Nous avons sous-estimé l’impact des coupes radicales sur les inondations

Quand on parle de forêts, les coupes rases sont des interventions qui consistent à défricher une zone en supprimant toute la végétation

Très restreintes en France et réservées à des cas exceptionnels, ces pratiques sont encore largement utilisées dans certains pays comme les États-Unis, où elles restent un outil courant dans des conditions particulières. Il faut aussi préciser que les coupes rases sont légales dans les forêts privées.

Une étude récemment publiée dans le Journal of Hydrology met en garde contre cette pratique déjà contestée : selon la University of British Columbia, les coupes rases aggravent la situation des inondations, les rendant plus fréquentes et plus dévastatrices.

Des décennies d’études sur le terrain

Une recherche qui s’appuie sur de longues années d’observations. Au sein du laboratoire de Coweeta en Caroline du Nord, une forêt « expérimentale » sert de terrain d’étude depuis 1934. La richesse de ce record historique a permis aux scientifiques de la UBC d’analyser les effets des coupes rases sur deux bassins versants adjacents situés dans cette forêt, tous deux « rasés » dans les années cinquante. L’un d’eux est orienté au nord, et l’autre au sud, un détail crucial que nous verrons plus loin.

Des impacts contrastés selon l’exposition au soleil

Les résultats de l’étude ont révélé des effets très différents selon la localisation des bassins versants. Celui qui fait face au nord, recevant moins de lumière directe, retient davantage d’humidité et a été profondément touché par les inondations. En revanche, le bassin situé au sud n’a connu aucun effet notable. Et quand on dit « dévasté », c’est qu’au cours des sept dernières décennies, les inondations dans le bassin nord ont été 18 fois plus fréquentes. La quantité d’eau déplacée lors de ces événements a également augmenté, en moyenne de 47 %, avec des pics atteignant +105 %.

Il ne faut pas simplifier la relation entre coupes rases et inondations

Ces chiffres sont essentiels car ils remettent en question plusieurs hypothèses utilisées dans les modèles climatiques. Jusqu’à présent, la logique était simple : en coupant un certain pourcentage d’arbres, on estime que la quantité d’eau supplémentaire dans l’atmosphère est proportionnelle. Or, l’étude de la UBC montre que ce n’est pas si simple. Il faut aussi prendre en compte la forme du paysage et les effets extrêmes liés aux inondations les plus violentes, qui peuvent transformer radicalement la configuration du terrain.

Rechercher des solutions alternatives

Les auteurs de cette étude recommandent donc de considérer cette part de hasard dans la modélisation des conséquences des coupes rases, et d’envisager des alternatives si l’on souhaite tout de même abattre des arbres pour produire du bois ou libérer des surfaces agricoles. La recherche démontre également que les effets d’une coupe radicale se font sentir à des dizaines d’années de distance. Il ne s’agit donc pas seulement d’un problème actuel, mais d’un enjeu à long terme pour l’avenir.

Article pensé et écrit par :
Avatar de Jerry Guirault
Laisser un commentaire

11 + dix-sept =