Pourquoi tout le monde semble souffrir du TDAH ?

Le TDAH, ou trouble du déficit de l’attention et de l’hyperactivité, est aujourd’hui l’un des troubles neuropsychologiques les plus connus et apparemment les plus répandus. En France, selon les autorités sanitaires, il concernerait environ des centaines de milliers de personnes, dont un grand nombre d’enfants et d’adolescents âgés de 6 à 17 ans.

Mais qu’est-ce qui se cache derrière l’augmentation des diagnostics observés ces dernières années ? S’agit-il d’un vrai boom, ou bien interviennent d’autres facteurs ? Un examen approfondi publié dans Nature tente d’y voir plus clair : voici ce qui ressort.

Diagnostics plus ou moins rigoureux. L’une des raisons de l’augmentation des diagnostics de TDAH réside dans la manière dont ils sont établis. Certaines études se fondent sur des données qui ne sont pas toujours scientifiques: c’est le cas du sondage national cité dans le rapport de la commission américaine Make America Healthy Again, où l’on demandait aux parents simplement si un médecin ou un professionnel de santé avait déjà dit à propos de leur enfant qu’il avait un TDAH, ce qui peut conduire à des chiffres gonflés.

En appliquant en revanche des procédures standardisées pour évaluer les symptômes, les scientifiques observent une prévalence plutôt homogène du trouble à l’échelle mondiale, qui toucherait environ 5,4% des enfants et 2,6% des adultes.

Changements dans le DSM. Un autre facteur qui pourrait avoir contribué à l’augmentation des diagnostics de TDAH concerne les modifications des critères diagnostiques du DSM, le manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux. Dans la quatrième édition, en vigueur jusqu’au 2013, il fallait la présence d’au moins six symptômes de déattention ou six d’hyperactivité avant l’âge de sept ans. Dans l’édition actuellement en vigueur, les critères ont été légèrement assouplis : les symptômes doivent être au moins cinq pour les adultes et six pour les enfants, et être présents avant 12 ans.

Parents non diagnostiqués. Selon le neuro-pédiatre Max Wiznitzer, l’augmentation des diagnostics chez les enfants aurait aussi pu contribuer à diagnostiquer le trouble chez les parents, dans la mesure où le TDAH présente une hérédité estimée à 70-80%. « Même si ces parents manifestaient probablement des symptômes depuis leur enfance, bon nombre d’entre eux n’ont jamais reçu de diagnostic », explique-t-il.

Réseaux sociaux et environnement. Les réseaux sociaux et l’environnement pourraient aussi jouer un rôle dans l’augmentation des diagnostics. Ces dernières années, des plateformes comme TikTok et Instagram ont alimenté le débat sur le sujet, avec de nombreuses personnalités publiques qui ont déclaré souffrir de TDAH et partagé leur expérience. Selon Margaret Sibley, spécialiste en psychiatrie et sciences comportementales, parler du TDAH sur les réseaux sociaux pourrait aider « des personnes qui vivaient avec ces symptômes et ces difficultés depuis longtemps, mais ne comprenaient jamais de quoi il s’agissait ».

Et si l’influence venait du monde dans lequel nous vivons ? Certains experts suggèrent que les écoles, les lieux de travail, la technologie et d’autres aspects de la vie quotidienne sont devenus si complexes qu’ils mettent davantage en évidence les difficultés liées au TDAH. Pour Jeff Karp, ingénieur biomédical diagnostiqué TDAH, le trouble est « contexte-dépendant : dans une école où l’on attend des enfants qu’ils restent assis et immobiles, ces traits finissent par être perçus comme un problème ».

En conclusion, l’augmentation des diagnostics de TDAH dépend partiellement d’un réel accroissement des cas et est surtout liée à des facteurs environnementaux, culturels et aux changements des critères diagnostiques.

Article pensé et écrit par :
Avatar de Jerry Guirault
Laisser un commentaire

16 + 3 =