Rapport de l’OCDE
La Chine mise sur une politique agressive de subventions
Dans les États membres de l’OCDE, les aides publiques accordées à l’industrie dans des secteurs tels que l’acier, l’automobile, les semi-conducteurs ou les panneaux solaires n’ont jamais été aussi élevées. Et l’industrie chinoise bénéficie d’un soutien bien plus important que la concurrence.
Avec la Chine en tête, les subventions publiques à l’industrie dans les États de l’OCDE atteignent le niveau le plus élevé depuis la crise financière mondiale. Pour 15 secteurs clés, les aides se sont élevées à 108 milliards de dollars en 2024, selon l’OCDE.
Cela représente 1,3 % du chiffre d’affaires des entreprises examinées. C’est aussi la deuxième valeur la plus élevée jamais enregistrée, après le pic de la crise financière mondiale de 2009. À l’époque, selon l’OCDE, ce fut surtout les grandes constructeur·trice·s automobiles qui furent sauvés.
Trois à huit fois plus de soutien en Chine
Selon le rapport, les soutiens les plus importants ont été attribués à l’industrie photovoltaïque, au secteur des semi-conducteurs, à la production d’aluminium et d’acier ainsi qu’à la construction navale. Dans la base de données de l’OCDE, les subventions enregistrent 525 des plus grandes entreprises industrielles mondiales entre 2005 et 2024. Il s’agit d’aides publiques directes, d’avantages fiscaux ou de crédits à faible taux d’intérêt accordés aux entreprises.
Ainsi, les niveaux de subventions ont augmenté dans la plupart des régions — mais les entreprises chinoises continuaient « d’obtenir nettement plus d’aide que leurs concurrentes dans les autres pays ». Selon l’analyse, entre 2005 et 2024, les sociétés chinoises ont reçu en moyenne trois à huit fois plus d’aides publiques que leurs homologues des autres États de l’OCDE. Et ces aides semblent avoir porté leurs fruits.
Environ 60 % des gains de parts de marché mondiaux réalisés par les entreprises chinoises au cours des 20 dernières années seraient imputables aux subventions. Sur le plan international, ce taux ne dépasserait que 22 %. Toutefois, aucun gain significatif de productivité ou de rentabilité ne serait directement lié à ces aides, précise l’OCDE.
L’OCDE avertit contre les subventions massives
L’OCDE met en garde contre les effets de cette pratique sur le commerce mondial. « Des subventions industrielles étendues et soutenues dans la durée peuvent fausser les marchés mondiaux, créer des avantages concurrentiels déloyaux et, du côté de l’offre, favoriser les surcapacités », a déclaré le secrétaire général Mathias Cormann. Il appelle à rendre le système commercial mondial plus équitable et opérationnel.
Au sein de l’Union européenne, on discute activement du cadre des relations commerciales avec la Chine, notamment après les droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques importés de Chine. La Chine reste un partenaire important, et les échanges ainsi que le dialogue se poursuivent, a indiqué la Commission européenne vendredi. « Cependant, l’état actuel des relations commerciales et d’investissement n’est pas durable. »
Face à d’éventuelles nouvelles mesures de restriction commerciale, Pékin a menacé de riposter. On espère que l’UE rejettera le protectionnisme et l’unilatéralisme. Si l’UE met en place de nouveaux instruments commerciaux unilatéraux, Pékin répondra « résolument » et prendra des mesures efficaces pour défendre ses intérêts.
Le « choc Chine » frappe particulièrement durement l’industrie allemande
L’industrie allemande est pour sa part touchée de façon particulièrement marquée par ce « choc Chine », selon une étude récente du Centre pour la réforme européenne (Centre for European Reform – CER). Les secteurs clés que sont l’automobile, la métallurgie et la chimie, ainsi que l’aéronautique, mais aussi les entreprises de taille moyenne, subissent davantage les effets d’une politique commerciale agressive et fortement subventionnée de Pékin. Sans une protection renforcée contre les exportations chinoises subventionnées, l’Allemagne pourrait être confrontée à une déindustrialisation, prévoient les spécialistes.
« Berlin devrait agir de façon offensive plutôt que défensive et soutenir Paris pour amener le Fonds monétaire international et le G7 à s’attaquer au yuan sous-évalué et à son modèle commercial unilatéral », résume leur conclusion. La semaine dernière, la ministre allemande de l’Économie, Katherina Reiche (CDU), s’était rendue en Chine pour réclamer une concurrence équitable. Cette question, ainsi que les relations de Pékin avec l’UE, figurera aussi à l’ordre du jour du sommet du G7 à la mi-juin.