Sextortion et chantage : comment se protéger contre les menaces en ligne

Le mécanisme de la « récompense » : lorsque l’enfant obéit uniquement pour faire plaisir à l’adulte ou obtenir quelque chose en échange, il ne développe pas d’autodiscipline, car il se voit privé de la possibilité de se responsabiliser quant à son comportement. Il s’agit d’un phénomène que de nombreux parents, grands-parents ou enseignants ont sans doute expérimenté, souvent dans des situations où l’enfant a du mal à obéir ou à suivre les consignes.

La tentation d’utiliser une récompense pour encourager l’obéissance peut paraître, à première vue, comme une méthode positive, qui n’endommage ni le lien avec l’enfant ni la relation éducative. Pourtant, cette idée mérite d’être analysée de plus près.

« Je fais comme ça, j’obtiens »

Prenons l’exemple de Luca, qui refuse de ranger ses jouets. Son père lui dit : « Si tu ranges tes affaires, je te donnerai un pudding au chocolat. » Luca, qui adore cette gourmandise, est rapidement persuadé de s’y mettre, et en quelques minutes, sa chambre retrouve un peu d’ordre. Sur le moment, grâce à cette récompense, le père a atteint son but. Mais qu’a appris Luca à travers ce comportement ? Qu’en réalité, en faisant ce qu’on lui demande, il peut obtenir quelque chose en échange. Autrement dit, ce que l’enfant retient, c’est que pour recevoir une récompense, il doit agir selon ce que souhaite l’adulte. Ce qui signifie que son comportement est manipulé, qu’il ne provient pas d’une intention personnelle, mais d’un simple calcul basé sur la récompense. Luca ne comprend pas encore pourquoi il est important de ranger ses jouets, il le fait uniquement pour obtenir la friandise. La récompense influence donc seulement l’apparence de son comportement, sans changer sa motivation profonde. Et cette situation risque fort de se reproduire : Luca pourrait continuer à ne pas ranger ou demander une récompense à chaque fois qu’il doit le faire.

Respecter la personnalité de l’enfant

Utiliser des récompenses pour influencer le comportement ne respecte pas la personnalité ni la volonté propre de l’enfant. En outre, cette pratique ne favorise pas le développement de son autodiscipline, car elle lui prive de la possibilité de prendre ses responsabilités face à ses actes. Sur le long terme, cette méthode peut également devenir néfaste pour l’adulte et pour la relation éducative. La récompense constitue un véritable outil de pouvoir, qui peut dégrader la relation en introduisant une forme de chantage : « Je te donne si tu me donnes ». On entend souvent cet effet dans les relations où le lien de confiance est fragilisé par une motivation extrinsèque, plutôt que par le plaisir et la curiosité intrinsèques de l’enfant.

Est-il évident que plus on utilise de récompenses, plus le comportement devient difficile à gérer ? Les caprices se multiplient, la nervosité monte, et l’enfant devient de plus en plus difficile à vivre. En réalité, un enfant trop souvent récompensé ressent de la frustration, car il n’a pas la possibilité d’exprimer librement ses envies et ses besoins. Il peut même finir par devenir un « petit tyran » qui manipule son entourage en leur faisant croire qu’il ne peut agir que s’il reçoit une contrepartie. Comme l’écrivait Paolo Roccato dans la revue « Uppa », « peu de choses sont aussi angoissantes pour un enfant que de constater que l’adulte à qui il est confié ressemble à une fragile marionnette qu’il peut manipuler à sa guise ».

Et les notes à l’école ?

On a souvent tendance à penser que promettre une récompense constitue un bon moyen de motiver l’enfant à faire ses devoirs ou à étudier. Au sein même du système scolaire français, le principe de la récompense par le biais de notes semble en être une extension : l’élève reçoit une note, qui peut être considérée comme une récompense ou une punition, en fonction de ses résultats. Cependant, de nombreuses études démontrent ce que les anglais appellent « l’effet de justification excessive » (overjustification effect) : ajouter une motivation extrinsèque, comme une récompense, à une activité qui est déjà motivée intrinsèquement diminue en réalité la force de cette motivation. La motivation intrinsèque, c’est cette soif de savoir qui accompagne l’être humain depuis sa naissance. Or, lorsqu’un enfant découvre le monde, il possède une curiosité naturelle, un désir d’explorer et d’expérimenter. Mais cette fascination peut s’éteindre lorsque l’enfant devient adulte et que l’école, en insistant sur la performance et la notation, pousse à faire uniquement pour obtenir une bonne note, plutôt que par plaisir de connaître.

Offrir des opportunités

Lorsqu’on fait quelque chose parce que cela nous plaît, parce que cela nous passionne ou parce que c’est intéressant, nous sommes motivés de l’intérieur, ce qui nous pousse à donner le meilleur de nous-mêmes et à le faire avec plaisir. C’est une distinction essentielle à faire pour l’éducation de l’enfant. Il est fondamental que l’adulte lui offre des occasions de développer ses intérêts et sa volonté, même lorsqu’il doit faire face à des tâches difficiles ou peu motivantes.

Relançons l’exemple de Luca. Pour qu’il apprenne à ranger seul ses affaires et à prendre soin de ses objets, il faut suivre un chemin progressif : d’abord, en lui montrant, lors des premières années, comment faire en le constatant faire, puis en l’incitant doucement à participer (« On le fait ensemble ? »), jusqu’à ce qu’il acquière son autonomie. Ce processus implique de laisser parfois l’enfant ne pas ranger sa chambre pendant quelques jours, sans intervenir, afin qu’il constate grâce à ses propres expériences ce que cela implique : la perte d’espace, la difficulté à retrouver ses jouets, l’irritation qu’il peut ressentir.

Vivre ensemble les « non »

Un autre exemple : Luca adore aller à la crèche, mais il est de plus en plus réticent à quitter la maison le matin. On peut essayer de le convaincre avec une promesse de figurines ou, mieux encore, prendre le temps d’écouter ce qui se cache derrière cette résistance : comprendre ses émotions, ses peurs ou ses frustrations. Il est tout aussi important d’accompagner l’enfant dans ces moments difficiles, comme ceux où il manifeste colère, tristesse, jalousie ou frustration face à un « non », plutôt que de tenter de calmer la situation par une récompense ou une punition. Pratiquer la récompense ou la punition à la place d’un dialogue et d’une écoute attentive, c’est faire le choix de l’abréger et d’éloigner la relation éducative de ses valeurs fondamentales. En somme, la façon d’éduquer consiste à accompagner l’enfant dans la gestion de ses émotions, plutôt qu’à simplement le faire taire ou le faire agir selon ce qu’on souhaite.

Comment encourager et valoriser l’enfant

Tout ce qui précède montre qu’utiliser la récompense pour modifier le comportement de l’enfant est une pratique peu efficace à long terme et peut même entraîner des difficultés éducatives. Cela dit, il existe d’autres moyens de valoriser ou d’encourager un enfant, surtout dans les moments où il doit faire face à une tâche compliquée ou lorsqu’il réalise quelque chose de difficile. Par exemple, un acte d’amour sincère, un petit cadeau ou, encore mieux, une expérience partagée, organisée de façon spontanée par l’adulte, renforcent la confiance en soi du jeune et favorisent une relation basée sur la communication et la complicité. Ces gestes, apportant un soutien sincère, ont plus de valeur pour l’enfant que toute récompense matérielle ou toute note, car ils lui montrent que ses efforts sont remarqués, appréciés, et qu’il peut compter sur une écoute attentive et bienveillante.

Article pensé et écrit par :
Avatar de Julie Ménard
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