Plus de 600 gènes jusqu’ici inconnus associés au risque de schizophrénie

Une approche innovante qui examine les relations à long terme entre les gènes a permis d’identifier des variantes associées à la schizophrénie qui étaient jusqu’ici passées inaperçues.

Des centaines de variantes génétiques associées au risque de développer une schizophrénie ont été découvertes grâce à une approche innovante, menée par un consortium international dirigé par le Lieber Institute for Brain Development de Baltimore (États‑Unis) et l’Université de Bari, en collaboration avec plus de 60 hôpitaux psychiatriques du monde entier.

La méthode employée s’est penchée sur la façon dont les gènes s’influencent à distance afin de mieux comprendre comment certains réseaux de variantes génétiques « collaborent » à la détermination du risque de schizophrénie. Cette approche plus globale a permis d’identifier 641 gènes jusqu’alors inconnus associés au trouble mental.

Relations à distance

Dans l’étude, publiée dans Nature Genetics (ici le lien vers l’étude sur bioRxiv), ont été analysées les données génétiques de 102 000 personnes, et des échantillons de tissus de six régions cérébrales différentes provenant de centaines de donneurs. Depuis longtemps, on sait que la schizophrénie présente une forte composante génétique : avoir des proches atteints de schizophrénie est un facteur de risque, car en général cette maladie touche plusieurs membres de la même famille sur plusieurs générations.

Généralement, pour identifier des gènes associés à une maladie, on examine les régions du génome proches des variantes d’ADN connues. Cette fois, les chercheurs ont eu recours à de nouvelles méthodes computationnelles capables de faire émerger les relations régulatrices à longue distance entre les gènes, des mécanismes par lesquels des séquences d’ADN éloignées contrôlent l’expression d’autres gènes « cibles ». On peut imaginer ces liens « à distance » comme des amis sur les réseaux sociaux qui ne vivent pas près les uns des autres mais s’influencent mutuellement.

Réseaux cachés enfin dévoilés

Cette approche a permis d’identifier des centaines de gènes associés à la schizophrénie qui n’auraient autrement jamais été trouvés, et dans des voies biologiques qui pourront être ciblées par les professionnels de la clinique dans le cadre de la prise en charge de la maladie. De nombreuses variantes concernent par exemple la signalisation du glutamate, un neurotransmetteur excitatoire essentiel au fonctionnement du cerveau; d’autres concernent la communication entre les cellules cérébrales, les processus immunitaires et les voies de développement cérébral.

Expliqué par Giulio Pergola, chercheur au Lieber Institute for Brain Development qui a coordonné l’étude : « La plupart des recherches génétiques se sont contentées de chercher sous le lampadaire, en se concentrant uniquement sur les gènes voisins des variantes d’ADN associées à la maladie. En intégrant les réseaux de co-expression génique, nous avons essentiellement éclairé tout le quartier, révélant comment des variantes génétiques distantes s’accordent pour construire la base génétique de la schizophrénie ».

Les chercheurs soulignent que l’importance de l’étude réside aussi dans le fait de mettre en lumière que la schizophrénie ne dépend pas uniquement de l’action de gènes isolés, mais aussi des interactions entre réseaux de gènes.

Comprendre lesquels ils sont et comment ils opèrent pourrait un jour se traduire par des bénéfices concrets pour les patients et pour leurs proches soignants.

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