Parfois, les enfants atteignent des points de rupture et réagissent de façon explosive face aux interdits : la clé pour les corriger réside dans l’écoute et la planification
Bonsoir,
je suis abonnée à Info Utileset je partage votre approche de l’éducation des tout-petits. Je suis enceinte et j’ai une fille d’un peu moins de 1 an et demi, au tempérament joyeux et souriant, mais — depuis toujours — avec des réactions très fortes face aux interdits. Plus précisément, depuis qu’elle avait 1 an, elle présente une réaction « auto-agressive » face au « Non ! », surtout lorsque l’interdiction tombe à un moment de fatigue. Dans ces cas-là, la petite se frappe à répétition la tête contre les meubles ou le sol, ou se frappe la tête de la main, mais elle ne voit pas ces comportements chez les parents. Le seul cas où elle peut avoir vu quelque chose de similaire est lorsque la nounou frappe, par exemple, une chaise si elle voit que l’enfant s’est blessé avec cet objet.
Pensez-vous que cela puisse être considéré comme un comportement normal ou faut-il approfondir ?
Merci
Chère maman,
le fait que votre fille manifeste des comportements auto-agressifs surtout lors des moments de fatigue conduirait à penser que le problème est d’ordre éducatif.
Être “adulte” nous place dans la position de savoir à l’avance quand arrivera le point de rupture. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si tous les parents savent parfaitement quels sont les moments les plus difficiles de la journée et les demandes qui presque inévitablement mèneront à des situations « difficiles à gérer ». Or, si le parent parvient à se préparer en amont, ces moments peuvent être évités tout comme ceux qui suivent inévitablement. Tout d’abord, il doit y avoir une planification partagée par les deux parents : c’est une condition nécessaire.
Une question de style éducatif
D’un point de vue pédagogique, la solution ne réside pas dans la meilleure manière d’aborder le comportement auto-agressif, mais dans l’adoption d’un style éducatif qui n’avance pas l’enfant vers l’auto-domination pour être entendu. Bien souvent, il s’agit d’une explosion émotionnelle dictée par le fait que les enfants ne se sentent pas écoutés et compris et, n’ayant pas la capacité de s’exprimer, ou ne parvenant pas à communiquer ce qu’ils ressentent ou ce qu’ils voudraient dire, ils s’expriment par des caprices, des pleurs ou par des comportements auto-agressifs.
Écouter son enfant, c’est lui accorder l’attention qui permet de répondre à ses demandes physiques, affectives et de développement. Lorsqu’un enfant se fait du mal pour attirer l’attention, on peut supposer qu’il a la perception de ne pas être écouté.
Écouter un enfant d’un an et demi signifie l’observer, observer ce qu’il touche et comment il le touche, ce qu’il veut essayer de faire et comment il le fait, comment il se déplace et vers quoi il se dirige. Écouter, donc, signifie observer et préparer ce qui l’intéresse afin qu’il puisse le trouver et le découvrir, l’apprendre. S’il satisfait ses curiosités, votre fille sera satisfaite et non frustrée et sera donc davantage disposée à faire ce qui lui est demandé ou indiqué et le point de rupture qui mène à l’excès sera évité.
Préparer les changements
Même si les enfants sont petits, ils sont néanmoins capables de comprendre ce qui les entoure, mais le code de communication qu’ils déchiffrent le mieux est le code affectif. Leur demande de contact, d’attention et d’exclusivité doit être ressentie et satisfaite pour pouvoir, par la suite, faire des demandes ou expliquer les comportements adéquats. Il n’est jamais trop tôt pour montrer et expliquer, la seule précaution est de le faire avec des phrases simples et compréhensibles pour l’enfant.
La clé de l’éducation est donc de préparer les enfants au changement. Cela signifie que le moment où l’on veut amener l’enfant à faire quelque chose doit être préparé et annoncé. Pour être plus clair, si la fille est en train de jouer et qu’il est l’heure de se brosser les dents, il n’est pas envisageable de la laisser quitter le jeu et courir dans la salle de bains en cinq minutes. Ou bien si elle rentre à la maison après une journée de travail ou après être allée faire une course, les vingt premières minutes doivent être entièrement dédiées à l’enfant : ce n’est que lorsque votre fille aura fait « le plein de câlins de maman » qu’elle pourra faire autre chose.
L’attente de l’arrivée du petit frère ou de la petite sœur devrait être partagée dans la joie mais aussi dans la douleur, dans les moments de fatigue, dans la planification et les changements inévitables qui arriveront. Ainsi, en communiquant ses émotions de maman, elle éduquera sa fille à reconnaître les siennes et à apprendre à les gérer. Essayez d’imaginer les choses ensemble : le parfum, les pleurs, la joie et aussi, surtout, la fatigue et l’effort.
Le tableau hebdomadaire des activités
Il est conseillé, pour les enfants à partir d’un an, d’organiser un tableau hebdomadaire par images, affiché dans un endroit visible pour eux, dans lequel figureront toutes les activités liées à la vie quotidienne ainsi que les personnes et les lieux où l’enfant passera sa journée. Cela parce que, lorsque les enfants savent ce qu’ils doivent faire, ils bénéficient d’une plus grande tranquillité et sérénité : à tout moment, ils pourront être ramenés à observer le point de la journée où ils en sont. En outre, il faut prévoir et souligner le temps des salutations aussi bien lors des séparations – afin d’éviter qu’ils ne le vivent comme un abandon – que lors des retrouvailles – pour profiter ensemble du réconfort du rapprochement.
Nous sommes très préparés et organisés pour tout ce qui concerne le travail et la vie quotidienne, nous ne pouvons pas laisser à l’improvisation ou à l’instinct la partie la plus importante de notre vie : la parentalité. Être parent est sans aucun doute une tâche de grande responsabilité et de fatigue, mais si l’on le planifie, cela devient un jeu d’enfant.