dommages presque invisibles mais dévastateurs pour les animaux qui en souffrent.
Tous ceux qui restent piégés dans des bouteilles ou d’autres objets en plastique n’ont pas la force de survivre deux mois à la dérive, et n’ont pas la chance d’être sauvés par deux êtres humains.