Une catastrophe sans précédent frappe les apiculteurs français
Entre juin 2024 et janvier 2025, les apiculteurs français ont vécu une période tragique et déroutante : plus de 62 % de toutes leurs colonies d’abeilles élevées à des fins commerciales ont disparu. Ce chiffre bat un record qui remonte à l’hiver précédent, où 55 % des colonies avaient déjà succombé. Une hécatombe qui soulève de nombreuses questions, surtout quand on sait que cette crise s’inscrit dans un contexte déjà compliqué pour la filière apicole en France.
Il s’agit là d’un véritable épisode noir pour la production de miel et la sauvegarde des pollinisatrices en métropole. Pourtant, malgré l’urgence de la situation, les démarches administratives souvent longues et les réductions budgétaires dans la recherche, imposées par le nouveau gouvernement, ont considérablement retardé la compréhension des causes de cette mortalité massive. Enfin, des résultats commencent à émerger, grâce à une étude récemment publiée sur la plateforme bioRxiv – encore en phase de prépublication, en attente d’une validation par des experts (peer review). Elle met en cause principalement les acariens et leur résistance aux traitements chimiques.
Les acariens, adversaires invincibles
Il a fallu six mois, de janvier à aujourd’hui, pour rassembler les preuves et comprendre les raisons de la disparition de nombreuses colonies. Cette recherche a été menée par le Ministère de l’Agriculture français, l’équivalent de l’USDA américain, et à ce jour, aucune déclaration officielle n’a encore été faite. Les résultats, pour le moins inquiétants, indiquent que la majorité des colonies mortes ont été effectivement contaminées par plusieurs virus portés par les acariens, notamment ceux de l’espèce Varroa destructor. Ces parasites, responsables de la transmission de maladies, ont joué un rôle central dans la dévastation.
Une résistance inquiétante aux pesticides
Mais ce n’est pas tout : les chercheurs français ont également testé ces acariens, et il en ressort qu’ils présentent une résistance accrue à un seul produit acaricide, appelé l’amitraz. Cette substance, spécifiquement conçue pour éliminer les acariens, est également un pesticide qui agit sélectivement contre ces parasites. Cependant, son usage répété et intensif conduit à une évolution de la résistance, rendant ces traitements de plus en plus inefficaces. Pire encore, l’amitraz peut causer des dommages non seulement aux colonies d’abeilles, mais aussi à la santé humaine si elle est utilisée à forte dose.
Jusqu’aux années 1980, il existait au moins cinq types différents de produits acaricides en France, mais avec le temps, ces parasites ont développé une immunité totale à quatre d’entre eux. Quant au dernier, l’amitraz, sa performance diminue rapidement, ce qui complique considérablement la lutte contre ces parasites.
Une guerre contre la montre
Ce contexte soulève une question essentielle : « Trop peu, trop tard ? » Si l’on veut espérer maîtriser l’infestation à l’aide de l’amitraz, il faudra utiliser des doses potentiellement dangereuses à la fois pour les abeilles et pour les apiculteurs. Pourtant, il est impossible de faire l’impasse sur la prévention et la lutte contre ces parasites, car les acariens Varroa sont devenus une menace dévastatrice, justifiant depuis plusieurs années les efforts de sélection génétique d’abeilles résistantes.
Il n’est donc pas surprenant de constater que la vague de mortalité de 2025 a été en grande partie causée par ces petits acariens. Ce qui est inquiétant, c’est que, désormais, les apiculteurs connaissent enfin leurs ennemis, même si la révélation de l’étude, six mois après sa réalisation, peut signifier que pour beaucoup, il est probablement déjà trop tard. La période critique pour repeupler les colonies approche avec la fin de l’été, et comme le rapport a été publié début juillet, cela laisse aux apiculteurs en difficulté seulement quelques semaines pour se préparer à la prochaine saison.
La lutte contre les acariens n’est pas simplement une question de traitement, c’est une véritable bataille où chaque journée compte, et où l’innovation génétique pourrait devenir la seule solution durable pour préserver l’avenir des abeilles en France.