analyse
Nikkei à un niveau record
Où mène Sanae Takaichi l’économie japonaise ?
Elle veut relancer l’économie japonaise par de nouvelles dettes : la nette victoire de Sanae Takaichi réjouit les marchés. Son adversaire le plus sérieux pourraient être les marchés obligataires et des changes.
Sanae Takaichi est la première femme à diriger le Japon. Elle est perçue comme favorable aux politiques économiques de marché et a offert au parti libéral-démocrate le meilleur résultat électoral de son histoire. Avec une majorité des deux tiers, la Première ministre pourrait désormais impulser son cap — en faveur de la croissance japonaise — sans grand obstacle, estime Lilian Haag, experte du Japon chez DWS.
« Elle vise à soutenir, avant tout, des industries porteuses d’avenir. Cela inclut d’une part le secteur de la défense au Japon, mais aussi l’ensemble de l’industrie high-tech qui alimente les avancées en intelligence artificielle. » Cela pourrait viser les fabricants de semi-conducteurs, ou les équipementiers de la production de semi-conducteurs. « Le Japon compte quelques entreprises solides, et cela est bénéfique pour la croissance future », précise Haag.
Les plans de Takaichi font la joie de la Bourse
Une forte croissance est essentielle pour un pays fortement endetté comme le Japon, avec une population vieillissante. Le Japon demeure l’un des pays industriels affichant la dette publique la plus élevée par rapport au produit intérieur brut (PIB). Takaichi est néanmoins considérée comme défendant une politique monétaire relativement souple, selon l’experte des marchés japonais Haag.
« La Banque du Japon a relevé les taux à trois reprises l’an dernier pour atteindre 0,75 % au taux directeur. Takaichi est quelqu’un qui préfère une politique monétaire souple, d’autant plus que cela peut affaiblir le yen et soutenir les exportations. » Ce sont des facteurs qui apportent de la joie à la Bourse. L’indice vedette japonais, le Nikkei, a gagné jusqu’à 5,7 % et atteint 57 337 points — un niveau record.
Le yen ne doit pas devenir trop faible
Le yen a aussi regagné un peu de terrain par rapport au dollar. En tenant compte des interdépendances financières mondiales, il est crucial que le yen ne devienne pas trop faible face au dollar, souligne l’experte Haag. « Le yen avait déjà faibli dans l’attente d’une augmentation de la dette. C’est toujours négatif pour une devise. »
Pour le ministère japonais des Finances, un affaiblissement du yen au-delà de 160 pour un dollar ne serait pas bénéfique pour le pays. « Le Japon importe massivement des matières premières, des ressources et de l’énergie. Des importations devenant extrêmement coûteuses avec une monnaie trop faible », explique Haag à Info Utiles.de.
Marchés obligataires et de devises comme opposition
Politiquement, Takaichi est aussi considérée comme une alliée proche des États-Unis et s’entend bien avec le président américain Donald Trump. « Elle est un peu la Meloni asiatique », résume l’experte Haag. Ici, le pragmatisme prime: « la Première ministre ne cherche pas à imposer sa politique par la force, mais elle communique intensément avec tous les acteurs, en particulier avec le ministère des Finances. »
Dans ce cadre, on peut dire que les marchés obligataires et des changes forment la véritable opposition. Outre les taux de change, il est essentiel de surveiller la réaction des marchés obligataires — là où les États empruntent — car une dépense publique accrue peut nourrir l’inflation et pousser les investisseurs à exiger une compensation pour ce risque.
Le marché obligataire va-t-il basculer dans un krach ?
Si les inquiétudes sur le marché obligataire s’aggravaient au point que la dette publique ne puisse plus être financée, certains craindraient une ruée vers les achats d’emprunts d’État japonais. Mais les experts n’y croient pas trop. À la différence de la Grèce en 2010, le Japon dispose d’une Banque centrale prête à acheter les obligations d’État à tout instant. L’État pourrait être financé par la Banque centrale, mais au prix d’une inflation plus élevée à l’avenir — d’où la présence de primes de risque plus élevées sur les obligations.
Des réactions sur les marchés obligataires ont toutefois déjà été observées. L’annonce d’une nouvelle élection et du programme de celle-ci a fait monter notablement les rendements des obligations à long terme. Des titres 30 ans frôlant les 4 % constituent, pour le Japon, un niveau relativement élevé, rappelle le chef économiste Walk. Cette inquiétude, face à l’endettement élevé du pays, nourrit la crainte d’un possible « crash » du marché obligataire — c’est-à-dire que le marché refuse de financer les dettes supplémentaires du Japon.
La dette du Japon entre des mains sûres
Cette crainte n’est pas partagée par l’experte Haag. Un atout du Japon est que seulement environ sept pour cent de ses dettes publiques est détenu par des étrangers. Les 93 % restants sont détenus à parts égales par la Banque du Japon ainsi que par des fonds de pension et des assurances japonais. Autrement dit, la dette du pays est entre des mains plutôt fidèles et discrètes, ce qui, selon Haag, diminue le risque d’un effondrement complet du marché.